GBC : Jeune Afrique révèle les dessous d'une bataille bancaire à enjeux politiques — Ngoh Ngoh derrière CNPS/NSIA, Motaze derrière BGFI

Motaze Face Ngoh Image illustrative

Thu, 11 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Derrière la cession de la deuxième banque du Cameroun, il y a deux dossiers superposés que Jeune Afrique révèle en exclusivité ce 10 juin 2026. Le premier est financier : qui reprendra les parts de Société Générale dans une institution rebaptisée General Bank of Cameroon (GBC) et dont l'État détient désormais 83,68% du capital après avoir déboursé 129 milliards de FCFA ? Le second est politique — et c'est lui qui commande le premier : quel camp va remporter ce marché, le camp de Ferdinand Ngoh Ngoh qui pousse le consortium CNPS-NSIA, ou le camp de Louis Paul Motaze qui a activé BGFI ?

Jeune Afrique retrace la séquence de la transaction avec précision. Le 12 mai, Motaze et un représentant de Société Générale signent à Douala la cession des 58,08% de parts du groupe français — pour 129 milliards de FCFA, soit plus de 196 millions d'euros. L'État camerounais devient ainsi l'actionnaire majoritaire à 83,68%. La banque change de nom — SGC devient GBC — et un directeur général de transition, Victor Noumoué, est nommé pour assurer la continuité opérationnelle. Quatre représentants de l'État (présidence, primature, deux du Minfi) siègent provisoirement au conseil d'administration. La phase de transition est ouverte.

Tout semblait bouclé. Jusqu'à la fuite du document qui a tout relancé.

La note confidentielle du SGPR révélée par Jeune Afrique est explicite : Paul Biya a «jeté son dévolu» sur le consortium CNPS (Caisse Nationale de Prévoyance Sociale, institution publique camerounaise) et NSIA Banque (groupe bancaire ivoirien). Une alliance entre un acteur public camerounais et un partenaire financier ouest-africain réputé — qui présenterait l'avantage de maintenir un contrôle camerounais significatif sur la banque tout en apportant une expertise bancaire privée.

Derrière CNPS-NSIA, il y a Ngoh Ngoh — dont le journal rappelle qu'il est «incontournable dans la gestion des dossiers économiques et financiers devant requérir l'avis de Paul Biya». En transmettant le choix présidentiel pour ce consortium, le SGPR défend à la fois les intérêts du Chef de l'État tels qu'il les a exprimés — et ses propres intérêts de contrôle sur les grandes décisions économiques du pays.

BGFI, Antoine Ndzengue et le coup double d'Oyima : le camp Motaze

Face au consortium présidentiel, Motaze a activé un montage alternatif centré sur BGFI — le groupe bancaire panafricain d'Henri Claude Oyima, dont Jeune Afrique révèle qu'il «voudrait faire équipe avec un acteur local, en la personne d'Antoine Ndzengue, dirigeant du trader pétrolier Neptune et promoteur de la microfinance ABC Finances». Un partenariat BGFI-Ndzengue qui permettrait à Oyima de réaliser, selon le journal, «un coup double en Afrique centrale» — après avoir déjà absorbé l'ancienne filiale congolaise de Société Générale.

Mais le jeu ne s'arrête pas là. Jeune Afrique révèle deux autres candidats toujours en embuscade. Le burkinabè Coris Bank International d'Idrissa Nassa — qui avait «essuyé une fin de non-recevoir» de Yaoundé lors de la première phase — n'a pas abandonné la partie. Et le nigérian Zenith Bank «n'a toujours pas lâché prise». Quatre candidats au total — chacun portant les couleurs d'un intérêt différent, national ou régional.

La vraie question que pose Jeune Afrique en conclusion de son enquête est celle de l'arbitrage final. «Jusqu'à l'arbitrage ultime du Chef de l'État ?» — formule qui dit à la fois la certitude que c'est Paul Biya qui tranchera et l'incertitude sur ce qu'il tranchera. Car le Chef de l'État est dans une position inconfortable : sa préférence pour CNPS-NSIA a été transmise par Ngoh Ngoh le 27 avril. Motaze l'a ignorée. Valider rétrospectivement la démarche de Motaze, c'est désavouer son propre SGPR — et envoyer un signal de faiblesse à tous les ministres qui voudront à l'avenir contourner les circuits de validation présidentielle. Invalider la démarche de Motaze, c'est humilier publiquement son ministre des Finances — dans un contexte de remaniement imminent où chaque signal compte.

Un chef d'État malade, en Suisse pour des soins selon des informations concordantes, doit arbitrer entre son Secrétaire Général qui respecte ses instructions et son ministre des Finances qui les contourne. La deuxième banque du Cameroun attend. Et la rivalité Ngoh Ngoh/Motaze, documentée affaire après affaire par Jeune Afrique, n'en finit pas de trouver de nouveaux théâtres d'expression.

Source: www.camerounweb.com