Cet important gang de criminels professionnels est tombé en 2022
Un vaste système de corruption au sein de la justice et de l'administration pénitentiaire camerounaises vient d’être dénoncé par le lanceur d’alerte Paul Chouta. Prenant pour exemple l'arrestation récente d'un gang de braqueurs déjà condamné par le passé, il affirme que des magistrats, responsables pénitentiaires et autres acteurs du système judiciaire auraient facilité la réduction de peines, les libérations irrégulières et les transferts de détenus contre rémunération. Paul Chouta accuse également plusieurs personnalités nommément citées d'être impliquées dans ces pratiques, tout en soutenant que la corruption favorise l'impunité de criminels et affaiblit la lutte contre l'insécurité.
Le dangereux gang de grands braqueurs qui vient, une fois de plus, d'être arrêté à l’Est par les éléments de la police judiciaire — qu’il convient de féliciter pour leur bravoure — est la preuve flagrante de la totale déliquescence de la chaîne judiciaire camerounaise.
Pour rappel, cet important gang de criminels professionnels est tombé en 2022, après avoir été pris lors d'un braquage sauvage chez Sylvain Mvondo, haut cadre au ministère de l'Économie, défenseur zélé du pouvoir en place et richissime fonctionnaire. Ces criminels lourdement armés ont été sans pitié pour la victime, qu'ils ont horriblement torturée, allant jusqu'à la passer au fer chaud. C'est dire l'horreur qu'a représenté ce cambriolage.
Le Tribunal militaire de Yaoundé, ayant probablement pris en compte la barbarie du braquage et la souffrance indescriptible infligée à Sylvain Mvondo, avait condamné les membres du gang à la prison à perpétuité.
Mais grâce à une instrumentalisation parfaite de la porosité de la chaîne judiciaire camerounaise — dont le système de contrôle est totalement inopérant et profondément gangrené par la corruption —, le gang a fait appel de cette décision.
Généralement, dans les procédures des citoyens ordinaires, il faut attendre des années, parfois plus de cinq ans, entre les décisions d'instance et l'enrôlement des dossiers en appel. Une simple enquête du ministère de la Justice établirait rapidement la véracité de cette affirmation.
Cependant, ce gang particulièrement fortuné connaît la grande cupidité des vieux magistrats de la Cour d’appel du Centre (pour la plupart déjà à la retraite). Il a donc actionné différents leviers pour accélérer l’enrôlement de sa procédure. Une fois le dossier enrôlé grâce à la corruption des membres du greffe, le gang a versé des dizaines de millions de francs CFA au président de la Cour d’appel afin que celui-ci attribue le dossier à une collégialité particulière, elle aussi gracieusement corrompue en amont.
C'est cette collégialité et le représentant du ministère public, tous corrompus, qui ont ramené sans vergogne la condamnation des membres du gang de la prison à vie à de ridicules peines de 4 à 6 ans de prison ferme. Une sentence sans aucun lien avec la gravité des faits ni avec leur casier judiciaire pourtant bien chargé.
Ces vieux magistrats retraités et corrompus de la Cour d'appel du Centre, connus de tous pour leurs pratiques honteuses, ont pour chefs de file les vice-présidents Tankoua Gabriel Pascal et Emgbang Ondoa René Florentin. Leurs collègues, à quelques exceptions près, ne sont guère moins corrompus, mais ce terrible duo Tankoua/Emgbang constitue la honte de la justice à la Cour d’appel du Centre. Ce duo est couvert par la présidente de la Cour, Madame Mekoulou Cunégonde Christine, épouse Ngotty, qui, en jouant de son puissant carnet d'adresses, récupère beaucoup d'argent, aussi bien auprès des usagers que de ses magistrats inféodés.
Cette corruption sauvage ne perdurerait pas si l'éternel procureur général de la Cour d’appel du Centre, Jean-Fils Kléber Ntamack, l'homme de tous les coups tordus politiques du régime (vol du bébé de Vanessa Tchatchou par une magistrate à l'époque en service à Mfou, assassinat masqué de Mgr Benoît Balla, embastillement des opposants politiques du MRC et des frondeurs internes du RDPC depuis 2011, etc.), n'était pas lui-même corrompu. Pourquoi, en effet, le parquet général ne fait-il pas appel des centaines de décisions fantaisistes de ce duo et des autres vice-présidents ? Une enquête sommaire sur le patrimoine de ces magistrats démontrera rapidement que leurs biens n'ont aucun rapport avec leurs salaires et avantages légaux.
Le gouvernement doit mettre en place une commission de magistrats pour réexaminer toutes les décisions rendues par ce groupe qui officie depuis bientôt 15 ans à la Cour d'appel du Centre. Une cour où des magistrats corrompus, opérant à visage découvert, ont remis en liberté tous les grands barons de la drogue de Yaoundé. Parmi eux, le fameux Nguita Maboul et son petit frère, Bin Oumar, pourtant condamnés à 17 ans de prison ferme et libérés contre de fortes sommes d'argent par le président du Tribunal militaire, le colonel Baudoin Misse Djone. Le fameux dealer Boston, plusieurs fois condamné, n'a lui non plus jamais totalement purgé sa peine, profitant de nombreux soutiens, dont celui d'un ancien délégué régional de l'administration pénitentiaire du Centre, très mêlé aux affaires de narcotrafic.
Pour comprendre à quel point la justice camerounaise est gangrenée, il faut souligner que ce même Nguita Maboul contrôle le marché de la drogue à Yaoundé, notamment à Anguissa, sous la protection, entre autres, de la commissaire divisionnaire Irène Christine Mindjom (championne de la torture des opposants politiques lors des répressions post-électorales de 2018 et 2025). C’est elle qui a détruit Brenda Biya. Chantal Biya et tous les services de sécurité savent que c'est Nguita Maboul qui livrait Brenda Biya en poudre et drogues diverses. Mais à cause de la gloutonnerie des magistrats, Nguita a dépassé Chantal Biya : malgré diverses condamnations, il est toujours libre et se trouve au Cameroun. Le général Elokobi Djock et le colonel Joël Émile Bamkoui sont généralement cités comme ses grands protecteurs.
Une fois l'arrangement judiciaire conclu entre la Cour d'appel et le gang d'Atango — qui avait attaqué le fonctionnaire milliardaire Sylvain Mvondo, à la fortune suspecte issue de l'exploitation abusive des fameuses lignes 94, 65 et 55 —, c'est l'administration pénitentiaire qui a facilité la mise en liberté illégale de ces dangereux criminels. C'est au Secrétariat d'État au ministère de la Justice chargé de l'administration pénitentiaire que le relais de la mafia judiciaire est activé.
Si le secrétaire d'État (SEAP), Monsieur Doh Jérôme Penbaga, est bien connu pour sa propension à la corruption, sa gestion clanique et linguistique des ressources humaines, ainsi que son goût immodéré pour le détournement des marchés publics (y compris le maïs destiné aux détenus), la vérité est que son DAPEN (Directeur de l'Administration Pénitentiaire) est au cœur des magouilles de transfèrements de complaisance. C'est par ce biais que de grands criminels condamnés à vie se retrouvent dans la nature.
Il s'agit d'une opération mafieuse très lucrative qui se joue entre le DAPEN, le délégué régional de l'administration pénitentiaire et le régisseur de la prison censé accueillir le détenu transféré. Le régisseur de la prison centrale de Kodengui-Yaoundé, où étaient incarcérés les membres du gang d'Atango, n'est pas forcément impliqué : il se contente d'exécuter l'ordre de transfèrement venu du délégué régional, qui a préalablement désintéressé le DAPEN.
C'est par ce jeu mafieux que les membres du gang d'Atango ont été "transférés" à la prison de Bafia. Le régisseur qui est censé les recevoir à Bafia ne les garde à la prison que le temps pour ces criminels de payer le reliquat du montant arrêté à l'avance. Puis, il signe un faux mandat d'évasion pour chacun d'eux, qu'il garde sous le coude au cas où, par extraordinaire, il y aurait un contrôle physique des détenus.
Cependant, ce n'est qu'une formalité car la machine est bien huilée : si un contrôle est annoncé, la chaîne mafieuse prévient le régisseur, qui invite alors les "transférés" par téléphone à revenir se constituer prisonniers le temps de l'inspection.
Voilà la faille par laquelle des criminels condamnés se retrouvent en liberté et continuent de troubler l'ordre public, quand ils ne sèment pas la mort et la désolation.
Une véritable inspection inopinée, un contrôle physique surprise des prisons, doublés d'un audit indépendant des greffes des tribunaux et des prisons, s'avèrent être la seule solution pour briser cette mafia pénitentiaire qui alimente la grande criminalité. Tous les services de sécurité savent que ce travail est impératif, mais ils vivent eux aussi de ce système. Si ce grand ménage est fait correctement, les prisons seront bientôt remplies de dizaines, voire de centaines de magistrats et de régisseurs corrompus.
Paul Chouta