Il y a dans l'enquête exclusive de Jeune Afrique sur l'absence des Lions Indomptables en juin 2026 une phrase qui mérite d'être lue attentivement — parce qu'elle dit, en quelques mots, l'état réel des relations entre Samuel Eto'o et l'État camerounais. «Il ne faut pas oublier que ses relations avec l'État sont tendues et que Samuel Eto'o a besoin de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'instance», confie au journal une source proche du dossier. Deux informations dans une seule phrase : des relations tendues avec l'État. Et une fédération qui manque d'argent. Entre ces deux réalités, la décision de ne pas jouer en juin prend une tout autre signification.
La tension entre Eto'o et l'État est rendue visible par Jeune Afrique à travers une déclaration du ministère des Sports qui, formulée avec la diplomatie de rigueur, n'en est pas moins une critique directe de la gestion d'Eto'o. Un proche du ministre Narcisse Mouelle Kombi déclare au journal : «Quand on a l'opportunité d'affronter une équipe qui va jouer la Coupe du monde, même pour 45 000 ou 70 000 euros, on y va et on aligne sa meilleure équipe.»
Cette déclaration dit clairement que le ministère de tutelle de la FECAFOOT est en désaccord avec la décision de son président. Que 70 000 euros — le cachet proposé par l'Iran — auraient dû suffire. Que l'opportunité sportive de jouer contre une équipe de Coupe du Monde valait plus que les conditions financières. Et que refuser cette opportunité est une erreur — une erreur dont le ministre ne veut pas assumer la responsabilité, et qu'il attribue directement à Eto'o.
La dissonance entre la FECAFOOT et son ministère de tutelle est documentée par Jeune Afrique avec une précision supplémentaire : le ministère des Sports «a obtenu les mêmes informations que Jeune Afrique» — c'est-à-dire qu'il connaissait l'existence des offres refusées par Eto'o et leur montant exact. Autrement dit, le gouvernement camerounais sait pertinemment que l'argument de la récupération est un habillage — et il le fait savoir en répondant aux sollicitations du journal.
Jeune Afrique révèle une situation institutionnelle inconfortable pour le sélectionneur David Pagou. Le 13 mai, lors de l'inauguration du nouveau siège de la FECAFOOT à Warda, il avait «déclaré qu'il souhaitait que son équipe dispute deux rencontres» en juin. Un mois plus tard, la FECAFOOT annonce qu'il a «décidé de ne pas programmer de regroupement ni de rencontre». Deux positions contradictoires attribuées au même homme — à trois semaines d'intervalle.
La source citée par Jeune Afrique lève l'ambiguïté : «Pagou le souhaitait» jouer. C'est la FECAFOOT — et par extension Eto'o — qui a décidé autrement. Le communiqué officiel qui attribue la décision au sélectionneur est donc, selon les propres sources du journal, inexact. Pagou est présenté comme l'auteur d'une décision qu'il n'a pas prise. Un sélectionneur mis en porte-à-faux par son propre président — dans un contexte où leurs «relations avec l'État sont tendues» et où chaque décision de la FECAFOOT est scrutée.
Jeune Afrique ne manque pas de souligner ce que cette absence de juin coûte sportivement. «Ce n'est pas la meilleure des manières de préparer les qualifications pour la CAN 2027, qui débuteront en septembre prochain», observe le journal. Les Lions Indomptables, qui ont atteint les quarts de finale de la dernière CAN au Maroc, entament dans quelques mois un nouveau cycle de qualifications pour la Coupe d'Afrique des Nations 2027. Ne pas jouer en juin, c'est arriver en septembre sans aucun match de préparation depuis plusieurs mois. C'est laisser la rouille s'installer dans une machine dont la CAN 2027 exigera qu'elle soit parfaitement huilée.
Et pendant que les Lions se reposent, l'Iran joue au Mali. L'Uruguay prépare sa Coupe du Monde. La Bosnie dispute ses amicaux. Tous les adversaires que la FECAFOOT a refusés continuent de se préparer — pendant que le Cameroun attend des offres financièrement plus séduisantes qui ne sont pas venues.