Coup d’État manqué : Rémy Ngono bientôt neutralisé

DIASPORA CAMEROUNAISE BAS La ligne est tracée. Par Ngono lui-même. Et cette fois, elle ne peut plus être effacée

Thu, 9 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Coup d’État manqué : Rémy Ngono rejoint officiellement le clan Chantal Biya

Le récent positionnement public de Remy Ngono marque un ralliement assumé au camp d'Issa Tchiroma. En affichant son soutien à plusieurs figures proches de ce dernier et en accusant leurs détracteurs d'agir pour le compte de Ferdinand Ngoh Ngoh, il met fin à toute ambiguïté sur son engagement politique.

Il y a des basculements politiques qui se font dans le silence des couloirs. Et il y a ceux qui se font en public, au grand jour, signés de la main de celui qui bascule.

Remy Ngono vient d'opérer le second type. Son dernier post ne laisse plus rien dans l'ombre. Il nomme ses alliés — Général Wanto, Annie Tchoko, Calibri Calibro, Ngatchou, Amédée Touko, Sandy Boston — comme "combattants farouches." Il accuse leurs contradicteurs d'être "payés par Ngoh Ngoh pour anéantir la victoire d'Issa Tchiroma." Et il se place lui-même dans cette liste, aux côtés de ceux que Tchiroma a nommés ou ralliés.

Ce post n'est pas une attaque. Ce n'est pas une maladresse. C'est un acte d'allégeance. C'est l'officialisation d'un camp. Et c'est la fin d'une ambiguïté que nous avions documentée depuis l'affaire Baboke.

La nature du basculement doit être dite clairement : Remy Ngono n'est plus un narrateur indépendant qui défend des positions avec ses propres convictions. Il est devenu un relais fonctionnel du dispositif Tchiroma — c'est-à-dire un acteur dont le rôle, qu'il en soit pleinement conscient ou non, est de légitimer la cooptation de la diaspora résistante par un homme du régime.

La défense de Baboke : une logique de clan, pas un accident narratif

Ce post répond rétrospectivement à la question que Valsero posait depuis dix jours. Pourquoi Ngono défendait-il Baboke ?

La réponse n'était pas dans les arguments qu'il produisait. Elle était dans la cartographie des clans que nous avons documentée depuis plusieurs semaines.

Baboke est le poulain de Chantal Biya. Chantal Biya et son clan Nanga sont en guerre ouverte avec Ferdinand Ngoh Ngoh. Et Tchiroma — dont Ngono vient d'officialiser la proximité — est lui-même en conflit structurel avec les réseaux liés au SGPR. Dans cette architecture, défendre Baboke revenait à protéger un acteur que Tchiroma protège, dans une guerre contre un adversaire que Tchiroma combat.

La défense de Baboke n'était donc pas un accident narratif. Elle relevait d'une logique de clan froide et cohérente : protéger ceux que Tchiroma protège, attaquer ceux que Tchiroma attaque, et délégitimer ceux qui refusent la cooptation en les accusant d'être des agents de Ngoh Ngoh. Chaque prise de position de Ngono depuis dix jours — la défense de Baboke, les insultes envers Valsero, la sauce jaune, le bouclier Maurice Kamto, et maintenant ce post — s'inscrit dans cette logique avec une cohérence que seule la grille de lecture clanique permet de voir.

Ce que nous avions analysé comme un naufrage narratif était en réalité un repositionnement politique en cours. Il vient de s'achever.

Anatomie d'un glissement : du journaliste au militant de clan

Pour comprendre comment un narrateur de l'envergure de Ngono en arrive là, il faut regarder la psychologie du basculement — non pas pour l'excuser, mais pour le comprendre dans sa logique propre.

Ngono a construit son influence sur un capital double : la crédibilité du journaliste et l'énergie du militant. Ces deux postures coexistaient tant qu'elles pointaient dans la même direction — l'opposition au régime Biya. Mais elles reposaient sur une tension non résolue : le journaliste exige la distance analytique, le militant exige l'engagement partisan. Quand les deux entrent en collision, l'un des deux finit par l'emporter.

Dans le cas de Ngono, c'est le militant qui a pris le dessus. Et plusieurs facteurs ont accéléré ce glissement.

Le premier est la confusion entre respect et loyauté. Nous l'avons documenté : Ngono confond la courtoisie protocolaire de Kamto à son égard — les repas, les condoléances, la participation au deuil — avec une validation politique réelle. Cette confusion dit quelque chose sur un besoin de reconnaissance que l'analyse froide ne peut pas satisfaire. Quand un narrateur cherche à être reconnu plutôt qu'à avoir raison, il devient vulnérable à la cooptation par ceux qui lui offrent cette reconnaissance.

Le second est la transformation de la critique en menace identitaire. Dès que Général Valseroo a posé une question politique légitime, Ngono l'a reçue comme une attaque personnelle et ethnique. La sauce jaune, l'accusation d'être payé par Ngoh Ngoh, le classement entre "vrais" et "faux" combattants — tout cela dit un narrateur qui ne peut plus distinguer la critique de son rôle et la menace contre sa personne. Quand cette distinction disparaît, le débat politique cède la place à la guerre identitaire.

Le troisième est la logique du cercle. Entouré progressivement par des acteurs alignés sur Tchiroma — Touko, Ngatchou, Calibri — Ngono a subi une pression de conformité que les bulles militantes produisent toujours. Ce que les sociologues appellent l'homophilie informationnelle : on finit par partager les cadres d'analyse de ceux avec qui on interagit quotidiennement. Le glissement n'a pas été brutal. Il a été progressif, imperceptible pour lui-même, et désormais total.

Les résistants cooptés : de la lutte à la coordination

Pour saisir l'ampleur de ce que Ngono officialise, il faut revenir sur les faits que nous avons documentés dans notre série sur la déstabilisation du MRC.

En avril 2026, Issa Tchiroma publie un décret nommant vingt-neuf "coordonnateurs" de la diaspora dans ce qu'il présente comme son gouvernement alternatif. Parmi les nommés figurent des figures autrefois identifiées comme piliers de la résistance : Général Wanto, Annie Tchoko, Sandy Boston. Ce décret n'était pas une reconnaissance de leur combat. C'était une opération de fragmentation — une tentative de diviser la diaspora résistante en créant une ligne de démarcation entre les "nommés" et les autres.

Autour de ces figures officielles gravitent des opérateurs dont le rôle est moins visible mais tout aussi structurant. Amédée Touko, architecte discret des alliances pro-Tchiroma. Michel Ngatchou, communicant officiel du dispositif. Calibri Calibro, aligné par un Kamto-bashing régulier et documenté. Ces acteurs ne sont plus des résistants indépendants. Ils sont intégrés — officiellement ou officieusement — dans un dispositif politique dont l'objectif est de réhabiliter Tchiroma, d'affaiblir les forces qui lui résistent, et de présenter cette recomposition comme une victoire de la lutte plutôt que comme sa trahison.

La stratégie du sérail : coopter, diviser, neutraliser

Ce que nous observons depuis plusieurs semaines est la mise en œuvre d'une stratégie que le régime camerounais a perfectionnée pendant quarante-trois ans.

La première étape est la cooptation. En nommant des résistants "coordonnateurs", Tchiroma leur offre un statut symbolique qui les transforme progressivement en acteurs de son propre projet politique. La nomination crée une dette. La dette crée une loyauté. Et la loyauté finit par remplacer l'indépendance.

La deuxième étape est la fracture. Les nommés deviennent "combattants farouches." Les non-nommés deviennent "faux combattants." Cette dichotomie, amplifiée par des relais médiatiques comme Ngono, s'installe dans l'espace informationnel de la diaspora et y crée une ligne de démarcation que les acteurs du changement doivent traverser d'un côté ou de l'autre.

La troisième étape est l'inversion accusatoire. Les résistants non alignés sur Tchiroma sont présentés comme infiltrés par Ngoh Ngoh. C'est la technique classique du retournement : accuser l'adversaire d'être ce que l'on est soi-même. Le régime n'a pas infiltré la diaspora — il en a coopté une partie de ses figures. Mais en accusant les non-alignés d'être des agents du SGPR, il transforme la résistance authentique en suspect et l'allégeance au sérail en vertu.

Ngono ne commente plus ces étapes. Il les exécute. Son rôle est désormais fonctionnel : donner une caution morale au dispositif Tchiroma, légitimer les figures cooptées, et délégitimer ceux qui refusent la cooptation. Ce n'est plus du journalisme. C'est de la communication de clan.

Ce que cette recomposition coûte à la diaspora

La diaspora camerounaise a une constante historique que cette recomposition met à l'épreuve : elle ne pardonne pas les retournements de veste. Et elle reconnaît, même si cela prend du temps, quand ses figures sont cooptées par le système qu'elles prétendaient combattre.

En s'alignant sur Tchiroma, les figures nommées et celles qui travaillent dans leur sillage ont rompu avec la cohésion de la résistance. Elles ont affaibli la crédibilité du mouvement. Elles ont brouillé les lignes de la lutte. Elles ont offert au sérail une victoire stratégique que des années de répression n'avaient pas réussi à produire : la division de la diaspora par elle-même, depuis l'intérieur, par des acteurs que le public considérait encore comme des alliés.

Et Ngono, en les adoubant publiquement, officialise cette recomposition devant une audience qui ne l'avait pas encore vue aussi clairement.

Conclusion : la distance avec Kamto est désormais actée

Ce post clôt plusieurs semaines d'ambiguïté avec une clarté que Ngono lui-même n'avait probablement pas anticipée en le publiant.

Il clôt la question Baboke : la défense était une position de clan, pas de principe. Il clôt la question Valsero : l'esquive était une protection du dispositif Tchiroma, pas une conviction analytique.

Il clôt la question Kamto : en se plaçant dans le camp de Tchiroma, Ngono acte sa distance avec Kamto de façon que ni les repas en tête-à-tête, ni les condoléances, ni aucun geste de courtoisie ne pourra effacer. Kamto et Tchiroma ne sont pas dans le même camp. Ngono vient de choisir le sien. Et ce choix dit, rétrospectivement, ce que la proximité affective avec Kamto signifiait vraiment : une relation utilitaire pour les deux parties, pas une alliance politique.

Dans cette guerre de récits, une règle s'impose désormais avec une clarté irréfutable : quand un narrateur félicite ceux que Tchiroma a nommés et accuse les autres d'être infiltrés par Ngoh Ngoh, il n'est plus un acteur du changement. Il est un acteur du système.

La ligne est tracée. Par Ngono lui-même. Et cette fois, elle ne peut plus être effacée.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com