Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, la cession de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) est bien plus qu'une simple transaction commerciale. L'emploi de 6 000 personnes dans le département d'origine de Ferdinand Ngoh Ngoh, allié aux attaches familiales de la première dame dans la région, en fait un dossier politique de première magnitude. L'État camerounais veille, et le choix du repreneur pourrait redessiner les équilibres du pouvoir à Yaoundé.
L'enquête de Jeune Afrique révèle que Sosucam emploie 6 000 personnes dans les arrondissements de Nkoteng et Mbandjock, situés dans le département de la Haute-Sanaga . Une géographie humaine qui n'a rien d'anodin : le magazine précise qu'il s'agit du département dont est originaire le tout-puissant secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh . Plus encore, Chantal Biya, la première dame, y dispose d'attaches familiales .
Selon Jeune Afrique, c'est cette double connexion qui explique pourquoi la cession de Sosucam ne sera pas traitée comme une simple transaction de marché. Le repreneur devra obtenir l'aval implicite de deux des personnalités les plus influentes d'Etoudi, souligne le magazine .
Jeune Afrique révèle que le Premier ministre Joseph Dion Ngute a imposé sa propre temporalité à ce dossier. Lors d'une réunion du 8 juin à la primature avec Olivier Parent, directeur général de Somdia, il a ordonné la création d'un « comité stratégique chargé d'encadrer l'opération » . Ce comité dispose de six mois pour « rendre sa copie » — six mois pendant lesquels l'État garde la main sur le processus .
Ce délai, dans l'architecture politique actuelle du Cameroun, n'est pas neutre, analyse Jeune Afrique. Il permet à Ngoh Ngoh, à Chantal Biya et au gouvernement de peser sur le choix du repreneur .
Le magazine rappelle également que la grève du début d'année à Sosucam, qui s'est muée en émeutes provoquant un décès, a confirmé que les travailleurs de l'entreprise constituent une force sociale que nul repreneur ne peut se permettre d'ignorer . La députée européenne Marina Mesure avait d'ailleurs dénoncé ce qu'elle qualifiait de « répression sanglante » et de « violations répétées des droits des salariés » .
Selon l'enquête de Jeune Afrique, deux principaux prétendants sont en lice pour la reprise de Sosucam . Le premier est le Camerounais William Nkontchou, cofondateur du fonds Africa Financial Institutions Investment Platform (Afiip), « en discussions avancées avec Somdia pour la reprise » . Le second est Aliko Dangote, l'homme le plus riche d'Afrique, dont le groupe Dangote Sugar aurait formulé une offre .
Mais Jeune Afrique souligne que l'État, déjà actionnaire à 7,02% de Sosucam, pourrait être tenté de racheter les parts de Castel-Somdia . Une quasi-nationalisation qui s'inscrirait dans la logique observée par le journal : après les ports, les banques et l'énergie, le sucre ?