« Derrière le sursis de six mois imposé par le décret du Premier ministre Joseph Dion Ngute, se joue un scénario classique, mais dévastateur, de dépréciation d'actifs et de capture de rente. » C'est l'analyse sans concession d'Olivier Mbitom sur la crise autour de la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM). Pour lui, le blocage de la vente à William Nkontchou, financier international de la diaspora, sous prétexte de souveraineté alimentaire, cache une stratégie de dépréciation programmée de l'outil de production. L'arrêt des traitements phytosanitaires par SOMDIA réduit déjà le potentiel agricole de Nkoteng et Mbandjock. L'introduction tardive de nouveaux prétendants (Dangote, Rabiu, Kadji, Noutchogouin) ressemble à une tentative de créer une surenchère artificielle, ouvrant la porte à l'« économie de la commission ». Mais le plus grand danger, selon l'analyste, réside dans le calcul à court terme des décideurs : si la production chute, la pénurie de sucre s'accentuera, rendant nécessaire le recours massif aux importations d'urgence – l'un des leviers de distribution de prébendes les plus puissants. « Accepter le risque de détruire l'outil industriel local, c'est sécuriser à la fois un contrôle sur la future vente de l'usine et un marché d'importation d'autant plus rentable que la production locale est exsangue. » Une analyse qui met en garde contre un « capitalisme de couloir » qui éloigne les investisseurs sérieux.
Opinion… SOSUCAM: LE COÛT CACHÉ DU NATIONALISME DE FAÇADE ET LA FINANCE DE L’OMBRE… Par Olivier MBITOM.
« L’analyse de la crise autour de la cession de la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM) ne peut se limiter à une simple confrontation entre souveraineté étatique et intérêts privés. Derrière le sursis de six mois imposés par le décret du Premier ministre Joseph Dion Ngute, se joue un scénario classique, mais dévastateur, de dépréciation d’actifs et de capture de rente, dont le coût final sera supporté par le consommateur camerounais.
L’illusion de la souveraineté face au risque de la "politisation de la valeur"
L'argument de la sécurité alimentaire brandi par Yaoundé pour geler la vente à William Nkontchou cache une contradiction majeure. Si la SOSUCAM est un actif si stratégique que l'État refuse de laisser un acteur privé de la diaspora la piloter de manière autonome, pourquoi l'État choisit-il une méthode qui asphyxie l'outil de production ?
Une plantation de canne à sucre n'obéit pas au calendrier de la bureaucratie : l'arrêt des traitements phytosanitaires et la suspension des investissements par SOMDIA réduisent déjà le potentiel agricole de Nkoteng et Mbandjock pour la campagne prochaine. Bloquer un repreneur transparent et audité sous prétexte de réflexion stratégique, c’est organiser scientifiquement la baisse des rendements.
La surenchère artificielle : Quand l'incertitude devient lucrative
L'introduction tardive de nouveaux prétendants (Dangote, Rabiu, Kadji, Noutchogouin) ressemble moins à une saine émulation de marché qu'à une tentative de créer une surenchère artificielle. En complexifiant le processus de cession, l'appareil politico-administratif réintroduit le besoin impérieux d'intermédiaires, de facilitateurs et de réseaux d'influence.
Ce glissement de la pure rationalité financière (incarnée par le profil de financier international de William Nkontchou) vers une logique d’arbitrage politique ouvre grand la porte à l'économie de la commission. Pour le sérail, un acheteur indépendant des circuits traditionnels de parrainage représente un manque à gagner politique et financier. Prolonger le flou, c’est forcer les candidats à négocier des garanties non écrites et des tickets d’entrée.
Le double dividende de la crise : Le business des licences d'importation
Le plus grand danger de cette stratégie de blocage réside dans le calcul à court terme des décideurs. Si la SOSUCAM s'effondre et que sa production chute en deçà des 70 000 tonnes actuelles, la pénurie de sucre nationale s'accentuera. Loin d'être perçue comme un échec par tous, cette situation recèle une opportunité hautement lucrative : le recours massif aux importations d'urgence.
L’attribution des licences d’importation de sucre constitue, historiquement, l’un des leviers de distribution de prébendes les plus puissants. En acceptant le risque de détruire l'outil industriel local, certaines factions sécurisent à la fois un contrôle sur la future vente de l'usine et un marché d'importation d'autant plus rentable que la production locale est exsangue.
Conclusion : Sortir du capitalisme de couloir
Le cas SOSUCAM est le thermomètre de l'attractivité économique du Cameroun en 2026. Si le message envoyé au marché est qu'aucun investisseur, fût-il de la diaspora et doté de capitaux solides, ne peut acquérir un actif sans passer par les fourches caudines des arbitrages occultes et de la surenchère politique, le pays s'enferme dans un capitalisme de couloir. Pour préserver la sécurité alimentaire, l'État n'a pas besoin de bloquer les ventes, il a besoin d'exiger des cahiers des charges stricts et transparents, et de laisser les industriels investir avant que la brousse ne reprenne définitivement le dessus sur la canne à sucre.»
Ainsi va la République