Quand le président de la Fecafoot et le vice-recteur d'une université d'État passent des semaines à s'affronter publiquement sur les raisons d'une non-qualification au Mondial — au lieu que l'un réforme et l'autre enseigne — c'est que quelque chose de plus profond que le football est en jeu. Jeune Afrique, dans son enquête exclusive du 1er juillet 2026, révèle comment ce conflit entre Samuel Eto'o et Mathias Éric Owona Nguini est devenu le miroir grossissant de toutes les fractures qui traversent le Cameroun en ce moment — sportives, politiques, familiales, institutionnelles.
Jeune Afrique retrace avec précision le moment fondateur de cette querelle publique. Le 11 juin 2026, alors qu'Eto'o assiste au match d'ouverture du Mondial opposant l'Afrique du Sud au Mexique, il publie sur ses réseaux sociaux une image du trophée de la Fifa avec le hashtag #IlFautAssumer. Trois mots. Un message délibérément ambigu — «Regrettait-il l'absence de son équipe ? Le cas échéant, à qui s'adressait-il ?», demande Jeune Afrique. Une ambiguïté qui, en ne désignant personne explicitement, désignait tout le monde — et que chacun a interprétée selon ses intérêts.
Cette sortie a relancé le débat sur la non-qualification — et c'est en participant à une émission télévisée que Mathias Éric Owona Nguini a déclenché l'escalade. En «rappelant les péripéties traversées par la sélection, et notamment «l'attitude de la fédération, qui a saboté le travail de l'entraîneur»», il a mis le feu aux poudres. La Fecafoot a riposté dans un communiqué officiel — renvoyant la responsabilité sur le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi pour avoir fermé les yeux sur les «écarts initiés par le sélectionneur». Deux institutions qui s'accusent mutuellement. Devant les Camerounais qui regardent le Mondial à la télévision.
Le vrai débat : qui est responsable de l'échec ?
Jeune Afrique ne tranche pas officiellement — mais les éléments qu'il documente dessinent une réponse. La Fecafoot avait refusé quatre offres de matchs amicaux en juin — l'Iran, la Bosnie, l'Irak, l'Uruguay — pour des raisons que le ministère des Sports jugeait excessivement financières. «Si on avait reçu une proposition financière intéressante, on aurait accepté», avait admis une source proche de la Fecafoot au journal. Le sélectionneur Marc Brousse — «Marc Brousse sur le banc» selon les partisans d'Eto'o qui rappellent les circonstances de l'élimination par le Congo —avait lui-même exprimé son désir de disputer deux matchs en juin.
Une sélection sans matchs de préparation. Une élimination sur un score de 1-0 face au Congo. Et un président de fédération qui vise son gardien André Onana depuis les tribunes du Mondial mexicain avec «Il faut assumer» — rappelant qu'Onana avait promis en mars 2025 de «tout assumer en cas d'échec». La chaîne des responsabilités est longue. Et personne — ni Eto'o, ni Owona Nguini, ni Mouelle Kombi — ne semble disposé à en accepter la part qui lui revient.
Jeune Afrique révèle enfin la dimension politique qui transcende le football. Mathias Éric Owona Nguini est décrit par le journal comme «un opposant devenu pro-Biya et ennemi de Kamto» — un itinéraire intellectuel qui dit sa position dans le spectre politique camerounais. Et Eto'o, lui, est allié à la sœur d'Owona Nguini — Félicité Owona Mfegue Kourra — dans une relation de proximité qui inclut des événements officiels à la Fecafoot.
Un académicien pro-Biya qui attaque la Fecafoot d'Eto'o. Un Eto'o qui s'allie à la sœur de son adversaire dans un héritage familial disputé. Et au milieu, un pays qui paye le prix de ces guerres personnelles — absent d'un Mondial que ses joueurs auraient pu disputer si les intérêts des uns et des autres n'avaient pas pris le dessus sur l'intérêt du football.
«Le conflit entre les deux hommes n'a plus grand-chose à voir avec le football», conclut Jeune Afrique. Et c'est peut-être là le résumé le plus juste de la situation camerounaise en cet été 2026 : des guerres personnelles habillées en débats publics, pendant que le vrai intérêt général attend.