Succession à Étoudi : La destruction totale du clan Chantal Biya est lancée

NGOH NGOH BABOKE L'attaque contre le clan Nanga aurait été déclenchée par sa cible la plus exposée

Fri, 3 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Les critiques visant Oswald Baboke s’apparentent à une offensive politique coordonnée contre le réseau d'influence associé à la Première dame Chantal Biya, dans un contexte de rivalités autour de la succession au sommet de l'État. Cette stratégie repose sur des attaques financières, religieuses et symboliques destinées à affaiblir la crédibilité de Baboke et, plus largement, du clan présenté comme proche de Chantal Biya.

L'ATTAQUE CONTRE LE CLAN NANGA — QUI SONT LES ACTEURS ET COMMENT L'OFFENSIVE A ÉTÉ LANCÉE (1/2)

La cartographie et l'offensive

Ce qui se passe autour d'Oswald Baboke depuis plusieurs semaines n'est pas un scandale médiatique ordinaire. Ce n'est pas un emballement spontané des réseaux sociaux contre un fonctionnaire trop visible. Ce n'est pas une indignation populaire qui aurait trouvé sa cible par hasard.

C'est une opération. Coordonnée, méthodique, menée depuis l'intérieur du système Biya, et qui vise un objectif précis : démanteler l'influence matrimoniale au sommet de l'État camerounais avant que la question de la succession ne soit définitivement tranchée.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut d'abord nommer ce qu'on attaque — et distinguer soigneusement les acteurs.

Le clan Nanga et ses relais : une cartographie précise

Le terme "clan Nanga" désigne le réseau structuré autour de Chantal Biya, dont l'influence sur l'appareil présidentiel s'est exercée pendant plus de vingt-cinq ans. Ce réseau repose sur deux piliers institutionnels distincts.

Le premier est Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence depuis quatorze ans. Nanga comme Chantal Biya, il a longtemps été son allié le plus puissant — le bras administratif du clan au cœur de l'appareil d'État. Mais comme nous l'avons documenté dans nos précédents décryptages, cette alliance se serait progressivement fissurée : Ngoh Ngoh, devenu trop autonome, trop influent, trop difficile à contrôler, serait passé du statut d'instrument à celui de rival potentiel.

Le second pilier est Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet Civil. Une précision essentielle s'impose ici : Baboke n'est pas Nanga. Il n'appartient pas à l'ethnie de la première dame. C'est un poulain politique — un homme choisi, promu et protégé par Chantal Biya précisément parce qu'il lui est redevable, malléable, et dépendant. Fonctionnaire parmi les plus aisés du pays, pasteur d'une église dont la communauté constitue une base sociale réelle, il serait devenu le nouveau relais opérationnel de la première dame après la marginalisation progressive de Ngoh Ngoh.

Ce clan élargi — Chantal Biya, Ngoh Ngoh, Baboke — a longtemps fonctionné comme un contre-poids efficace aux clans issus du village présidentiel. Sa montée en puissance, son autonomie croissante, et sa capacité à influencer les circuits de décision les plus stratégiques auraient cependant fini par inquiéter les autres acteurs du système.

Quand un réseau matrimonial commence à contrôler simultanément le secrétariat général de la présidence, une partie du Cabinet Civil, et des réseaux de protection du chef de l'État, il cesse d'être un contrepoids. Il devient une menace pour tous les autres clans en lice.

L'offensive : trois axes coordonnés

L'attaque contre le clan Nanga aurait été déclenchée par sa cible la plus exposée : Baboke. Trois axes semblent se dégager, même si leur coordination reste à établir formellement.

Axe financier : délégitimation économique

Des lanceurs d'alerte — dont certains opèrent depuis des comptes anonymes sur les réseaux sociaux, d'autres depuis des plateformes d'information en ligne peu identifiées — ont publié en cascade des éléments sur la fortune présumée de Baboke. Images de résidences, montants de contrats publics dont un marché présenté comme de 1,8 milliard pour les repas d'État lors de la visite papale, informations sur des loyers commerciaux, liens avec des titres miniers détenus via sa fille Indira, connexions alléguées avec les filières de l'or et du carburant.

Ces informations n'ont pas toutes été vérifiées de manière indépendante. Certaines ont été contestées par les proches de Baboke. Mais dans l'économie de l'attention des réseaux sociaux camerounais, la vérification est secondaire. Ce qui compte, c'est la saturation de l'espace informatif.

Axe religieux : délégitimation morale

Baboke est pasteur. Son épouse, Awapira Créscence Baboke, est femme d'église et personnalité publique connue dans les milieux évangéliques camerounais. Les attaques sur leur moralité religieuse et leur cohérence spirituelle visent à détruire le capital symbolique que le couple a soigneusement construit. Dans une société camerounaise où la respectabilité religieuse constitue un capital politique réel, c'est un coup porté au cœur de leur légitimité populaire.

La sortie publique de Créscence Baboke, les deux doigts en l'air devant les caméras, documentée dans la revue de presse du 2 juillet sur Info TV, dit la gravité de l'offensive : l'épouse sort de sa réserve habituelle pour défendre publiquement son mari. Ce n'est pas un geste anodin dans le contexte camerounais.

Axe symbolique : contamination par association

Le troisième axe, le plus redoutable, est la contamination symbolique. La diffusion de conversations privées entre l'épouse de Baboke et Martinez Zogo — le journaliste assassiné dont le meurtre a soulevé une indignation nationale profonde — vise à associer le clan Nanga à un scandale criminel de première magnitude. L'objectif n'est pas d'établir une culpabilité judiciaire. C'est de rendre le clan politiquement intouchable pour quiconque voudrait le défendre publiquement.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com