Le Prof Calvin Tadmon dénonce la « servitude volontaire » de ses collègues
Dans une virulente sortie, le professeur Calvin Tadmon dénonce l’échec du mouvement de grève lancé par le SYNES dans les universités publiques camerounaises. Il accuse de nombreux enseignants de se plaindre constamment de leurs mauvaises conditions de travail (primes impayées, infrastructures dégradées, précarité), tout en refusant de soutenir concrètement les actions syndicales destinées à améliorer leur situation.
LE COUP DE GUEULE DU PROFESSEUR CALVIN TADMON: ENSEIGNANTS D’UNIVERSITÉ DU CAMEROUN, LA SERVITUDE VOLONTAIRE ÉRIGÉE EN MODE DE VIE
Le 9 juin 2026, le Syndicat national des enseignants du supérieur (SYNES) a lancé un énième mot d'ordre de grève générale dans l'ensemble des universités publiques du Cameroun. Énième réponse à des promesses répétées et jamais tenues par l'État. Énième cri d'alarme face au non-paiement des allocations spéciales pour la modernisation de la recherche, qui plonge les enseignants du supérieur dans une précarisation inacceptable. Énième dénonciation des manœuvres d'intimidation et de menaces exercées par certains chefs d'établissement contre ceux qui osent exercer leur droit constitutionnel à la grève. Énième constat du silence assourdissant du Ministre d'État, Ministre de l'Enseignement Supérieur, qui s'apparente à une démission pure et simple de ses responsabilités en matière de dialogue social et de gouvernance universitaire.
Et ce matin, en entrant dans ce campus que l'on laisse mourir, j'ai eu la nausée. Une nausée qui ne vient pas de l'odeur des toilettes bouchées ni de la poussière des amphithéâtres en ruine. Non. Une nausée viscérale qui monte du ventre quand je croise vos regards fuyants. Parce que ce mot d'ordre, vous l'avez trahi. Parce que cette grève, vous l'avez sabotée. Parce que ces revendications, vous les avez portées en privé… et piétinées en public.
Regardez-moi, bande de pleureuses à géométrie variable !
Partout, je n'entends que des jérémiades. Dans les couloirs exigus où nous nous frôlons comme des sardines en boîte, vous geignez sur l'absence d'eau. Dans ces placards que l'on ose appeler « bureaux », vous vous plaignez de la promiscuité. Dans les salles de délibération, vous pleurez sur vos primes qui fondent comme neige au soleil. Vous êtes les premiers à monter au créneau… en privé. Vous êtes les premiers à dénoncer le SYNES qui ne fait rien… en chuchotant. Mais quand le mot d'ordre est lancé, ce mot d'ordre pour lequel des milliers de nos collègues étaient prêts à se lever, qu'avez-vous fait ? Vous avez disparu. Vous vous êtes évaporés. Vous vous êtes transformés en fantômes de la soumission.
Arrêtez cette comédie pathétique !
Moi, Calvin Tadmon, je vous le dis en face : votre érudition, vos doctorats, vos agrégations, vos publications indexées, tout cela ne pèse pas lourd face à la réalité de votre lâcheté. Vous avez appris à vos étudiants à déconstruire l'arbitraire, à résister à l'oppression, à défendre la liberté académique. Et vous, les premiers, quand l'administration vous siffle, vous accourez, la queue basse, signer votre pointage comme des chiens savants.
L'autre jour, j'ai été le témoin direct d'une scène qui devrait vous brûler les joues à jamais.
L'administration, dans sa stratégie éculée pour casser la grève, a organisé ce fameux pointage. Par défi, par honnêteté, j'ai moi-même vérifié la liste pour constater par l'étendue du désastre moral. Et là, j'ai vu les noms. Des noms que je connais par cœur. Des noms de collègues avec qui, la veille encore, je passais des heures à dénoncer l'état déplorable de l'université. Des collègues qui, dans les réunions informelles, se drappaient dans leur indignation. Des collègues qui parlaient de dignité bafouée, de combat syndical, de sacrifice même.
Et pourtant, ces mêmes collègues, ces héros de salon, ces lions de couloir, ont été les premiers à passer leurs sujets d'examens. Les premiers à signer leur présence en salles de surveillance. Les premiers à tendre le cou à l'administration, comme pour dire : « Voyez, je suis sage, je suis obéissant, ne me confondez pas avec ces agitateurs».
Mais quelle pitoyable démonstration de duplicité !
Vous avez transformé la servitude en un mode de vie. Vous avez érigé la résignation en philosophie. Vous êtes les fossoyeurs de votre propre profession.
Et pourtant, je vous vois, chaque jour, déambuler dans les campus comme des âmes en peine.
Je vous vois vous pavaner, le regard vide, la démarche lourde, traînant votre misère comme un boulet. Vous traversez les couloirs en gémissant sur votre sort, vous vous arrêtez devant les toilettes bouchées en secouant la tête, vous contemplez les murs lépreux en soupirant, vous palpez vos poches vides en maugréant contre l'État ingrat. Vous êtes là, présents, visibles, presque théâtraux dans votre démonstration de désespoir.
Vous promenez votre infortune comme un étendard.
Vous racontez à qui veut l'entendre que l'université est en ruine, que les salaires ne suffisent plus, que les primes sont impayées, que la recherche agonise, que la dignité de l'enseignant est bafouée. Vous êtes intarissables sur l'humiliation que vous subissez. Vous multipliez les lamentations, vous alignez les constats amers, vous faites le tour des bureaux pour étaler votre mal-être, comme si la répétition de vos plaintes suffisait à changer la réalité.
Mais dès qu'il s'agit d'agir, dès qu'il s'agit de transformer vos gémissements en combat, vous disparaissez.
Dès que le mot d'ordre de grève est lancé, ce mot d'ordre qui est précisément la réponse à toutes ces injustices que vous dénoncez en privé avec tant de verve, vous vous volatilisez. Vous trouvez mille excuses pour justifier votre absence. Vous évoquez des obligations familiales, des engagements pédagogiques, des contraintes administratives. Vous inventez des raisons, vous bricolez des justifications, vous vous cachez derrière des prétextes aussi minces que votre courage.
Quelle contradiction ! Quelle imposture !
Vous passez votre temps à geindre sur le sort qui vous est fait, mais vous refusez de vous lever pour le changer. Vous remplissez les couloirs de vos doléances, mais vous désertez les lignes de front. Vous faites de votre misère un spectacle quotidien, mais vous fuyez le combat qui pourrait y mettre fin. Vous êtes des artistes de la plainte, mais des fantômes de l'action.
Alors, à qui la faute, finalement ?
L'État vous méprise ? Peut-être. Mais qu'a-t-il à craindre d'enseignants qui passent leur temps à se lamenter sans jamais se lever ? Le ministre vous ignore ? Mais pourquoi vous écouterait-il, alors que le seul langage qu'il comprend, la force du nombre, la pression collective, l'interruption du service, vous le récusez systématiquement ? Le système vous écrase ? Mais comment pourrait-il vous respecter, alors que vous lui offrez, chaque jour, le spectacle de votre résignation ?
Vous êtes les premiers à dénoncer la dégradation de vos conditions de vie et de travail. Vous êtes les premiers à pleurer l'agonie de l'université. Vous êtes les premiers à réclamer des droits. Mais au moment de les conquérir, vous êtes les premiers à vous dérober. Les premiers à briser la solidarité. Les premiers à trahir le combat.
La honte, vous la portez sur le front. La veule résignation est votre seul vrai diplôme.
Votre véritable tragédie, mes chers collègues, n'est pas dans les bureaux exigus, ni dans l'eau qui manque, ni dans les primes impayées. Votre véritable tragédie est là, sous vos pas, dans cette façon de promener votre misère comme un habit de deuil, tout en étant incapables du moindre sursaut de dignité collective.
Car il faut que vous compreniez une chose, mes chers collègues : personne ne méprise davantage un enseignant qu'un enseignant qui accepte d'être méprisé. L'État ne vous respectera pas si vous ne vous respectez pas. Le ministre ne vous écoutera pas si vous accourez à son premier claquement de doigts. Le système ne changera pas tant que vous serez prêts à troquer votre dignité contre une fiche de paie misérable.
Et vous, les administrateurs de pacotille, les petits potentats en cravate !
Chefs de département, doyens, directeurs, recteurs qui jouez les satrapes, qui avez oublié d'où vous venez, qui piétinez vos anciens collègues: réveillez-vous !
Avant d'être recteur, vous étiez enseignant.
Avant d'être doyen, vous étiez chercheur.
Avant d'être chef, vous étiez collègue.
Ces titres que vous brandissez comme des boucliers, ces privilèges éphémères que vous défendez bec et ongles, tout cela passera. Les murs de vos bureaux climatisés tomberont, vos fauteuils seront repris, vos noms s'effaceront des plaques. Mais une chose restera, gravée dans le marbre de notre histoire: la honte d'avoir intimidé des frères qui ne demandaient qu'à vivre dignement. La honte d'avoir été les valets dociles d'un système qui nous étrangle.
Vous croyez servir la patrie en brisant la grève ? Vous ne servez que votre propre égoïsme. Et vous le savez.
Ah, et que dire de vous, les professeurs de droit, les chantres de la justice, les oracles de l'État de droit !
Vous qui, en amphithéâtre, déroulez avec une éloquence magistrale les articles du Code du travail, les libertés syndicales, le droit de grève, la protection des travailleurs contre l'arbitraire. Vous avez des mots magnifiques pour décrire la dignité humaine, des phrases ciselées pour dénoncer l'injustice, des arguments imparables pour condamner la violation des droits fondamentaux.
Mais vous, qu'avez-vous fait le 15 juin 2026 ? Qu'avez-vous fait pendant ces dix jours de grève ?
Vous avez renié tout ce que vous enseignez. Vous avez baissé les yeux quand il fallait les lever. Vous avez serré les poings dans vos poches quand il fallait les brandir. Vous avez troqué la justice pour la peur. Vous avez choisi la sécurité du silence contre la gloire du combat.
Quelle ironie ! Quelle supercherie !
Quel message envoyez-vous à vos étudiants, ces jeunes qui vous regardent, qui vous vénèrent, qui croient en vous ? Leur dites-vous, par votre silence, que le droit est un jouet théorique, une discipline de salon, une matière pour les examens et non pour la vie ? Leur apprenez-vous que la dignité est un concept, pas une pratique ? Que la liberté est une illusion, pas une arme ?
Vous êtes des professeurs de droit… sans droit. Des juristes… sans justice. Des intellectuels… sans colonne vertébrale.
Alors, oui, honte à vous !
Honte à vous, les saboteurs de la grève du SYNES, qui pleurez dans les couloirs et signez votre présence dans les salles d'examen.
Honte à vous, les contestataires du café-crème qui devenez collaborateurs dès que l'administration tousse.
Honte à vous, les administrateurs qui avez vendu votre âme pour un strapontin.
Honte à vous, les juristes qui avez transformé votre science en alibi de la résignation.
Demain, quand vous traverserez ces campus lépreux, quand vous chercherez en vain un robinet qui coule, quand vous vous entasserez encore dans vos clapiers indignes appelés bureaux, quand vous recevrez votre fiche de paie qui vous rappellera votre déclassement, ayez le courage de vous regarder dans la glace.
Et posez-vous cette question, cette seule question qui vaille : « Qu'ai-je fait, moi, pour changer cela ? »
Si la réponse est le silence, alors vous ne méritez pas vos diplômes. Vous ne méritez pas vos étudiants. Vous ne méritez pas la mission sacrée d'enseigner. Vous n'êtes que des coquilles vides, des fantômes d'universitaires, des pantins qui dansent sur la corde raide de la servitude volontaire.
Car il existe une misère plus profonde que celle des poches vides. C'est celle de l'esprit qui accepte la chaîne. C'est celle du savoir qui se tait. C'est celle de l'intelligence qui s'agenouille.
Et cette misère-là, mes chers collègues, est le véritable scandale de l'université camerounaise. C'est votre scandale. C'est le mien, si je vous regarde sans rien dire.
Mais moi, Calvin Tadmon, je refuse de me taire. Je refuse de vous regarder sombrer. Je vous tends la main, non pas pour vous plaindre, mais pour vous secouer. Pour vous crier à la face que nous sommes plus grands que cela. Que nous valons mieux que cela.
Levez-vous, bon sang! Battez-vous pour vos droits! Ou alors, disparaissez. Mais ne restez pas là, à encombrer le combat de ceux qui, eux, ont encore l'audace de se battre.
Calvin Tadmon, Professeur Titulaire des Universités en Mathématiques
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