L’État du Cameroun semble déterminé à accélérer le recouvrement des avoirs issus des dossiers de corruption et de détournement de deniers publics. À travers un communiqué officiel de la Src, une importante vente aux enchères publiques les 25, 26 et 27 juin 2026 à la Maison du Parti de Bonanjo à Douala.
Cette opération vise la liquidation de biens saisis appartenant à plusieurs débiteurs de l’État, dans le cadre de l’exécution des décisions de justice et des procédures de recouvrement engagées depuis plusieurs années. Au cœur des spéculations des noms sont évoquées notamment Jean Marie Akono Ze, Camille Onana, Felix Mekongo Abega, mais aussi Polycarpe Abah Abah, ancien ministre de l’Économie et des Finances.
Des témoignages concordants indiquent que les éléments de la SRC s’intéressent aux véhicules de luxe, groupes électrogènes, meubles haut de gamme, appareils électroménagers de forte capacité et plusieurs autres biens saisis dans le cadre d’affaires de détournement de deniers public. Des biens qui attestent du train de vie de leurs propriétaires et qui seront désormais proposés au plus offrant.
La trajectoire de Polycarpe Abah Abah reste l’une des plus marquantes et changeantes de l’administration camerounaise contemporaine. Cette trajectoire prend véritablement un tournant lorsque le 13 janvier 2015 le Tribunal criminel spécial (TCS), juridiction d’exception mise en place au Cameroun pour juger les détourneurs des deniers publics, condamne l’ancien ministre des Finances, Polycarpe Abah Abah, à 25 ans de prison ferme.
Ce dernier est alors reconnu coupable de détournement de plus de 6 milliards de FCFA au moment où il occupait les fonctions de directeur des Impôts au ministère des Finances, entre 1998 et 2004. En plus de cette lourde peine, le TCS va prononcer la confiscation de ses biens, parmi lesquels une trentaine de résidences à lui attribuées sur le territoire national, huit véhicules, trois tracteurs et des avoirs financiers dans des banques, estimés à 26 millions de Fcfa.
D’après le TCS, conformément à un mécanisme en vigueur dans le pays, Abah Abah, en sa qualité de directeur des Impôts à l’époque des faits, avait collecté pour le compte du Crédit foncier du Cameroun (CFC), une redevance dont les fonds correspondants n’ont pas été reversés à la banque de l’Habitat.
L’ancien directeur des Impôts, devenu ministre des Finances, a toujours nié les faits, soutenant avoir effectivement reversé les fonds issus de la redevance collectée pour le compte du CFC. Avant cette nouvelle condamnation pour laquelle il a décidé de former un pourvoi en cassation, l’ancien grand argentier national était déjà sous le coup d’une première condamnation à 6 ans de prison, pour « délit d’évasion », depuis juin 2014. En effet, au mois de mai de la même année, le fils de Zoétélé incarcéré à la prison de Kondengui depuis 2008, avait été surpris à son domicile, alors que son autorisation d’extraction de la prison centrale de Yaoundé indiquait qu’il se rendait à l’hôpital, pour une consultation chez son dentiste.
Le 26 septembre 2014, il avait été acquitté dans une autre affaire de détournement de deniers publics (1,5 milliard de Fcfa), en co-action cette fois-ci avec l’avocate franco-camerounaise, Lydienne Eyoum, finalement condamnée à 25 ans de prison dans le cadre de cette affaire ; et l’ex-ministre délégué auprès du ministre des Finances en charge du Budget, Henri Engoulou, décédé en prison avant le verdict.
Le 13 janvier 2015, Polycarpe Abah Abah a été condamné avec l’ancien directeur général du Crédit foncier du Cameroun, Joseph Edou, qui a écopé de 15 ans de prison, pour détournement de deniers publics en co-action avec l’ex-ministre des Finances. M. Edou est déjà sous le coup d’une première condamnation à 40 ans de prison, pour détournement de deniers publics dans un projet immobilier conduit par le crédit foncier au moment où il en était le Dg. Son PCA, André Boto’o à Ngon, 76 ans, avait également été condamné dans la même affaire, avant de rendre l’âme en prison.