Il est rentré. Cinq ans après avoir quitté le Cameroun, Longkana Simon — dit Longuè Longuè, le chanteur subversif que ses admirateurs appellent «Le libérateur» et «le fou de la nation» — a atterri à Yaoundé le 18 juin 2026 à bord d'un vol Air France. Visé par un mandat d'arrêt de la police camerounaise. Expulsé de France après le rejet de sa demande d'asile. Et pourtant libre — huit heures d'audition après son interpellation à l'aéroport. Jeune Afrique révèle en exclusivité dans son enquête du 23 juin les coulisses d'un retour qui n'a rien de spontané — et tout d'une négociation diplomatique et politique menée dans l'ombre depuis plusieurs semaines.
La sénatrice Françoise Puene : la clé de voûte de tout le dispositif
Au cœur de cette affaire, Jeune Afrique identifie une figure inattendue : la sénatrice Françoise Puene — membre du RDPC, parlementaire loyale au régime — qui a joué le rôle de médiatrice entre un artiste opposant et un pouvoir qu'il avait chanté avec une virulence sans équivalent dans la musique camerounaise contemporaine. «Ça faisait un moment qu'il éprouvait le désir de rentrer au Cameroun. Il me l'avait confié lors de mon dernier séjour en France. Sauf qu'il craignait de se faire arrêter. J'ai essayé de le rassurer et, depuis lors, on préparait ce retour», confie-t-elle à Jeune Afrique.
Une sénatrice du parti au pouvoir qui prépare le retour d'un critique virulent de Paul Biya — et qui, «durant les huit heures qu'a duré son audition» par la police judiciaire, «s'est chargée de l'assister». Puis qui «s'est portée garante de son retour dans le rang» avant de «l'installer dans son hôtel Franco, en plein cœur de Yaoundé». Une protection institutionnelle accordée à un homme dont la chanson «Grand-père, tu es fatigué, pardon va te reposer» était devenue, révèle Jeune Afrique, «l'hymne de l'opposition à Paul Biya durant la présidentielle d'octobre 2025».
Le laissez-passer de l'ambassade : l'aval officiel des autorités
Jeune Afrique révèle le mécanisme précis qui a permis à Longuè Longuè de quitter le centre de rétention administrative de Geispolsheim pour prendre son vol vers Yaoundé. La sénatrice Puene avait saisi «l'ambassadeur du Cameroun à Paris, André-Magnus Ekoumou, alors en séjour à Yaoundé, afin qu'il lui délivre un laissez-passer signifiant l'aval des autorités à son retour». Ce document — «servant de caution» selon le journal — a permis à Longuè Longuè d'être «autorisé à quitter le centre de détention pour retourner chez lui faire ses valises, avant de prendre la destination de l'aéroport».
En d'autres termes : le retour de Longuè Longuè au Cameroun avait reçu le feu vert officiel des autorités camerounaises — via l'ambassade de Paris. Mais trois jours avant son vol, selon Jeune Afrique, «le commissaire de police Paul Meva, chargé d'études au cabinet du patron de la police Martin Mbarga Nguélé, signait un mandat de recherche et d'arrestation» contre lui. La main droite du système autorisait le retour. La main gauche signait un mandat d'arrêt. Le Cameroun dans toute sa complexité politique.
Les excuses pour «Grand-père tu es fatigué» : le prix de la liberté
Jeune Afrique révèle le geste qui a ouvert la porte de sa liberté : lors de ses huit heures d'audition, «Longuè Longuè a présenté des excuses pour une chanson jugée offensante» — cette «Grand-père, tu es fatigué, pardon va te reposer» qui avait électrisé les foules de l'opposition pendant la présidentielle d'octobre 2025. Des excuses publiques pour une chanson. Le prix d'un passeport pour la liberté au Cameroun.
Sa première apparition publique, le 22 juin au musée national de Yaoundé, a donné le ton de sa nouvelle posture : «Je suis venu faire la paix avec la République, le chef de l'État, les membres du gouvernement et tous les Camerounais.» Et face aux questions sur son avenir artistique — chantera-t-il les louanges de Biya ? —, la sénatrice Puene répond avec la formule la plus prudente possible : «Il est libre de le faire ou pas. Ce que nous avons fait, c'est par humanisme et non en contrepartie de quoi que ce soit.»