Un homme s'est présenté à la CRTV avec un faux décret présidentiel le nommant vice-président de la République. Mais derrière cette tentative qui semble rocambolesque, certains analystes pointent une stratégie du « clan Chantal Biya » pour noyer le poisson et faire oublier que le nom d'Oswald Baboke figurait sur le document intercepté.
L'affaire a éclaté lorsque Sitchom Johann s'est rendu dans les locaux de la CRTV avec un décret présidentiel daté du 8 juin 2026. Le document, présenté comme le décret N° 2026/202, annonçait sa nomination au poste de vice-président de la République, avec effet immédiat. Sur le papier : le tampon de la Présidence, la signature attribuée au chef de l'État, une mise en page officielle. Visuellement, le faux était travaillé .
La direction de la CRTV a refusé de diffuser le contenu. Après vérification auprès du Cabinet civil, la chaîne publique a confirmé qu'il s'agissait d'un faux document. Sitchom Johann a été interpellé dans la foulée .
Une histoire qui défie la raison
Selon les informations relayées par le lanceur d'alerte N'Zui Manto, Sitchom Johann aurait déclaré avoir agi seul, mû par une « révélation divine ». Membre d'une église de réveil, il affirmait que Dieu lui aurait annoncé en songe qu'il deviendrait vice-président du Cameroun . Un mobile qui le ferait passer pour un illuminé ou un « hurluberlu », selon les termes employés par certaines sources.
Son interpellation est confirmée par plusieurs médias. On ignore à ce stade s'il bénéficiait de complicités à l'intérieur ou à l'extérieur de la CRTV .
Une thèse alternative : la manipulation politique
Mais des sources proches du dossier, reprises par plusieurs analystes, avancent une tout autre version. Selon cette lecture, le vrai décret intercepté à la CRTV portait en réalité le nom d'Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil et protégé de Chantal Biya . L'objectif de l'opération aurait été de faire une annonce surprise, un « coup de force » médiatique.
Face à l'échec de la tentative et aux risques politiques qu'elle faisait peser sur le clan Baboke, une stratégie de diversion aurait été mise en place : faire passer Sitchom Johann pour un fou ayant agi seul, tout en mettant en circulation le faux décret à son nom pour brouiller les pistes . Selon cette thèse, l'apparition du faux document portant le nom de Sitchom Johann n'aurait été rendue publique qu'après des révélations compromettantes sur le contenu initial du pli, une tentative de noyer le poisson .
Une affaire qui révèle les tensions autour de la vice-présidence
Cette affaire survient dans un contexte de fortes spéculations autour du poste de vice-président, réinstauré par une révision constitutionnelle adoptée le 4 avril 2026 . Depuis, la question de la succession de Paul Biya, 93 ans, agite les couloirs du pouvoir .
Oswald Baboke est régulièrement cité parmi les favoris, aux côtés de Ferdinand Ngoh Ngoh, Louis-Paul Motaze ou encore Franck Biya, le fils du président . Des informations d'Afrique Check confirment d'ailleurs qu'à ce jour, aucune personne n'a été désignée pour occuper cette fonction stratégique .
Si Sitchom Johann apparaît aujourd'hui comme un simple excentrique, cette affaire en dit long sur les luttes d'influence qui déchirent l'entourage du chef de l'État et sur la porosité entre les ambitions personnelles, les réseaux religieux et les institutions de la République