Il était présenté comme «l'homme discret qui maîtrise les rouages du pouvoir» — le favori de Chantal Biya pour la Vice-Présidence, selon les révélations de Boris Bertolt. Oswald Baboké, directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya, se retrouve aujourd'hui au cœur de deux enquêtes simultanées dont Jeune Afrique révèle en exclusivité les détails ce 30 juin 2026. Entendu le 26 juin par les enquêteurs du Tribunal Criminel Spécial (TCS), il devait être convoqué à nouveau les 30 juin et 1er juillet. Des convocations qui surviennent au moment le plus sensible de sa trajectoire politique — et qui ne peuvent être sans conséquence sur sa candidature à la Vice-Présidence.
La première affaire qui concerne Baboké est révélée par Jeune Afrique dans toute son ampleur chiffrée. L'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) a constaté que le Cameroun n'avait officiellement déclaré que 22 kilogrammes d'or exportés en 2023 — alors que «près de 15 tonnes d'or d'origine camerounaise auraient été enregistrées la même année sur le marché de Dubaï». L'écart est vertigineux : 22 kg déclarés contre 15 000 kg réels — soit un ratio de dissimulation de plus de 99%.
Et ce n'est pas qu'une anomalie annuelle. Jeune Afrique révèle que «entre 2021 et 2025, 44 tonnes d'or auraient été produites par le Cameroun, tandis que les exportations déclarées ne représenteraient qu'environ 148 kg». En cinq ans, 43 850 kg d'or camerounais auraient quitté le pays sans être déclarés — partant vraisemblablement vers Dubaï, la plaque tournante mondiale de l'or non tracé que Jeune Afrique avait précédemment liée aux activités de la filiale Cstar de la SNH dirigée par Nathalie Moudiki.
Le nom d'Oswald Baboké et de «certains de ses proches, dont sa fille Indira Baboke, ayant été régulièrement cités comme faisant partie de ces réseaux», les enquêteurs l'ont convoqué «à des fins de vérification». Il nie toute activité illicite. Mais sa convocation est réelle — et documentée par Jeune Afrique.
La seconde convocation de Baboké concerne une affaire autrement plus politique : l'enquête sur le faux décret présenté à la CRTV le 12 juin. Jeune Afrique révèle que «Paul Biya a ordonné l'ouverture d'investigations sur cette présumée tentative d'escroquerie» — et que Baboké a été entendu dans ce cadre. Pourquoi Baboké est-il entendu sur le faux décret ? Le journal ne le dit pas explicitement — mais le contexte qu'il a lui-même construit sur plusieurs mois de couverture est éloquent : Baboké est le directeur adjoint du cabinet civil. Il connaît les protocoles de la présidence. Il sait à quoi ressemble un vrai décret présidentiel. Et dans une affaire où les cachets officiels sont «authentiques», interroger le directeur adjoint du cabinet civil est une démarche qui s'impose naturellement à tout enquêteur sérieux.
Jeune Afrique révèle enfin une information qui élargit considérablement la portée de ces investigations. «D'autres personnalités, y compris des proches de la famille présidentielle, seront aussi entendues», assure une source proche du dossier citée par le journal. Des «proches de la famille présidentielle» — une formulation qui, dans le contexte de la guerre de succession entre Franck Biya et Chantal Biya, dit que l'enquête sur l'or et peut-être celle sur le faux décret remontent plus haut que Baboké. Et que le réseau qui exporte 44 tonnes d'or pendant qu'on en déclare 148 kg ne fonctionne pas sans protections au plus haut niveau.