« Dans un pays normal, la transparence patrimoniale éteindrait les soupçons. Au Cameroun, demander des comptes à un haut responsable relève du crime de lèse-majesté. » C'est le constat sans appel dressé par cet observateur face au scandale entourant Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil. Alors que Jeune Afrique affirme que le nom de Baboke figurait sur le faux décret de nomination d'un Vice-Président, c'est surtout la question de sa fortune stratosphérique qui interroge. Issu d'un milieu modeste, Baboke est décrit comme un homme aux investissements tentaculaires : savonnerie, restaurant Le Continent, Eden Immobilier, société d'huile raffinée, activités aurifères opaques, et une constellation de business sous prête-noms. L'écart entre ses revenus officiels et son opulence affichée est vertigineux. Pendant ce temps, l'article 66 de la Constitution, qui impose la déclaration des biens à l'entrée et à la sortie de fonction, dort depuis trente ans sur le bureau du président. Une loi adoptée mais jamais appliquée. « À l'époque d'Ahidjo, Sadou Daoudou a dû présenter ses relevés bancaires pour justifier la construction d'une modeste maison de trois chambres. Aujourd'hui, le milliard ne choque plus. » Le prochain dirigeant devra imposer un mécanisme de transparence patrimoniale. En attendant, « on sait que vous volez. Mais au moins, faites semblant de le cacher. »
Cameroun - Article 66 (déclaration des biens)
Depuis plusieurs semaines, le directeur adjoint du Cabinet civil est pris en étau par les réseaux. Rien d’étonnant en fin de règne interminable, lorsque l’État a été administré comme une échoppe familiale et que chaque secousse révèle les fissures d’un système épuisé.
Le média Jeune Afrique affirme qu’Oswalde Baboke a été entendu dans l’affaire des faux décrets. Dans les coulisses, il continue de se dire que le nom du « vice‑président » figurant sur le document falsifié serait le sien. Quant au sieur Sitchom, porteur des faux papiers, il n’aurait été qu’un fusible — un agneau sacrificiel dans une mécanique plus vaste.
À cela s’ajoutent des allégations de fortune stratosphérique. Baboke, issu d’un milieu modeste et par ailleurs propriétaire d’une église, est décrit comme un homme aux investissements tentaculaires : savonnerie à Leboudi, restaurant Le Continent, Eden Beauté ouvert pour sa fille la vingtaine à peine entamé, Eden Immobilier, société d’huile raffinée, propriétés luxueuses, activités aurifères opaques dans un secteur déjà secoué par un scandale majeur, et une constellation de business sous prête‑noms. Aucun secteur ne leur échappe. Ils s’infiltrent partout, même là où personne n’aurait imaginé voir leurs griffes.
Le tout exhibé avec une assurance jugée arrogante.
La question centrale a se poser au milieu de cet autre tourbillon de fin de règne Biya c’est : où est la traçabilité de la richesse des hauts commis de l’État ? Dans un pays normal, la transparence patrimoniale éteindrait les soupçons. Au Cameroun, demander des comptes à un haut responsable relève du crime de lèse‑majesté. L’article 66, qui impose la déclaration des biens à l’entrée et à la sortie de fonction, dort depuis trente ans sur le bureau du président. Une loi adoptée mais jamais appliquée.
O. Baboke, avec ses responsabilités, n’est certainement pas dans le besoin. Mais le salaire et avantages de sa fonction sont connus.
L’écart entre ces revenus officiels et l’opulence affichée interroge. Et la liste des possessions supposées — savonnerie, restaurants, immobilier, raffineries, mines — dépasse largement le cadre d’une réussite professionnelle classique.
À l’époque d’Ahidjo, Sadou Daoudou, tout‑puissant ministre des forces armées, a du présenter ses relevés bancaires pour justifier la construction d’une modeste maison de trois chambres. Aujourd’hui, sous le règne de son successeur, la fortune publique a été tellement poncée que le milliard ne choque plus : chaque scandale chasse le précédent, chaque prévaricateur s’empresse de battre le record du milliard volé.
Il faut aussi se demander pourquoi Paul Biya, même en fin de règne chaotique, refuse‑t‑il de léguer aux Camerounais l’application de l’article 66 ? Pourquoi ne pas instaurer des mécanismes clairs de traçabilité de la fortune de ses collaborateurs ?
Car il faut le dire : comment un fonctionnaire peut-il poncer autant de milliards en toute impunité ?
Le détournement peut prendre des formes triviales : prévoir un milliard pour la restauration lors d’une visite papale, en dépenser 300 millions, et « gérer » le reste hors des caisses publiques. Une mécanique banale, répétée, institutionnalisée.
Le scandale actuel, qui écorne le DCCA et compromet ses ambitions de vice‑présidence, révèle aussi la susceptibilité de certains hyper‑puissants. Les moyens déployés pour « sa défense » — argent distribué à la volée selon les indiscrétions, interventions maladroites, épouse sortie de ses gonds — relèvent d’une communication de bas étage. Là où le monde s’habitue à des campagnes de relations publiques sophistiquées, le Cameroun offre des ripostes brouillonnes, agressives, presque enfantines.
Les Camerounais, traumatisés par des dirigeants qui s’engraissent, qui mangent, qui rotent, qui frappent et emprisonnent ceux qui réclament une larme d’eau potable ou un peu d’électricité pour lire l’heure, attendent autre chose. Le prochain dirigeant devra imposer un mécanisme de transparence patrimoniale. Une loi qui oblige ces caïds de la fonction publique à rendre des comptes.
En attendant, on sait que vous volez. Comme plusieurs d’ailleurs. Mais au moins, faites semblant de le cacher.