MRC : Jeune Afrique révèle les coulisses de la purge douce de Kamto — une vingtaine de convocations envoyées

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Wed, 17 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Il appelle ça une «clarification». D'autres l'appelleraient un règlement de comptes. Dans les rangs du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), la commission ad hoc de «clarification et de restauration» mise en place en janvier 2026 par Maurice Kamto a entamé depuis fin mai une série d'auditions qui ressemblent, selon les révélations exclusives de Jeune Afrique publiées ce 16 juin, à un tribunal interne soft — destiné à identifier, entendre et éventuellement sanctionner ceux qui ont trahi le parti pendant la présidentielle d'octobre 2025. Les chiffres révélés par le journal sont éloquents : une vingtaine de convocations déjà envoyées, et une cinquantaine de comparutions attendues au total.

La trahison documentée : soutenir Tchiroma tout en restant au MRC

Jeune Afrique documente avec précision la fracture qui a conduit à la création de cette commission. Après l'exclusion de la candidature de Maurice Kamto par le Conseil Constitutionnel, plusieurs cadres et responsables du MRC avaient fait un choix que la direction du parti juge infâmant : rejoindre les équipes de campagne d'autres candidats — notamment celle d'Issa Tchiroma Bakary du FSNC. Un glissement qui, selon un cadre cité par Jeune Afrique, a parfois pris des formes institutionnellement inadmissibles : «on a vu des responsables exclure des militants qui ne partageaient pas leurs opinions des forums officiels du parti, ce qui est inacceptable».

Le 29 septembre 2025, le secrétaire général Christopher Ndong avait pourtant «clairement rappelé que le MRC ne s'étant pas officiellement engagé dans une alliance avec un candidat, devait se garder d'engager ses ressources derrière une candidature». Une directive claire. Ignorée par des dizaines de militants et responsables. Et c'est précisément cet écart entre la directive et les comportements réels que la commission de Pierre Emmanuel Binyam — secrétaire général adjoint et président de la commission — est chargée d'auditionner et de documenter.

Jeune Afrique révèle le cas le plus emblématique de cette crise interne — et le plus symboliquement chargé. Willy Mengue, ancien membre du directoire national du MRC devenu «nouvelle coqueluche des médias proches du pouvoir», est présenté par le journal comme «le visage des dissensions qui ont miné le MRC». Sa déclaration sur le plateau de télévision est citée par Jeune Afrique avec une précision qui dit le niveau de la rupture : «Le candidat de notre parti a été exclu certes, mais pourquoi ne pas coaliser avec ceux qui toquaient à la porte ? C'est plus qu'une trahison, c'est une félonie» — retournant ainsi l'accusation contre Kamto lui-même, qu'il tient pour responsable de la désunion de l'opposition.

Face aux convocations de la commission de clarification, Willy Mengue a «employé divers subterfuges pour se soustraire à cette rencontre», révèle sobrement Jeune Afrique. L'ancienne conseillère municipale Laure Noutchouang «s'est elle aussi dérobée, avant de publier le lendemain sur Facebook la lettre qui lui avait été adressée» — transformant un document interne en munition de communication publique. Des comportements qui disent que pour certains, la commission de «clarification» ressemble davantage à un tribunal partisan qu'à une réconciliation nationale.

Jeune Afrique reconstitue la cartographie des fractures internes au MRC lors de la présidentielle d'octobre 2025. Un observateur politique local cité par le journal identifie «clairement trois groupes de militants qui s'affrontaient» : les plus nombreux soutenant Issa Tchiroma Bakary, une deuxième frange appuyant Bello Bouba Maïgari, et les fidèles de Kamto «qui militaient pour l'abstention». Une tripartition qui dit l'effondrement de la discipline partisane dans un contexte où le candidat naturel avait été exclu — laissant chaque militant à ses propres convictions et allégeances.

«Une cinquantaine de comparutions sont attendues» selon les informations de Jeune Afrique. Cinquante militants et cadres du MRC appelés à s'expliquer sur leurs comportements pendant la campagne. Une procédure interne qui, si elle va jusqu'à son terme, redessinera la carte des loyautés au sein du premier parti d'opposition camerounais — à l'approche des élections locales et législatives dont personne ne connaît encore la date exacte.

Source: www.camerounweb.com