Au nord-ouest du pays, un petit garçon est décédé. L’adolescent était âgé de 13 ans. Après sa mort, les populations de Mentang, Baiso et Mbengkas réclament une enquête indépendante sur une carrière de sable. Les détails de l’activiste Boris Bertolt.
La mort de Gracious, un adolescent de 13 ans, continue de provoquer une vive émotion dans l’arrondissement de Fundong, département du Boyo, région du nord-ouest. Ce drame, survenu le 25 juin 2026 sur un site d’extraction de sable situé à Baiso, a déclenché une série de tensions entre les populations locales, les exploitants de la carrière et les autorités traditionnelles et administratives.
Aujourd’hui, les jeunes des villages de Mentang, Baiso et Mbengkas lancent un appel aux autorités camerounaises afin qu’une enquête indépendante soit ouverte pour faire toute la lumière sur les circonstances de ce décès. Une mort dont les circonstances alimentent les interrogations.
Selon le récit des habitants, Gracious, élève en classe de cinquième, profitait des vacances scolaires pour travailler sur une carrière de sable. Le jour du drame, il aurait été envoyé pour apporter du carburant à un opérateur de tronçonneuse qui procédait à l’abattage d’arbres destinés à dégager de nouveaux espaces d’exploitation.
Quelques instants plus tard, des personnes seraient revenues annoncer que l’enfant avait été mortellement écrasé par un arbre. Cependant, plusieurs témoins affirment avoir découvert sur les lieux un arbre toujours debout, avec la tronçonneuse encore engagée dans le tronc, ce qui nourrit de nombreuses interrogations au sein de la communauté sur les causes exactes du décès.
Un transport du corps qui suscite la colère
Les habitants dénoncent également les conditions dans lesquelles le corps aurait été transporté. Selon leur version des faits, les exploitants de la carrière auraient conduit le corps à la morgue de Fundong par une route secondaire afin d’éviter de traverser le village de Mentang et d’informer immédiatement la famille.
Ils affirment que le corps aurait été abandonné devant la morgue avant que les personnes présentes ne quittent les lieux. Lorsque les proches de Gracious se sont rendus à la morgue, ils auraient découvert le corps de leur enfant sans qu’aucune information officielle ne leur ait été communiquée au préalable. La famille indique avoir ensuite saisi les autorités administratives et la brigade de gendarmerie de Fundong.
Une colère qui dégénère
Face aux nombreuses interrogations entourant cette affaire, des jeunes de Mentang se sont rendus sur le site d’exploitation afin de demander des explications. Ils soutiennent que Gracious ne serait pas la première victime liée à cette carrière. Selon eux, deux autres ouvriers, identifiés comme Tufoin Evarestus et Ndong Bonaventure, auraient perdu la vie sur ce même site au cours des trois dernières années.
Ils évoquent également plusieurs accidents graves ayant entraîné des amputations ainsi qu’une affaire de viol qui aurait été signalée sans qu’aucune sanction ne soit prise contre le suspect. La tension aurait culminé lorsqu’un ouvrier aurait effectué plusieurs tirs de sommation pour disperser les jeunes venus protester.
En réaction, une partie des manifestants aurait incendié un bâtiment appartenant au campement de la carrière avant d’interpeller un autre employé, remis par la suite aux autorités traditionnelles.
Les critiques visant les autorités traditionnelles
Les populations affirment avoir ensuite été reçues au palais traditionnel du Fon Kom dans l’espoir d’obtenir une médiation. Elles reprochent cependant au chef traditionnel d’avoir refusé d’entendre leurs accusations visant le propriétaire de la carrière, identifié sous le nom d’Allen et de s’être opposé à toute initiative traditionnelle destinée à rechercher les causes de la mort de Gracious.
Toujours selon les habitants, le Fon aurait rappelé les contributions du propriétaire de la carrière à certains projets locaux, notamment la fourniture de sable pour la reconstruction du palais, avant de mettre en garde ceux qui continueraient à l’accuser. Ces affirmations n’ont pas été corroborées de manière indépendante et les personnes citées n’ont pas, à ce stade, publiquement répondu à ces accusations.
Des accusations plus larges contre l’exploitation de la carrière
Au-delà du décès de Gracious, les habitants dénoncent les conséquences plus générales des activités d’extraction de sable. Ils accusent notamment l’exploitant de dégrader les routes reliant Mentang, Baiso, Mbengkas et Wum ; avoir creusé une carrière qui rendrait impraticable une partie de la route reliant Mentang à Baiso ; poursuivre ses activités malgré plusieurs signalements adressés aux autorités ; intimider les populations qui contesteraient ses activités ; permettre à certains employés de disposer d’armes utilisées pour intimider les riverains.
Les habitants affirment également ignorer quelle autorité aurait officiellement autorisé cette exploitation. Un appel à une enquête indépendante. Face à cette situation, les jeunes des trois villages demandent : la suspension immédiate des activités de la carrière ; l’ouverture d’une enquête indépendante sur la mort de Gracious ; des investigations sur les conditions d’exploitation du site ; des clarifications sur les éventuelles autorisations administratives ayant permis cette activité ; des vérifications concernant les allégations relatives à la détention d’armes sur le site.
Ils sollicitent l’intervention du ministère de l’Administration territoriale (Minat), de la Délégation générale à la sûreté nationale (DGSN), du Contrôle supérieur de l’État (Consupe), de la Commission nationale anticorruption (Conac) ainsi que des organisations nationales et internationales de défense des droits humains.