Recrutement dans la fonction publique la bonne nouvelle est tombée pour les Camerounais, 12 242 fonctionnaires à recruter

Gouvernement De Mars 2018 Image illustrative

Fri, 19 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Le gouvernement vient d'annoncer l'intégration de 12 242 nouveaux agents dans la fonction publique pour l'année 2026. Une décision validée par la présidence et officiellement communiquée par le ministre de la Fonction publique, Joseph Lé. Si l'annonce ressemble à une réponse au chômage des diplômés, elle interroge sur la soutenabilité budgétaire d'un État déjà en surchauffe salariale.

Sur le papier, l'annonce fait figure de bouffée d'oxygène pour des milliers de jeunes diplômés camerounais. Les secteurs de l'enseignement et de la santé représentent à eux seuls près de 91 % des postes annoncés, ciblant les déserts scolaires et sanitaires de l'arrière-pays.

Dans les faits, cette décision ressemble davantage à une « politique de l'aspirine administrée à un patient en voie d'implosion budgétaire », analyse John Lawson dans Décryptage politique Cameroun.

Depuis 2021, le Cameroun s'était engagé, dans le cadre de ses relations avec le FMI et la Cemac, à contenir sa masse salariale en deçà de 35 % des recettes fiscales. Fin 2025, ce plafond était déjà pulvérisé : la masse salariale atteignait le record historique de 1 753,5 milliards de FCFA.

Dans son rapport 26/82 publié en mars 2026, le FMI qualifie explicitement de « risque budgétaire majeur » toute trajectoire de dépenses non adossée à un financement identifié. En ouvrant les vannes au lieu de les fermer, Yaoundé envoie un signal clair à ses partenaires financiers : celui du calcul politique à court terme.

Des chiffres qui cachent la réalité

Sur les 12 242 postes annoncés, seuls 2 090 ont fait l'objet d'arrêtés de concours immédiats. Le reste demeure une promesse échelonnée sur des budgets encore flous.

Plus révélateur encore : la majorité des places ouvertes concerne la régularisation des auditeurs libres des Écoles Normales, ENS et ENSET confondus. L'État ne crée pas de nouveaux emplois. Il solde des dettes académiques anciennes pour éviter une rentrée sous tension.

Un détail qui change tout à la lecture politique de cette annonce.

Le piège des rappels et la bombe syndicale

Un nouvel agent intégré dans la fonction publique camerounaise peut attendre deux à trois ans avant de percevoir son premier salaire. Entre-temps, il s'endette. Et lorsque les rappels arrivent enfin, ils alimentent une chaîne de créances que l'État peine déjà à honorer pour les générations précédentes.

Le FMI le note dans ses analyses récentes : la dette intérieure, notamment les arriérés de salaires et de primes, constitue l'une des vulnérabilités les plus sous-estimées du budget camerounais.

Comment Louis Paul Motaze entend-il absorber 12 000 nouvelles obligations salariales alors que les enseignants du mouvement OTS réclament encore leurs arriérés et que les collectifs de la santé attendent leurs primes depuis des mois ?

Ce recrutement massif prépare mécaniquement un gel quasi certain des embauches entre 2027 et 2030, lorsque les bailleurs exigeront un retour sous le seuil fatidique. Ce sont alors les diplômés de demain qui paieront la facture du répit d'aujourd'hui.

Reste la question que l'enthousiasme des communiqués officiels tend à étouffer : qui seront réellement les bénéficiaires de ces concours ?

L'Extrême-Nord, le Nord, l'Adamaoua et l'Est concentrent les déficits les plus criants en enseignants et en personnels soignants. Pourtant, l'histoire administrative camerounaise enseigne que les agents affectés dans ces zones obtiennent rapidement permutations, mises à disposition ou affectations spéciales, souvent par le jeu des réseaux.

D'autres ne rejoignent jamais leur poste, sans sanction. D'autres encore paient pour être affectés à Yaoundé ou Douala. Résultat constant : les déserts restent des déserts, même après les vagues de recrutement.

Ouvrir 12 000 postes sans réformer les mécanismes de sélection, sans audit du fichier solde et sans affectation contrainte vers les zones déficitaires, c'est remplir un seau percé. Les agents seront nombreux sur le papier. Les infrastructures, elles, resteront insuffisantes, car chaque franc CFA consacré aux salaires est un franc de moins pour construire une école ou équiper un centre de santé.

Yaoundé s'offre un répit. Mais à force de traiter l'emploi public comme une variable d'ajustement politique, l'État prépare des crises bien plus difficiles à maîtriser que celles qu'il cherche aujourd'hui à éviter.

Source: www.camerounweb.com