Modeste Mopa Fatoing a été exfiltré du Cameroun après la mort de Martinez Zogo
Il y a des départs qui ressemblent à des fuites. Et des fuites qui ressemblent à des sauvetages. Celui de Modeste Mopa Fatoing — ancien directeur général des impôts du Cameroun — appartient aux deux catégories. Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique publiées ce 6 juin 2026, ce technocrate réputé, «l'un des hommes de confiance de Paul Biya dans le Septentrion», a quitté le Cameroun le 26 janvier 2023 — neuf jours après l'enlèvement de Martinez Zogo — dans le cadre d'une opération que le journal qualifie sans détour d'exfiltration discrète. Depuis cette date, il «n'a pas remis les pieds au pays».
Jeune Afrique reconstitue avec une précision saisissante la séquence des événements qui ont conduit Mopa à fuir. En janvier 2023, il reçoit une alerte émanant «d'un homme qui travaille au cœur même du réseau qu'il tente de démanteler». Le message est sans ambiguïté : «sa vie serait menacée». Quelques jours plus tôt, Martinez Zogo — avec qui Mopa «échangeait régulièrement dans le cadre de sa lutte contre certains réseaux d'influence» — a été enlevé puis retrouvé assassiné. Pour Mopa, la corrélation est évidente. «Le danger devient réel», écrit Jeune Afrique. Et sa décision est prise.
La révélation la plus stupéfiante de Jeune Afrique concerne les modalités de l'exfiltration — qui impliquent les plus hauts niveaux de l'État. Le 25 janvier 2023, soit la veille du départ de Mopa, «une correspondance confidentielle signée de Ferdinand Ngoh Ngoh est adressée à Séraphin Magloire Fouda, secrétaire général des services du Premier ministre». Ce document, révèle le journal, «fait état de l'accord de Paul Biya pour que Modeste Mopa Fatoing retourne au Fonds Monétaire International (FMI), où il avait travaillé par le passé».
Décryptons cette révélation. Le Chef de l'État lui-même donne son accord pour que le directeur général des impôts quitte le Cameroun — la veille de son départ — via une lettre signée par le SGPR adressée au secrétariat du Premier ministre. Un circuit parallèle, discret, qui court-circuite les voies administratives normales. «Cette mission de trois mois aux États-Unis avait tout d'une mesure de protection et d'une exfiltration discrète», confirme Jeune Afrique. Trois ans plus tard, la mission est toujours en cours. Mopa n'est pas rentré.
Jeune Afrique révèle un détail qui dit l'ampleur de la contre-offensive menée contre les services de Mopa. Pendant que la tension montait entre la DGI et le groupe Amougou Belinga, «une inspectrice de la DGI a été incarcérée à la prison centrale de Kondengui, dans des circonstances qui suscitent des interrogations au sein de l'administration fiscale». Une fonctionnaire des impôts jetée en prison — comme avertissement adressé à ses collègues sur le prix à payer pour ceux qui poursuivent les puissants contribuables. Une intimidation institutionnelle qui, combinée à l'assassinat de Martinez Zogo et aux menaces directes sur Mopa, dessine le portrait d'une organisation capable d'utiliser toutes les armes — judiciaires, médiatiques, physiques — pour se protéger.