'Le service rendu à Biya n'est pas accidentel. Il est coordonné. Il est assumé. Il n'est pas recadré
Issa Tchiroma et son équipe de communication concentrent davantage leurs efforts sur la critique de Maurice Kamto et du MRC que sur l’opposition au régime de Paul Biya. Alors que le président Biya séjourne en Suisse et pourrait faire l’objet d’actions de mobilisation de la diaspora, les responsables de la communication de Tchiroma privilégieraient des débats et panels visant à fragiliser Kamto. Cette stratégie contribue à diviser l’opposition camerounaise, un objectif qui servirait indirectement les intérêts du pouvoir en place.
TCHIROMA NE COMBAT PAS BIYA. IL COMBAT KAMTO.
Paul Biya est à Genève. Pas à Etoudi. Pas derrière les murs du palais présidentiel. Dans une ville européenne où la liberté de manifestation est constitutionnellement garantie, où le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a son siège, où chaque rassemblement devant l'hôtel d'un chef d'État contesté devient une image qui fait le tour du monde en quelques heures.
Les partisans de Tchiroma en Europe n'ont aucune interdiction légale de manifester à Genève. Aucun visa à demander. Aucune répression à craindre.
Hier soir, les deux têtes de la cellule de communication de Tchiroma étaient réunies sur le même panel. Michel Ngatchou, communicant de Tchiroma depuis l'exil. Sandy de Sandy Boston, officiellement nommée coordinatrice à la communication de Tchiroma le 16 avril 2026. Deux personnes de haut niveau. Deux représentants officiels du camp du président élu.
Le choix des invités n'est pas non plus accidentel. Il y a deux jours, c'était le Dr Bonny. Hier soir, c'était Willy Mengue, figure récurrente des plateaux de télévision pro-régime et animateur d'une campagne active contre Maurice Kamto sur les réseaux sociaux. Un invité après l'autre, tous issus du même camp, tous porteurs du même message. Ce n'est pas une ligne éditoriale. C'est un dispositif.
Hier soir, réunis sur le même panel, ces deux responsables de la communication de Tchiroma ont consacré leurs heures à des déclarations graves sur la gouvernance interne du MRC. Des accusations sans un seul document produit à l'appui. Pas de procès-verbal. Pas de note officielle. Pas de relevé de décision. Des rumeurs qui circulent depuis des mois, jamais étayées par une seule pièce vérifiable. Le comité ad hoc contesté a pourtant été constitué par acte officiel publié hier. Les soutiens de Tchiroma cités comme exclus sont toujours vice-présidents du MRC.
Rien de nouveau. Beaucoup de bruit. Zéro document. Et zéro action en direction de Genève.
Ce choix n'est pas une négligence. Ce n'est pas une maladresse. Ce sont les deux plus hauts responsables de la communication de Tchiroma qui décident ensemble, le même soir, de consacrer leur énergie à la destruction de Kamto plutôt qu'à la pression sur Biya.
Ngatchou n'a jamais été recadré. Sandy de Boston est nommée officiellement. Ce que ces deux personnes font ensemble, elles le font avec l'aval de Tchiroma.
Or Biya a exactement le même objectif depuis 2018. Diviser l'opposition. Empêcher toute coalition. Neutraliser Kamto.
Deux camps. Un seul ennemi commun. Le même.
Deux responsables de communication au service d'un président en exil occupé à récupérer son pouvoir volé devraient faire autre chose. Ils devraient documenter les crimes du régime pour les instances internationales. Ils devraient organiser des actions visibles dans les villes européennes où Biya circule librement. Sandy de Boston est à Londres, à 90 minutes de vol de Genève. Elle pourrait être devant son hôtel avec une pancarte et une caméra. Elle pourrait alerter le Haut-Commissariat des Nations Unies. Elle pourrait mobiliser la diaspora suisse. Elle pourrait parler des 3 000 arrêtés post-électoraux qui attendent toujours. Des morts d'octobre 2025. De la transition qui se prépare dans l'ombre autour de Ngoh Ngoh.
Elle était sur un panel TikTok à parler de Maurice Kamto.
Biya n'a jamais eu peur de Tchiroma. Il a toujours eu peur d'une opposition unie. Et la cellule de communication de Tchiroma travaille chaque jour, à deux voix, pour garantir que cette union n'aura pas lieu.
Pendant que Biya se repose en Suisse, ses adversaires déclarés organisent des panels pour détruire l'opposition camerounaise.
Le service rendu à Biya n'est pas accidentel. Il est coordonné. Il est assumé. Il n'est pas recadré.
John Lawson