Baboke, le « murmureur » rattrapé par le TCS : quand l'enquête minière fragilise le cœur du dispositif Biya

Baboke Devant Biya Image illustrative

Fri, 10 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Entendu à trois reprises par le Tribunal criminel spécial, soupçonné de pressions sur l'ex-ministre des Mines, ciblé dans l'affaire du faux décret : Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya, est au cœur d'une tempête judiciaire et politique sans précédent. Jeune Afrique en décrypte les enjeux.

Il est l'un des hommes les plus discrets et les plus influents du palais d'Étoudi. Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil du président Paul Biya, a longtemps évolué dans l'ombre protectrice de la présidence. Mais selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, cette discrétion est aujourd'hui mise à rude épreuve : il a été entendu à trois reprises par des magistrats du Tribunal criminel spécial (TCS) dans le cadre de l'enquête sur le trafic présumé d'or camerounais. Une exposition judiciaire inédite pour un homme de l'ombre.

Trois auditions, un dossier qui s'alourdit

Les trois convocations successives d'Oswald Baboke devant le TCS, telles que révélées par Jeune Afrique, ne relèvent pas d'une simple procédure de routine. Elles traduisent une orientation délibérée des enquêteurs, convaincus que le directeur adjoint du cabinet civil est susceptible d'éclairer — voire d'expliquer — certains pans du système présumé de trafic d'or. Plus significatif encore : la deuxième audition s'est déroulée en présence d'agents de la Direction de la sécurité présidentielle (DSP). La sécurité présidentielle assiste à l'audition d'un haut responsable de la présidence. Le signal est aussi inhabituel que lourd de sens.

Les enquêteurs lui reprochent notamment des pressions qu'il aurait exercées auprès de l'ex-ministre des Mines pour obtenir des licences d'exploitation minière — des permis qui, selon les investigations du TCS relayées par Jeune Afrique, auraient ensuite servi de couverture à des exportations illicites d'or vers Dubaï.

L'affaire du trafic d'or n'est pas le seul contentieux judiciaire qui pèse sur Oswald Baboke. Jeune Afrique révèle qu'il a également été entendu récemment dans l'affaire dite « du faux décret » — une autre procédure sensible impliquant la présidence de la République. Deux enquêtes simultanées, deux dossiers distincts, un seul nom : celui du directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya. Une accumulation qui, dans les milieux juridiques camerounais, ne passe pas inaperçue.

Les services de renseignement camerounais ont par ailleurs recensé plusieurs sociétés au Cameroun et à l'étranger liées à Oswald Baboke. Ils s'intéressent également à des investissements immobiliers, des établissements hôteliers, un parc de véhicules de luxe et des importations de voitures en lien avec la présidence de la République, selon les informations obtenues par Jeune Afrique. Un patrimoine dont l'origine et la cohérence avec les revenus d'un fonctionnaire, aussi haut placé soit-il, sont au cœur des interrogations des enquêteurs.

Pour Paul Biya, le dossier Baboke crée une situation délicate. C'est lui-même qui a ordonné l'enquête en février 2026, après les révélations de la Sonamines sur les écarts d'exportation d'or. Mais l'enquête ainsi déclenchée remonte désormais jusqu'à son propre cabinet civil. Jeune Afrique souligne que les enquêteurs considèrent que les infractions financières pourraient s'inscrire dans un ensemble plus vaste et plus politique — une formulation qui, dans le contexte camerounais, sonne comme un avertissement à l'ensemble du système.

Permettre que l'enquête aille jusqu'au bout, c'est risquer d'exposer des complicités au sein même de l'appareil présidentiel. L'étouffer, c'est valider rétrospectivement les soupçons et s'exposer à une pression internationale accrue sur la gouvernance minière camerounaise. Paul Biya, qui a lui-même commandé cette enquête, se retrouve pris dans ses propres filets.

Par l'intermédiaire de son épouse, Awapira Crescence Baboke — cadre de l'administration fiscale —, Oswald Baboke a catégoriquement démenti toute implication dans des activités illicites. Ses proches dénoncent un « acharnement » judiciaire et un complot politique orchestré contre sa personne. Ils affirment que son nom a été injustement glissé dans un dossier qui ne le concerne pas.

Ces dénégations ne semblent pas avoir convaincu les enquêteurs, qui multiplient les investigations. Selon Jeune Afrique, des agents de la DGRE doivent prochainement être déployés à Dubaï pour analyser les circuits financiers de plusieurs proches d'Oswald Baboke qui y résident. Pour un homme habitué à murmurer à l'oreille des puissants, la tempête judiciaire qui se lève est d'une nature radicalement nouvelle.

Source: www.camerounweb.com