Jeune Afrique révèle : Souleymanou Tobi, père de six enfants, est mort en détention à Kondengui le jour où il devait comparaître au TM

Tribunal Militaire De Yaounde Img Image illustrative

Fri, 19 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Au quartier Tsinga de Yaoundé, les voisins portent encore le deuil. Ils portent le deuil de Souleymanou Tobi — natif de Garoua, 43 ans, père de six enfants — mort le 11 juin 2026 à la prison centrale de Kondengui. Et ce que Jeune Afrique révèle en exclusivité dans son enquête du 18 juin 2026, c'est le détail qui transforme ce décès en symbole insupportable : Souleymanou Tobi était attendu ce même 11 juin au Tribunal Militaire de Yaoundé pour la suite de sa procédure. Il est mort le jour de son audience. Dans sa cellule. Avant même de pouvoir y comparaître.

Les circonstances du décès, révélées par Jeune Afrique à travers le témoignage du voisin et ami Amadou Bouba, sont à la fois simples et accablantes. «De ce qu'on nous a rapporté, il a eu un malaise alors qu'il s'apprêtait à diriger la prière avec ses codétenus, et avant qu'on ne puisse le conduire au centre de santé de la prison, il s'en est allé.» Un homme qui dirige la prière dans sa cellule. Un malaise soudain. Et un système médical carcéral insuffisamment réactif pour lui sauver la vie. Souleymanou Tobi est mort en prison — sans avoir jamais été jugé.

Car c'est là la réalité que Jeune Afrique documente : il avait été interpellé le 27 octobre 2025 — lendemain de l'élection présidentielle — «non loin de son domicile de Tsinga, fief de l'opposant Issa Tchiroma Bakary». Près de huit mois de détention sans jugement. Huit mois de garde à vue administrative, de transferts entre la prison de Mfou, le groupement de gendarmerie, le service central de recherche — avant d'être présenté à un juge «près de trois mois plus tard». Et puis le silence judiciaire.

Jeune Afrique révèle un détail qui dit l'absurdité kafkaïenne de ce système : «L'audience en question s'est tout de même déroulée en présence de ses codétenus» — le jour même de sa mort. Les avocats ont plaidé. Les dossiers ont été examinés. Et les affaires ont été «finalement renvoyées aux 22 et 24 juin». Huit heures d'audience pour moins d'une dizaine d'accusés. Pendant ce temps, Souleymanou Tobi était mort. Et personne n'a interrompu l'audience.

150 détenus dans la capitale, des centaines à travers le pays — et une justice qui avance à une audience par mois

La mort de Souleymanou Tobi n'est que la face la plus visible d'un iceberg que Jeune Afrique documente avec une minutie qui dit l'ampleur du désastre judiciaire. À Yaoundé, «près de 150 personnes» issues de la crise postélectorale sont toujours détenues. À Bafoussam, les audiences de 46 personnes ont été renvoyées faute d'avocats. À Garoua, des reports s'accumulent pour cause d'effectifs judiciaires réduits. À Douala, «une centaine de détenus dans les prisons de New-Bell et de Ngoma» attendent que le tribunal militaire se prononce.

Et le rythme d'avancement de ces procédures ? «Une audience par mois», révèle un avocat cité par Jeune Afrique — qui fait le calcul implacable : «Si on continue à ce rythme, il va falloir dix mois supplémentaires pour avoir les premières décisions.» Dix mois. Pendant lesquels des hommes comme Souleymanou Tobi attendaient. Et l'un d'eux n'a pas survécu à l'attente.

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