Le sucre camerounais va changer de mains. Mais à quel prix, pour qui, et sous quelle supervision ? C'est la triple question que Jeune Afrique pose dans son enquête exclusive publiée ce 15 juin 2026 sur la cession de la Société Sucrière du Cameroun (Sosucam) — dont l'actionnaire majoritaire, Somdia (filiale du groupe français Castel), a acté sa volonté de se retirer en cédant ses 88,36% de parts. Une opération dont le journal révèle qu'elle est «au regard de son importance dans le paysage camerounais» bien plus qu'une simple transaction commerciale — c'est un dossier politique de première magnitude.
Jeune Afrique révèle en exclusivité l'identité des deux principaux prétendants à la reprise de Sosucam. Le premier : le Camerounais William Nkontchou, cofondateur du fonds Africa Financial Institutions Investment Platform (Afiip), «en discussions avancées avec Somdia pour la reprise» selon le journal — même si «le véhicule envisagé pour l'éventuelle transaction n'est pas connu pour l'instant». Une candidature nationale qui, si elle aboutit, maintiendrait le contrôle du premier producteur de sucre camerounais entre des mains africaines.
Mais Nkontchou risque d'être «bousculé» par un poids lourd continental. Aliko Dangote — l'homme le plus riche d'Afrique, dont le groupe Dangote Cement est déjà présent sur le marché camerounais — «aurait, toujours selon nos informations, formulé une offre» via sa filiale Dangote Sugar. Le géant nigérian qui veut s'emparer du sucre camerounais : une hypothèse qui, si elle se concrétise, marquerait une nouvelle étape de l'expansion panafricaine du groupe Dangote — déjà présent dans le ciment, le pétrole, l'alimentation et l'agriculture dans une vingtaine de pays africains.
Ngoh Ngoh, Chantal Biya et les 6 000 employés : la dimension politique révélée
La révélation la plus politiquement sensible de l'enquête de Jeune Afrique concerne la géographie humaine et politique de Sosucam. L'entreprise emploie 6 000 personnes sur les arrondissements de Nkoteng et Mbandjock — dans le département de la Haute-Sanaga. Et Jeune Afrique révèle deux connexions qui disent l'intensité de l'attention politique portée à cette cession : c'est «le département dont est originaire le tout-puissant Secrétaire Général de la Présidence Ferdinand Ngoh Ngoh». Et «Chantal Biya y dispose d'attaches familiales».
6 000 emplois dans le fief natal de Ngoh Ngoh et dans une région où la Première Dame a des liens familiaux — voilà qui explique pourquoi cette cession ne sera pas traitée comme une simple transaction de marché. Le repreneur devra obtenir l'aval implicite de deux des personnalités les plus influentes d'Etoudi. Et la grève du début d'année — «qui s'est muée en émeutes provoquant un décès», révèle Jeune Afrique — a confirmé que les travailleurs de Sosucam constituent une force sociale que nul repreneur ne peut se permettre d'ignorer.
Jeune Afrique révèle que le Premier Ministre Joseph Dion Ngute a imposé sa propre temporalité à ce dossier. Lors d'une réunion du 8 juin à la primature avec Olivier Parent, directeur général de Somdia, il a ordonné la création d'un «comité stratégique chargé d'encadrer l'opération» — disposant de six mois pour «rendre sa copie». Six mois pendant lesquels l'État garde la main — et pendant lesquels Ngoh Ngoh, Chantal Biya et le gouvernement peuvent peser sur le choix du repreneur. Un délai qui, dans l'architecture politique actuelle du Cameroun, n'est pas neutre.