Et si l'affaire Lebou rebondissait, une question que nous nous posons et que le journal l'Indépendant se pose également. L'affaire concerne en effet Emmanuel Lebou, ancien directeur de la solde au ministère des Finances.
Le compatriote a été reconnu coupable d'avoir orchestré un vaste réseau de fraude en créant 2 601 comptes de salaires fictifs. Pendant près de dix ans, ce système a permis de détourner plus de 216 milliards de francs CFA des caisses publiques, reprécise le média cité qui ne s'arrête pas là dans sa parution numéro 1042.
Il affirme dans l'article en question qu'il s'agit de chiffres qui dépassent l'entendement, représentant l'équivalent des budgets annuels combinés de plusieurs ministères. Lebou a été condamné par le TCS à une peine record de 104 ans de prison. La rédaction de CamerounWeb relaie les lignes du média.
Le mode opératoire était ingénieux : des milliers de comptes salariaux fantômes créés de toutes pièces, pour des fonctionnaires inexistants, mais dont les salaires étaient régulièrement versés, puis siphonnés par un réseau de complices. Cette machination a été qualifiée comme la plus vaste fraude jamais mise à jour au Cameroun et explique la sentence historique prononcée par le TCS.
Si le montant du détournement a laissé l'opinion publique sidérée, le procès d'Emmanuel Lebou n'en était pas moins controversé. L'ancien directeur de la solde a toujours clamé son innocence, arguant qu'il n'était qu'un maillon d'un système déjà corrompu bien avant son arrivée.
Dans une lettre ouverte au président Paul Biya, il dénonce les nombreuses entraves à sa défense, notamment l'impossibilité d'obtenir la certification d'un rapport d'audit de 2013 qui, selon lui, prouverait que les dysfonctionnements au sein du ministère des Finances existaient avant sa prise de fonction en 2015.
Les faits avancés par Lebou soulèvent des doutes sur la transparence et l'équité de la procédure. Il reproche également au tribunal de ne pas permettre la mention de ce document pourtant accessible à certains de ses coaccusés. Pour certains, le cas Emmanuel Lebou serait un arbre qui cache la forêt d'une corruption institutionnalisée.
En effet, dans sa lettre, l'accusé n'hésite pas à pointer du doigt un système bien plus vaste. Il parle d'un « fléau qui sévit depuis trop longtemps » au ministère des Finances, laissant entendre que plusieurs hauts responsables pourraient être impliqués, mais n'auraient jamais été inquiétés.
Quelle est l'implication de la direction générale du budget dans ce dossier ? Cette direction pilotée par Cyrill Edou Alo'o assure la tutelle sur les services liés aux finances publiques et à la solde. À l'époque, soutient-on, l'enquête judiciaire a cherché à déterminer les failles et les complicités potentielles ayant permis la création des faux comptes sur une aussi longue période.
C'est ainsi qu'en juillet 2020, Edou Alo'o a été longuement entendu par les officiers de police judiciaire du Tribunal criminel spécial (TCS). Son audition a principalement consisté à éclairer la justice sur l'organigramme, la hiérarchie et les responsabilités précises des informaticiens et agents impliqués dans la gestion de la cellule informatique de la direction de la solde.
À la suite du démantèlement de ce réseau de faux rappels de salaires et de la condamnation de ses instigateurs, plusieurs cadres et responsables du ministère des Finances ont été inquiétés ou entendus dans le cadre de l'enquête visant à démanteler entièrement la chaîne de fraude.
Ndlr, alors, peut-on finalement dire qu'Emmanuel Lebou est de retour ? Oui, dans une certaine mesure. Il est de retour sur toutes les lèvres, avec le cas de Cyrill Edou Alo'o qui fait beaucoup parler et rappelle sensiblement l'affaire Emmanuel Lebou.