Théodore Datouo, Président de l'Assemblée nationale
C'est la nouvelle qui fait vibrer la scène politique Camerounaise. Des listes en circulation font état d'un certain nombre d'élites de la région de l'Ouest ayant pris l'initiative de cotiser une somme de 110 millions de FCFA en guise de remerciement au chef de l'État Paul Biya pour son choix porté sur leur frère du village Théodore Datouo à la tête de l'assemblée nationale.
La somme sera symboliquement remise à un représentant du chef de l’État lors d’un meeting qui doit se tenir le 25 juillet 2026.
Pendant que tous les regards sont figés sur la chambre basse en attente de nouvelles lois pouvant contribuer à la stabilité nationale, les billets eux s'entassent comme des crêpes à l'honneur d'une personnalité qui passe déjà un bon séjour privé en Suisse.
DE CAVAYE À DATOUO : LE CHANGEMENT S'EST ARRÊTÉ AU NOM SUR LA PORTE
Le 17 mars 2026 devait symboliser une rupture. Après trente-trois ans à la tête de l'Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril cédait son fauteuil à Théodore Datouo. L'événement était historique. Une institution longtemps associée à la permanence changeait enfin de visage. Mais une alternance ne se mesure pas seulement au nom de celui qui occupe le perchoir. Elle se mesure à la manière dont le pouvoir est exercé. Deux mois après son arrivée, les premières nominations au cabinet du nouveau président interrogent. Parmi elles figure sa fille, Datouo Leussi Marlène Audrey, 29 ans, nommée chargée de mission, aux côtés de plusieurs personnalités issues de son premier cercle. Aucune loi n'interdit ces choix. C'est précisément ce qui rend le débat politique plutôt que juridique. Le problème n'est pas celui d'une personne. Il est celui d'un système.
Pendant plus de trois décennies, le cabinet de la présidence de l'Assemblée nationale a souvent été décrit comme un espace où les liens de proximité pesaient davantage que la concurrence ouverte. Beaucoup espéraient que le changement de président ouvrirait un nouveau cycle de gouvernance. Les premières décisions donnent plutôt le sentiment d'une continuité. Les visages changent. Les mécanismes demeurent. Or, dans une démocratie, la deuxième institution de l'État ne produit pas seulement des lois. Elle produit également des normes de comportement. Ce qu'elle considère comme acceptable finit souvent par irriguer l'ensemble de l'administration. Lorsque les nominations semblent relever de la proximité familiale ou relationnelle, le signal envoyé est puissant : l'accès aux responsabilités apparaît moins dépendre du mérite que de l'appartenance. Cette perception est peut-être la forme la plus coûteuse du népotisme.
Elle nourrit la résignation des jeunes diplômés, affaiblit la confiance dans les concours et les procédures de recrutement, et installe l'idée que les institutions fonctionnent selon des règles différentes pour les proches du pouvoir. À terme, ce n'est pas seulement la crédibilité d'un cabinet qui est en jeu. C'est celle de l'État. L'Assemblée nationale est investie d'une mission particulière. Elle vote les lois, contrôle l'action du gouvernement et représente la Nation. À ce titre, elle devrait être la première à imposer les standards les plus exigeants en matière de transparence et d'exemplarité. Le changement annoncé le 17 mars ne prendra véritablement sens que s'il s'accompagne d'une transformation des pratiques.
Publier les critères de nomination. Ouvrir certaines fonctions à des appels à candidatures. Encadrer les recrutements impliquant des liens familiaux directs. Ces mesures ne remettraient pas en cause l'autorité du président de l'Assemblée ; elles renforceraient au contraire la légitimité de ses décisions. Le Cameroun ne manque pas de compétences. Il manque de procédures capables de convaincre que chacun dispose réellement des mêmes chances. Changer de président est un événement. Changer la manière de gouverner est une réforme. Les institutions se renouvellent rarement par les discours. Elles se transforment lorsque les pratiques cessent enfin de ressembler à un héritage.
Duke Atangana Etotogo