L'enquête de Jeune Afrique sur l'affaire du faux décret de nomination d'un Vice-Président lève le voile sur une lutte d'influence discrète mais féroce au sein du régime, opposant des clans rivaux en vue de la succession de Paul Biya. Les révélations du magazine confirment que le nom d'Oswald Baboke, protégé de la Première Dame, figurait sur le document original.
L'affaire du faux décret, bien plus qu'un simple fait divers judiciaire, est le symptôme d'une bataille de pouvoir qui se joue en coulisses à Etoudi. Selon Jeune Afrique, les investigations menées par le SED et la DSP, coordonnées par Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, pointent vers une possible tentative de « coup d'État institutionnel » .
Les proches d'Oswald Baboke dénoncent, eux, un complot dans le contexte de la « discrète bataille pour la future vice-présidence, qui pourrait précéder celle pour la succession du chef de l'État, Paul Biya » . La création d'un poste de Vice-Président par la révision constitutionnelle du 4 avril 2026 a ouvert une compétition feutrée entre plusieurs cercles proches du palais d'Etoudi .
Le magazine Jeune Afrique avait déjà consacré un portrait à Oswald Baboke, le décrivant comme un homme « qui murmure à l'oreille des Biya » . Originaire de Dimako, le même village que la famille maternelle de Chantal Biya, Baboke incarne ces personnalités dont la proximité avec le pouvoir transcende les fonctions officielles .
Selon Jeune Afrique, Baboke est réputé très proche de Chantal Biya, pour qui il a effectué de nombreuses missions, et il est régulièrement décrit comme un tandem avec Ferdinand Ngoh Ngoh, en partie acquis aux intérêts de la Première Dame . Cette double proximité fait de lui un acteur incontournable du sérail, mais aussi une cible pour ses rivaux.
Un empire économique qui nourrit les suspicions
L'enquête de Jeune Afrique sur le « vrai-faux » décret s'ajoute à une autre investigation : celle sur les « irrégularités présumées dans le secteur de l'or au Cameroun » . Selon des chiffres de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) cités par Jeune Afrique, le Cameroun n'a officiellement déclaré que 22 kilogrammes d'or exportés en 2023, tandis que près de 15 tonnes d'or auraient été enregistrées à Dubaï comme provenant du pays .
Le nom d'Oswald Baboke, ainsi que ceux de plusieurs associés, dont sa fille Indira Baboke, a fréquemment été mentionné dans des allégations publiques concernant ce secteur . Si les enquêteurs l'ont entendu dans le cadre de vérifications, il a nié toute implication dans des activités illégales .
Les proches d'Oswald Baboke rejettent les accusations, arguant qu'il a été injustement impliqué. Selon Jeune Afrique, des sources proches de l'enquête ont indiqué que Baboke n'est pas le seul haut fonctionnaire attendu par les enquêteurs, ajoutant que d'autres figures éminentes, y compris des personnalités proches de la famille présidentielle, pourraient également être entendues .
Cette affaire intervient alors que le Cameroun est en pleine « guerre de succession », avec des rivalités entre ce que certains observateurs appellent le « clan des grands commis de l'État » et le « clan des barons du parti » . Dans ce climat de tension croissante, les campagnes de dénigrement visant des personnalités jugées influentes s'inscrivent dans une logique de guerre d'usure entre prétendants à l'après-Biya.