L’annonce d’un nouvel emprunt relance les interrogations
Plus de sept ans après l'incendie de la SONARA, la décision du gouvernement de recourir à un nouvel emprunt d'environ 700 milliards de FCFA pour financer sa reconstruction relance le débat sur l'utilisation des ressources déjà mobilisées depuis 2019. Une taxe de 47,88 FCFA par litre de carburant est prélevée depuis le sinistre pour contribuer à ce projet, des estimations évoquant un montant cumulé d'environ 3 500 milliards de FCFA, sans confirmation officielle.
OÙ SONT PASSÉS PRÈS DE 3500 MILLIARDS FCFA COLLECTÉS DEPUIS 2019 QUI ÉTAIENT DESTINÉS À LA RECONSTRUCTION DE LA SONARA
Plus de sept ans après l’incendie qui a gravement endommagé la Société Nationale de Raffinage (SONARA) en mai 2019, le projet de reconstruction de la principale raffinerie du Cameroun revient au cœur du débat public. L’annonce d’un nouveau plan de financement, qui prévoirait notamment un recours à l’emprunt, suscite de nombreuses interrogations sur les ressources déjà mobilisées depuis plusieurs années pour la remise en état de l’entreprise.
Un incendie aux lourdes conséquences
Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2019, un important incendie s’était déclaré sur plusieurs unités de production de la SONARA, à Limbé. L’accident avait entraîné l’arrêt des activités de raffinage, obligeant le Cameroun à importer la totalité des produits pétroliers raffinés destinés au marché national.
Au-delà des conséquences industrielles, cet événement a profondément affecté les finances de l’entreprise et bouleversé l’organisation de l’approvisionnement en carburants du pays, ainsi que les finances publiques.
Une taxe destinée à financer la reconstruction
Dans le cadre des mesures mises en place après le sinistre, une taxe spécifique est prélevée sur les carburants distribués au Cameroun. Cette contribution représenterait 47,88 FCFA par litre de carburant (super, gasoil et autres produits) mis à la consommation via le réseau de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP).L’objectif affiché de cette taxe était de contribuer au financement de la reconstruction de la SONARA.
L’annonce d’un nouvel emprunt relance les interrogations
Le gouvernement a décidé d’un projet de financement supplémentaire de l’ordre de 700 milliards de FCFA, destiné à accompagner la restructuration et la reconstruction de la raffinerie.
Cette perspective amène certains observateurs à s’interroger sur les ressources déjà mobilisées depuis 2019.
Selon les estimations, la taxe de 47,88 FCFA par litre générerait plus de 500 milliards de FCFA par an. Sur une période de sept ans, le montant cumulé atteindrait ainsi environ 3 500 milliards de FCFA.
À partir de ce calcul, plusieurs voix demandent davantage de transparence sur l’utilisation effective des recettes issues de cette contribution.
Il convient toutefois de préciser que ces estimations reposent sur des hypothèses concernant les volumes de carburants commercialisés chaque année et ne constituent pas des chiffres officiellement publiés par les autorités.
Ce qui change avec le nouveau plan
Le nouveau schéma envisagé marquerait une évolution importante.
Jusqu’à présent, le financement de la reconstruction reposait principalement sur les ressources internes mobilisées par l’État, les mécanismes fiscaux appliqués aux carburants et les restructurations financières engagées autour de la SONARA.
Le recours annoncé à un financement externe d’environ 700 milliards de FCFA traduirait une volonté d’accélérer la reconstruction de l’outil industriel afin de permettre le redémarrage des activités de raffinage.
Les autorités considèrent que la remise en service de la SONARA constitue un enjeu stratégique pour :
-réduire la dépendance du Cameroun aux importations de produits raffinés ;
-améliorer la sécurité énergétique nationale ;
-limiter l’exposition aux fluctuations des marchés internationaux ;
-renforcer la souveraineté énergétique du pays.
Une demande croissante de transparence
Au-delà du principe même de la reconstruction, le débat porte désormais sur la gouvernance financière du projet.
Des acteurs de la société civile, des économistes et plusieurs citoyens estiment qu’une communication détaillée permettrait de répondre aux interrogations portant notamment sur :
-le produit total des prélèvements effectués depuis 2019 ;
-l’affectation effective des recettes issues de la taxe sur les carburants ;
-les montants déjà investis dans le projet de reconstruction ;
-les raisons justifiant le recours à un nouvel emprunt malgré les ressources déjà mobilisées.
Dans un contexte marqué par la hausse des prix de l’énergie et les contraintes budgétaires, ces questions alimentent un débat plus large sur la gestion des ressources publiques et le financement des grandes infrastructures stratégiques.
Boris Bertolt