La triste histoire de Pascal Zamboué, l'oublié essentiel de la répression politique qui paie un lourd drame familial

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Tue, 23 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Pascal Zamboué est une figure souvent oubliée de la répression politique au Cameroun. Ancien militant du SDF puis cadre du MRC, il a été arrêté en 2020 et condamné à sept ans de prison dans des conditions dénoncées par plusieurs organisations de défense des droits humains. Son histoire est marquée par un lourd drame familial : pendant sa détention, son épouse a été assassinée et son fils a ensuite été poursuivi par la justice.

Quand Maurice Kamto parle de ses amis politiques pris en otage depuis six à sept ans dans les geôles camerounaises, la plupart des commentateurs citent deux noms. Alain Fogué. Bibou Nissack. Ces deux hommes méritent chaque hommage qui leur est rendu. Mais il y en a un troisième. Un homme dont l'histoire est peut-être la plus douloureuse de toutes. Un homme que notre mémoire collective a trop longtemps relégué dans l'ombre. Son nom est Pascal Zamboué. Et il est temps de le prononcer.

Un militant d'une vie, pas d'une saison

Pascal Zamboué n'a pas découvert la politique en 2018. Son engagement est le produit d'une vie entière consacrée à la justice et à la liberté. Avant le MRC, c'est au SDF qu'il a servi pendant des décennies, dans des fonctions administratives et de communication, sous les pressions policières, les intimidations administratives et les risques permanents liés à la dissidence dans le Cameroun de Biya. En rejoignant le MRC, il en devient coordonnateur régional du Centre, l'une des positions les plus stratégiques du parti. Reconnu pour sa capacité de mobilisation, son intégrité et son influence dans la région de Mbouda et au-delà. C'est précisément cette influence qui lui a valu d'être ciblé.

Un enlèvement, pas une arrestation

Le 21 octobre 2020, Pascal Zamboué est kidnappé à Douala. Pas arrêté. Kidnappé. Un commando cagoulé de la DGRE, dirigé par un certain Eko Eko, se présente sans mandat, sans procédure régulière, et l'emmène. Son crime : avoir eu l'intention de marcher.

En décembre 2021, le tribunal militaire de Yaoundé le condamne à sept ans de prison. Ce tribunal est présidé par Mme Abega Mbezoa. Épouse du même Eko Eko qui avait dirigé son enlèvement. Le conflit d'intérêts était absolu, documenté, criant. La condamnation a quand même été prononcée. Amnesty International, l'ACAT-France et le Groupe de Travail de l'ONU sur la Détention Arbitraire ont tous dénoncé une condamnation politique dépourvue de tout fondement juridique. Le régime n'a pas bronché.

Le drame absolu : une famille décimée

Mais l'histoire de Pascal Zamboué ne s'arrête pas à sa propre cellule. C'est là qu'elle devient insupportable.

Dans la nuit du 6 au 7 septembre 2023, pendant qu'il est détenu, son épouse Suzanne Zamboué est assassinée à leur domicile. Seule. Vulnérable. Privée de la protection de son mari que l'État avait pris soin d'emprisonner. Les assassins n'ont jamais été retrouvés, malgré les indices fournis par la défense. Ce meurtre a choqué le pays. Il symbolise la violence extrême que le régime est capable d'exercer, directement ou indirectement, contre les familles de ceux qui osent résister.

Ce n'est pas tout. Quelques semaines après l'assassinat de sa mère, le fils, Cabrel Zamboué, est arrêté. Accusé de complicité dans le meurtre de sa propre mère. Alors que le parquet lui-même avait requis un non-lieu. Alors qu'aucun élément matériel ne l'incriminait. Le juge d'instruction a quand même décidé de le renvoyer en jugement.

Le père en prison. La mère assassinée. Le fils emprisonné.

C'est ce que ce régime appelle la justice.

Trois torches. Trois visages d'un même sacrifice.

Kamto dit que ces otages rajeunissent la lutte. Qu'ils allument des torches dans la nuit opaque. Il a raison. Mais ces torches ont des visages différents et des histoires qui ne sont pas interchangeables.

Fogué incarne la constance intellectuelle. La pensée qui résiste à l'enfermement. La profondeur doctrinale que le régime ne peut pas emprisonner même quand il emprisonne le corps.

Bibou incarne la voix muselée. La parole de l'opposition que le régime a cru pouvoir éteindre en arrêtant celui qui la portait.

Zamboué incarne le sacrifice familial total. Un homme à qui ce système a tout pris : la liberté, l'épouse, la sécurité du fils. Et qui tient quand même.

Ces trois hommes ne sont pas interchangeables. Ils ne se remplacent pas. Ils se complètent. Et les citer tous les trois n'est pas une question de protocole. C'est une question de vérité.

Ce que l'oubli de Zamboué révèle

L'affaire Zamboué dit quelque chose de précis sur le Cameroun d'aujourd'hui : la fragilité des libertés civiles, la politisation totale de la justice, l'usage de la peur comme outil de gouvernance, la vulnérabilité des familles d'opposants et l'absence de toute protection institutionnelle pour les dissidents. Elle pose une question morale que personne ne devrait pouvoir esquiver : peut-on décimer une famille entière pour punir un engagement politique ?

Et elle pose une question à nous, qui commémorons, qui publions, qui rendons hommage : pourquoi avons-nous si longtemps prononcé deux noms quand il fallait en prononcer trois ?

L'oubli de Pascal Zamboué n'est pas anodin. Il est lui-même une injustice. Une injustice que nous pouvons corriger dès aujourd'hui.

Son nom doit être prononcé. Son histoire doit être racontée. Sa dignité doit être restaurée.

Fogué. Bibou. Zamboué. Trois otages. Trois torches. Un seul combat.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com