Quand les journalistes de Radio Cameroun ont failli bloquer un vrai remaniement ministériel

Biya Paul Marche.png Il y a quelques semaines des journalistes de la CRTV ont eu chaud

Mon, 6 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Cet épisode est survenu le 18 juin 1983, lorsque les journalistes de Radio Cameroun ont failli ne pas diffuser un véritable décret de remaniement ministériel, tant son mode de transmission leur paraissait inhabituel.

L'affaire du faux décret de nomination d'un vice-président, qui fait les choux gras de la presse camerounaise ces derniers jours, nous rappelle un épisode méconnu de notre histoire. Un jour où, à l'inverse, un décret bien réel a failli ne jamais passer à l'antenne.

Nous sommes le samedi 18 juin 1983. Yaoundé s'affaire, car dans deux jours, le lundi 20 juin, le président français François Mitterrand est attendu au Cameroun. Toute la capitale vit au rythme des préparatifs de cette visite d'État. C'est le week-end, la vie politique semble tourner au ralenti et rien ne laisse présager le moindre changement.

À la radio nationale, le journaliste Gerba Mallam, qui pilote l'édition du journal de la mi-journée, est déjà installé en studio quand un homme surgit de l'autre côté de la vitre et lui fait signe.

À première vue, rien de remarquable : un monsieur enveloppé, la cinquantaine, l'air du parfait commis de l'administration camerounaise. Sauf que ce visiteur essoufflé s'appelle Joseph Zambo, et qu'il est secrétaire général adjoint de la présidence de la République. Il tient entre ses mains, dit-il, « d'importants textes du président de la République ».

Dans la rédaction, on doute. Ce n'est pas ainsi que les choses se passaient sous Ahidjo. Les journalistes connaissent le circuit habituel d'un remaniement ministériel, et celui-ci n'y ressemble en rien. Le dernier réaménagement du gouvernement, trois mois plus tôt à peine, avait d'ailleurs suivi une tout autre procédure. Seule la fonction du messager les rassure un peu : on imagine mal le secrétaire général adjoint de la présidence se déplacer en personne pour porter un faux.

Ils ouvrent le pli, et l'inquiétude monte encore d'un cran. Ce qu'ils ont sous les yeux est une véritable bombe : de nombreux barons du système Ahidjo sont mis sur la touche. Lire cela à l'antenne sans vérification, c'est jouer sa carrière, peut-être davantage.

Discrètement, la direction de la radio tente de joindre le premier ministère pour s'assurer de l'authenticité du décret. En vain, le Premier ministre Bello Bouba Maïgari est injoignable. Finalement, rassurés par leur interlocuteur, les journalistes acceptent de lire au public ce document explosif.

Et quel document. Sadou Daoudou, une vingtaine d'années à la tête des Forces armées, n'est plus secrétaire général de la présidence de la République. Samuel Eboua, une dizaine d'années dans l'ombre d'Ahidjo, numéro deux de fait au moment de sa démission, perd son strapontin de ministre de l'Agriculture.

Ayissi Mvodo, tout-puissant ministre de l'Administration territoriale et « homme de base » de l'ancien régime dans le Centre-Sud, est écarté. Guillaume Bwele est débarqué du ministère de l'Information et de la Culture, Eteme Oloa Athanase de celui de la Santé. Tous ont servi au moins dix ans auprès d'Ahidjo ; tous faisaient figure, au moment de son départ, de gardiens du temple.

Le plus étonnant dans cette histoire, c'est que le matin même, au Palais d'Etoudi, le président Paul Biya recevait son Premier ministre. Les deux hommes ont longuement échangé sur les affaires de l'État, jusqu'à midi, dans une atmosphère de confiance apparente, avant de se séparer sans le moindre heurt. Le chef de l'État n'a rien laissé paraître. À peine deux heures plus tard, Bello Bouba Maïgari apprend, stupéfait, par l'édition de la mi-journée de la radio nationale, qu'un remaniement vient d'être annoncé. Le Premier ministre découvre à la radio la composition d'un gouvernement dont il est censé être le chef.

Le sort réservé à Sadou Daoudou n'est pas moins cruel. Le secrétaire général de la présidence, qui a passé toute la matinée aux côtés du président, rentre chez lui l'esprit tranquille. Quelques minutes après avoir franchi le seuil de son domicile, c'est la voix de la radio qui lui apprend sa disgrâce.

Ce samedi 18 juin 1983, les journalistes de la radio publique ont donc hésité devant un décret parfaitement authentique. On les comprend : au Cameroun, la réalité ressemble parfois à s'y méprendre à une fausse nouvelle.

Il y a quelques semaines des journalistes de la CRTV ont eu chaud.

L'oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH

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