Cartographie du modèle social camerounais

Paysage Meroun Modèle social

Tue, 16 Jun 2026 Source: L'Indépendant n°1038

Le modèle social camerounais est caractérisé par une forte prédominance du secteur informel (environ 89 % des emplois) et une faible couverture de sécurité sociale formelle, touchant moins de 7 % de la population. Il repose essentiellement sur une solidarité communautaire, familiale et sur la Stratégie nationale de développement (SND 30) visant à améliorer le capital humain.

Le système formel, géré notamment par la CNPS pour le secteur privé, peine à couvrir l’ensemble des travailleurs. Financée à 100 % par les employeurs (0 % pour le salarié), la branche des prestations familiales révèle une volonté manifeste de l’État de moduler le coût du travail en fonction de la fragilité et de l’utilité sociale des secteurs économiques.

Le taux du régime général est fixé à 7,00 %. Appliqué aux entreprises classiques, aux domestiques et aux employés de maison, ce taux garantit le socle de base du financement familial. Le taux du régime agricole quant à lui est établi à 5,65 %. Il s’agit d’une décote stratégique accordée à un secteur hautement intensif en main-d’œuvre, sou- vent soumis aux aléas climatiques et de marché, afin de préserver les marges des producteurs. S’agissant de l’enseignement privé, son taux est fixé à 3,70 %.

Il est réduit de moitié par rapport au régime général. Ce choix s’apparente à une subvention indirecte à l’éducation, permettant aux établissements scolaires d’absorber le coût du travail sans asphyxier les budgets des parents d’élèves. En outre, s’il est un domaine où la responsabilité est équitablement partagée, c’est bien celui de la branche Pensions de vieillesse, d’invalidité et de décès.

Le taux global s’établit à 8,40 %, réparti selon un équilibre mathématique parfait : 4,20 % à la charge de l’employeur et 4,20 % à la charge du travailleur. Cette parité consacre le principe du co-investissement dans l’avenir. En effet, le travailleur cotise pour ses vieux jours, tandis que l’entreprise valide sa contribution à la paix sociale.

Dans le contexte économique d’Afrique centrale, ce taux de 8,40 % reste compétitif tout en cherchant à garantir la viabilité technique des fonds de pension par répartition. Pour ce qui est de la branche Accidents de travail et maladies professionnelles, elle repose sur un principe incitatif fort : le pollueur-payeur, ou plutôt, le « secteur à risque payeur ». Totalement à la charge du patronat (0 % de part salariale), le taux varie du simple au triple selon la pénibilité de l’activité.

Source: L'Indépendant n°1038