Le rôle de Ferdinand Ngoh Ngoh dans l'affaire Martinez Zogo est de plus en plus mis en cause
Le rôle de Ferdinand Ngoh Ngoh dans l'affaire Martinez Zogo est de plus en plus mis en cause. Les révélations du procès font état de liens entre Martinez Zogo, Ferdinand Ngoh Ngoh et Oswald Baboké, ainsi que des interventions présumées du SGPR dans le suivi du dossier judiciaire. Des voix s’élèvent pour s’interroger sur l'influence du palais présidentiel sur la justice, appellent à davantage de transparence et estiment que Ferdinand Ngoh Ngoh devrait se mettre à la disposition de la justice.
MARTINEZ ZOGO : L’OMBRE DE FERDINAND NGOH NGOH
« Ferdinand Ngoh Ngoh se fait discret. Trop discret pour un homme dont le nom revient comme un glas chaque fois qu’on murmure « succession de Paul Biya ». Personne, ou presque, ne parle plus de « l’homme à la punk ». Personne ne rappelle qu’il détient la délégation de signature du chef de l’État. On croirait même qu’il n’est plus secrétaire général de la présidence de la République, le plus proche collaborateur de Paul Biya, la main qui contresigne, l’œil qui filtre. Il s’est retiré dans le silence, comme si le bruit pouvait user le pouvoir.
Et comme un ouragan, l’information est venue du Tribunal militaire. Selon le 33e témoin lors du contre-interrogatoire, Martinez Zogo était un informateur de Ferdinand Ngoh Ngoh et du directeur adjoint du Cabinet civil, Oswald Baboké. Brutal. Sec. Implacable. Plus encore : Martinez Zogo entretenait des échanges réguliers avec l’épouse du SGPR que Martinez Zogo appelait parfois "ma mère". Entre, il y avait souvent des « bb ». Jusqu’où allait cette proximité ? S’interrogent les observateurs. Quand la nuit des réseaux croise le jour des institutions, la frontière entre privé et public s’embrume, et l’État, lui, n’aime pas les zones d’ombre.
Très tôt, Ferdinand Ngoh Ngoh a montré son implication dans l’affaire Martinez Zogo. Le 2 février 2023, soit sept jours après l’ouverture de l’enquête, à la manière d’un procureur, il rend public un communiqué dans lequel il annonce l’arrestation de toutes les personnes impliquées dans ce crime. Ton ferme, message d’autorité. L’État, dit-il, ne transigera pas. Très vite, certains ont évoqué une bataille sourde entre Ngoh Ngoh et Laurent Esso autour du dossier. Le ministre d’État chargé de la Justice, réputé proche d’Amougou Belinga, l’un des accusés, incarnait l’autre camp. Deux poids lourds, deux logiques, un même dossier : la justice et le palais.
Très tôt également, lors de la deuxième audience du 27 mai 2023, Africa Intelligence lance un pavé dans la mare. Selon cette lettre confidentielle basée à Paris, Jean-Pierre Oloumou, l’expert judiciaire, aurait fait parvenir un rapport de trois pages sur l’assassinat de Martinez Zogo au président de la République. Le document accuse Ferdinand Ngoh Ngoh, Joseph Beti Assomo et Galax Etoga d’avoir détourné les conclusions de l’enquête. Il révèle des échanges réguliers entre Martinez Zogo et « épouse SGPR ». Il regrette que l’instruction ne soit pas allée plus loin et demande au chef de l’État que Ngoh Ngoh, Beti Assomo et Galax Etoga soient entendus. Là, l’ombre s’épaissit. Quand l’expert parle, le doute devient document.
Le SGPR ne s’encombre pas toujours de certaines frontières institutionnelles dans ce dossier. Avec un certain aplomb, il fait parvenir, le 2 décembre 2025, une note confidentielle au ministre d’État, ministre de la Justice, garde des Sceaux. Dans cette correspondance, Ferdinand Ngoh Ngoh affirme « répercuter les très hautes instructions du chef de l’État » prescrivant de veiller à ce que le Tribunal militaire vide sa saisine au fond, sans aucune mise en liberté provisoire des accusés et dans le respect des procédures. Là, la ligne rouge tremble. La Constitution sépare les pouvoirs. Le SGPR exécute ; il ne commande pas au juge. Quand la plume du palais corrige la balance de Thémis, la République tousse.
L’histoire radote. Richelieu murmurait à l’oreille de Louis XIII et décidait des guerres. Fouché servait tous les régimes et écrivait les polices. Le proche du Prince est toujours suspect, parce qu’il voit tout, entend tout, signe à la place de tous. Mais une démocratie adulte ne confond pas proximité et omnipotence. Elle trace une limite : conseiller, oui ; diriger la justice, non. Aujourd’hui, on est en droit de s’interroger sur les actes posés par ce collaborateur de Paul Biya. Pourquoi ce silence quand son nom circule dans les spéculations sur l’ordre de succession ? Pourquoi cette discrétion quand la délégation de signature fait de lui un quasi vice-président de fait ? Pourquoi cette ombre quand le Tribunal militaire éclaire des proximités qui interrogent ?
Le SGPR n’est pas accusé. Il est questionné par les faits. Et les faits, têtus, posent deux questions que le marbre institutionnel ne peut plus esquiver :
1. Où s’arrête le palais quand commence le prétoire ?
Annoncer les arrestations, transmettre des « très hautes instructions » pour bloquer une liberté provisoire, c’est glisser du conseil à l’injonction. Or la justice n’obéit qu’à la loi. Quand le palais dicte au juge, la confiance publique se fissure. Thémis n’a qu’un bandeau : celui de l’impartialité.
2. Que vaut l’État quand l’intime s’invite ?
Des « bb » échangés entre l’épouse du SGPR et la victime, c’est plus qu’une anecdote. C’est un signal d’alarme. L’État doit être de granit, pas de dentelle. L’intime a sa place, mais pas dans un dossier qui juge un crime. Et quand l’expert judiciaire demande à entendre les plus hauts responsables, l’État doit répondre par la vérité, non par le silence.
Ferdinand Ngoh Ngoh sert certainement l’État avec loyauté, efficacité et discrétion. Qualités de courtisan, vertus de serviteur. Mais la République du 14 avril 2026 a changé de grammaire. Elle demande des institutions, pas des ombres. Des procédures, pas des murmures. Des responsabilités, pas des silences. Le Cameroun ne mérite pas que ses affaires soient décidées dans les couloirs. Il mérite que chaque signature, chaque instruction, chaque proximité soit lisible, encadrée et contrôlable. Sinon, demain, ce ne sera plus le SGPR que l’on pointera du doigt. Ce sera l’État tout entier, accusé d’avoir préféré l’ombre à la lumière.
Et si Ferdinand Ngoh Ngoh démissionnait pour se mettre à la disposition de la justice ? C’est le minimum que certains estimeront pouvoir attendre de lui. La République ne se mesure pas à la puissance des signatures, mais à la capacité de rendre des comptes. Quand l’ombre devient trop épaisse, seul un geste de transparence peut la dissiper. Démissionner, ce n’est pas avouer. C’est offrir à la justice le terrain plat dont elle a besoin pour dire le droit, sans que la plume du palais pèse sur la balance.
Duke Atangana Etotogo»