Invité de l'émission Libre Expression sur Info Tv, l'homme politique Valère Bessala a vivement critiqué la gestion du navire flottant de liquéfaction de gaz Hilli Episeyo. Selon lui, ce bateau, loué pendant huit ans au Cameroun, a réalisé des bénéfices colossaux sur le dos du pays avant de quitter les eaux camerounaises pour un contrat de 20 ans en Argentine. Une occasion manquée pour le Cameroun de s'approprier un outil stratégique, dénonce-t-il.
Selon les données officielles, le Hilli Episeyo, exploité par la société norvégienne Golar LNG en partenariat avec Perenco et la Société nationale des hydrocarbures (SNH), doit quitter le Cameroun en juillet 2026 après huit années de service . Il a été le premier projet FLNG (Floating Liquefied Natural Gas) d'Afrique, converti à partir d'un ancien méthanier, avec une capacité de production annuelle portée à 1,4 million de tonnes depuis 2022 .
Une enquête du ministère des Finances camerounais prévoit une contraction de 24,6 % de l'activité dans le secteur pétrolier et gazier en 2027, principalement attribuée au départ de cette unité . Le bateau a été affrété pour un nouveau projet de 20 ans en Argentine, où il sera utilisé pour liquéfier le gaz provenant de la formation de schiste Vaca Muerta .
« Le Cameroun aurait pu acheter ce bateau »
Valère Bessala a dénoncé les modalités de ce contrat. Il a avancé que le coût de construction du Hilli Episeyo se situe entre 300 millions et 1,2 milliard de dollars (environ 750 milliards de FCFA) . Il estime que les fonds de la SNH auraient pu servir à « nous monter toute une logistique de liquéfaction de notre gaz ».
« Si nous devions le fabriquer, ils disent que c'est 2,8 milliards de francs CFA. Donc, les gens ont préféré louer un bateau, louer un instrument flottant, pendant huit ans, pour liquéfier notre gaz, alors que les fonds de la SNH auraient pu servir à nous monter toute une logistique de liquéfaction de notre gaz », a-t-il déclaré, évoquant de possibles « rétrocommissions derrière cette affaire ».
Des bénéfices colossaux
Bessala a affirmé que le Hilli Episeyo a réalisé des bénéfices considérables pendant les huit années d'exploitation au Cameroun. « Rien que pour l'activité de liquéfaction de notre gaz au premier trimestre, il a fait un bénéfice de 40 millions de dollars en un trimestre. En quatre trimestres de l'année, Hilli Episeyo fait un bénéfice de 200 milliards de francs CFA, multiplié par huit ans. »
Selon ses calculs, le bénéfice total réalisé par le navire flottant atteindrait 1 600 milliards de francs CFA. « Nous nous endettons pourquoi ? Endettons-nous pour investir. On aurait pu nous endetter pour acheter un bateau comme celui-là et nous dire : ça nous évite tous les frais supplémentaires, les commissions », a-t-il conclu.
Le départ du Hilli Episeyo suscite des interrogations légitimes sur la stratégie énergétique du Cameroun. Pourquoi le pays, qui dispose de réserves de gaz importantes, n'a-t-il pas investi dans un outil de production national plutôt que de recourir à la location ? Le départ de cette unité, qui a fait du Cameroun le 20e pays exportateur de GNL au monde en 2018, marquera un tournant pour l'économie nationale .