« Soi-disant », « j'ai été informé », « je ne m'en rappelle plus » : trois expressions qui, pour Arthur Eliot, ne laissent aucun doute sur l'intention de Francis Ngannou. Le champion de MMA n'a pas confirmé une dette de Samuel Eto'o, il a simplement signalé l'existence d'une rumeur. Dans une analyse sémiotique minutieuse, le communicant et sémiostratège démonte le processus par lequel des « experts inexperts », dont Valsero et Nzui Manto, ont transformé une prise de distance critique en une confirmation. Pour Eliot, ce cas d'école de manipulation sémantique illustre le triomphe de la lecture orientée sur la lecture objective. Avant d'interpréter, il faut comprendre ; avant de commenter, il faut lire ; avant de conclure, il faut écouter. Et surtout, faire de bonnes études, insiste-t-il.
Quand les mots refusent de mentir : autopsie sémantique d'une rumeur fabriquée.
La récente déclaration de Francis Ngannou, selon laquelle « J'ai été informé ce matin d'un soi-disant argent que Samuel Eto'o me devait, mais malheureusement je ne m'en rappelle plus », constitue un cas d'école de manipulation sémantique. Aurait-il pu en être autrement à partir du moment où ce sont Valsero et Nzui Manto sont les semiologues d'en face? Je ne suis pas Full profesor mais vraiment sur ce terrain j'en fais mes étudiants chaque jour.
Les deux experts inexperts cités précédemment, accompagnés d'une autre belle brochette de collègues qui ne peuvent pas vous dire entre sémiotique et sémiologie qui vient avant l'autre, ont donc entrepris d'analyser un discours. Rien que ça! Facebook et la sorcellerie hein. Ces chômeurs qui vivent à l'étranger ont donc vu l'aveu d'une dette dans les propos de Ngannou. Or, une lecture attentive révèle exactement l'inverse.
Le premier marqueur est l'expression « soi-disant ». En français, ce terme n'a rien d'anodin. Il ne qualifie pas un fait établi ; il en suspend précisément la crédibilité. Employer « soi-disant » revient à signaler une distance critique vis-à-vis de l'information évoquée. Celui qui parle ne valide pas l'existence de la dette ; il indique qu'elle lui est présentée comme telle par d'autres. Ce qui est clairement " je ne sais pas de quoi vous parlez".
Deuxième indice : « J'ai été informé ce matin ». Ngannou ne parle pas d'une expérience vécue. Il ne dit pas : « Samuel Eto'o me doit de l'argent. » Il affirme simplement avoir découvert l'existence d'une rumeur. La source du discours n'est donc pas la réalité des faits, mais la circulation d'une information.
Enfin vient la formule qui a suscité le plus de commentaires : « je ne m'en rappelle plus ». Beaucoup ont voulu y voir une confirmation implicite. Pourtant, sur le plan linguistique, cette phrase exprime avant tout l'absence de mémoire ou de conscience d'un événement. Or, il est difficile de soutenir qu'une dette importante puisse être en même temps certaine et oubliée par son prétendu créancier.
Ce qui est fascinant dans cette séquence, ce n'est donc pas la phrase elle-même, mais le processus par lequel elle est transformée par des gens qui ont pour seule compétence le paiement de leur connexion internet. Pour ces non sachants, une prise de distance devient une confirmation. Un doute devient une certitude. Une rumeur devient un fait supposé. C'est le triomphe de la lecture orientée sur la lecture objective.
Avant d'interpréter, il faut comprendre. Avant de commenter, il faut lire. Avant de conclure, il faut écouter. Mais avant de faire tout ce que j'ai cité, il faut faire de bonnes études précises. Je me réserve donc le droit de proposer une analyse du discours plus technique en cas de besoin.
Arthur Eliot, communicant, sémiostratège.