Gouvernance publique : Voici le rapport et la liste des 102 dirigeants hors mandat

Adolphe Moudiki ADG SNH.png Des postes vacants qui fragilisent les institutions

Wed, 8 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Une étude de la professeure Viviane Ondoua Biwole révèle que 102 postes de direction dans les entreprises et établissements publics camerounais sont occupés en violation des lois de 2017 encadrant les mandats. Parmi eux, 58 directeurs généraux et 35 directeurs généraux adjoints ont dépassé la durée légale maximale de neuf ans, certains étant en fonction depuis plus de quarante ans.

Une étude de la professeure Pr Viviane Ondoua Biwole révèle que plus d'une centaine de dirigeants d'entreprises et d'établissements publics occupent leur fonction en violation des dispositions légales, certains depuis plus de quarante ans.

Publié le lundi 6 juillet 2026, le fruit de cette recherche minutieuse dresse un constat alarmant sur la gouvernance des entreprises publiques au Cameroun. Au 31 décembre 2026, 102 postes de direction générale ou de direction générale adjointe se trouvent en situation d'irrégularité au regard des lois n°2017/010 et n°2017/011 du 12 juillet 2017.

Parmi ces situations, 58 directeurs généraux et 35 directeurs généraux adjoints exercent leurs fonctions bien au-delà de la durée maximale de neuf ans prévue par la loi. À ces cas s'ajoutent neuf postes vacants depuis plusieurs années, conséquence du décès de certains titulaires ou de l'absence de nouvelles nominations.

Un cadre légal clair, mais peu respecté

Les lois du 12 juillet 2017 encadrent pourtant sans ambiguïté la durée des mandats des dirigeants des entreprises publiques. Elles fixent un mandat de trois ans, renouvelable deux fois, soit une durée maximale de neuf ans.

En analysant les décrets de nomination et les documents officiels, l'étude mesure l'écart entre l'ancienneté réelle des dirigeants et cette limite légale. Les résultats sont éloquents. Les directeurs généraux hors mandat affichent une ancienneté moyenne de 15,7 ans, contre 16,9 ans pour les directeurs généraux adjoints. Cela représente un dépassement moyen de 6,7 ans pour les DG et de 7,9 ans pour les DGA.

Des situations exceptionnelles devenues ordinaires

Sur les 93 dirigeants hors mandat recensés, 64 dépassent la limite légale de moins de dix ans. En revanche, 29 présentent un dépassement qualifié de sévère à extrême.

Le record revient à Robert Nyonsé, directeur général adjoint de la SEMRY, nommé en 1983. En 2026, il totalise 43 années de présence à son poste, soit 34 ans au-delà du plafond légal.

Robert Nyonse a pris ses fonctions de directeur général adjoint de la SEMRY en 1983. Cette année-là, le Cameroun s'appelait encore République Unie du Cameroun, Paul Biya venait tout juste de succéder à Ahmadou Ahidjo, et la loi qui aurait dû limiter son mandat à neuf ans n'existait pas encore, et n'existerait pas avant trente-quatre ans. En 2026, M. Nyonse est toujours en poste.

Son ancienneté atteint quarante-trois ans. Il a vu passer sept ministres des Finances, deux constitutions révisées, et l'intégralité du débat national sur la gouvernance publique qui a suivi.

Chez les directeurs généraux, Tiati A Ngae, de l'UTAVA, occupe son poste depuis 1989, soit 37 ans d'ancienneté et un dépassement de 28 ans. Camille Moute à Bidias, à la FNE, dirige depuis 1991, tandis qu'Adolphe Moudiki est à la tête de la SNH depuis 1993.

L'étude souligne également que 15 directeurs généraux et 14 directeurs généraux adjoints étaient déjà en fonction avant 2008. Ils avaient donc déjà dépassé la durée maximale autorisée au moment de l'entrée en vigueur des lois de 2017.

Des postes vacants qui fragilisent les institutions

Au-delà des mandats expirés, le document recense neuf postes durablement vacants. Ces situations constituent elles aussi une irrégularité, le délai légal de six mois prévu pour assurer l'intérim et procéder à une nomination définitive étant largement dépassé.

Plusieurs vacances résultent du décès des titulaires, notamment à l'ANOR, à l'ANAFOOT, à l'APN, à la CNPS et à l'API. D'autres concernent la SODECOTON, l'EDC et la CCAA, où les nominations attendues n'ont toujours pas été effectuées.

Une feuille de route pour rétablir la légalité

La professeure Viviane Ondoua Biwolé estime qu'aucune réforme législative n'est nécessaire. Selon elle, le cadre juridique existe déjà. Il reste simplement à l'appliquer.

Elle recommande d'abord de régulariser en priorité les 29 situations présentant un dépassement supérieur à dix ans. Elle préconise ensuite de pourvoir rapidement les neuf postes vacants conformément aux procédures prévues par la loi. Enfin, elle propose la mise en place d'un mécanisme annuel de suivi des échéances de mandat afin d'empêcher que ces irrégularités ne deviennent permanentes.

Les principaux enseignements de cette étude mettent en évidence une question majeure de gouvernance publique. Ils interrogent la capacité des institutions à faire respecter les règles qu'elles ont elles-mêmes.

Ce dossier ne parle pas seulement de cent deux personnes. Il parle de la distance qui sépare, au Cameroun, le droit affiché du droit appliqué, et de ce que cette distance finit par coûter en crédibilité institutionnelle, en attractivité économique et en confiance citoyenne. Une loi qui plafonne un mandat à neuf ans n'a de sens que si ce plafond produit un effet à l'échéance. Sinon, elle n'est qu'un énoncé de principe, une déclaration d'intention sans prise sur le réel, exactement le genre de texte que les citoyens finissent par ne plus prendre au sérieux, ce qui érode, par ricochet, la crédibilité de toutes les autres lois, y compris celles qui sont, elles, effectivement appliquées.

La question qui reste ouverte n'est pas de savoir si la liste de Viviane Ondoua Biwolé est exacte, elle est construite à partir de décrets publics et vérifiable par quiconque prendra la peine de la recouper. La vraie question est de savoir ce qui se passera maintenant qu'elle existe, noire sur blanc, avec des noms, des dates et des écarts calculés à l'année près. Robert Nyonse fêtera bientôt ses quarante-quatre ans à la tête adjointe de la SEMRY. Rien, dans l'état actuel des choses, ne laisse penser que ce sera son dernier anniversaire en poste.

BBlaise Etongtek

Source: www.camerounweb.com