Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique, l'opposant Aboubakar Ousmane Mey, interpellé à Garoua peu avant le scrutin d'octobre 2025, lève le voile sur les manœuvres politiques qui ont secoué le septentrion. Selon lui, le régime a été « surpris » par la mobilisation dans le Nord, obligé de faire appel aux forces de maintien de l'ordre. « Sinon, l'affaire était pliée. On peut le dire haut et fort : le Grand Nord était aux portes d'Etoudi. »
L'information : Jeune Afrique a recueilli le témoignage d'Aboubakar Ousmane Mey, figure politique du septentrion et frère du ministre de l'Économie, Alamine Ousmane Mey. Arrêté le 6 octobre 2025 à Garoua et placé en garde à vue administrative jusqu'au 21 novembre, il revient sur les coulisses de la présidentielle et dévoile les tensions internes au Nord.
La surprise du régime : Selon les déclarations recueillies par Jeune Afrique, le pouvoir en place croyait contrôler le septentrion à travers ses relais traditionnels (lamibés, imams) convoqués par Ferdinand Ngoh Ngoh. « Mais cela n'a pas été le cas », affirme Mey. « Ils ont été obligés de faire appel aux forces de maintien de l'ordre. Sinon, l'affaire était pliée. Le Grand Nord était aux portes d'Etoudi. »
Un cavalier providentiel : L'opposant explique la stratégie de l'opposition pour la présidentielle. « Beaucoup estimaient qu'il ne fallait pas participer tant que le code électoral n'était pas modifié. Pour notre part, nous pensions qu'il fallait simplement trouver le bon cavalier. Ce cavalier, Dieu nous l'a envoyé. Nous l'avons souhaité, il est venu et il a fait le travail. » Jeune Afrique rappelle que ce candidat est Issa Tchiroma Bakary, dont la victoire est toujours contestée.
Les divisions au sein de l'UNDP : Jeune Afrique révèle également les tensions internes au parti de Bello Bouba Maïgari, que Mey accusé de ne pas être « réellement dans la course ». Selon lui, des cadres du parti restés au gouvernement (Nana Aboubakar, Badjika Ahidjo) ont constitué un obstacle à une coalition efficace avec Tchiroma. « J'ai eu l'occasion de dire au ministre Nana, en face, qu'il était nécessaire qu'il quitte le gouvernement. Il m'a répondu qu'il avait déjà reçu des menaces de mort par téléphone. »