Vice-présidence fantôme : comment la réforme constitutionnelle de Paul Biya a transformé Yaoundé en champ de bataille

Coulisse Etoudi Voeux Image illustrative

Mon, 13 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Un poste créé, mais toujours non attribué. Jeune Afrique révèle comment l'instauration de la vice-présidence, loin de clarifier la succession au sommet de l'État camerounais, a au contraire déchaîné les appétits et exacerbé les rivalités au cœur même du palais d'Étoudi.

Il suffisait d'une réforme constitutionnelle pour que tout s'embrase. Officialisée fin mars 2026 et validée par le Parlement début avril, l'instauration d'un poste de vice-président au Cameroun — gardée longtemps secrète avant d'être rendue publique, selon les révélations de Jeune Afrique — devait, dans l'esprit de ses promoteurs, ouvrir une séquence de transition ordonnée. Elle a produit l'effet exactement inverse : une guerre de succession ouverte, aux conséquences déjà visibles sur la stabilité du régime.

Jeune Afrique révèle que c'est sur la pression de plusieurs proches conseillers que Paul Biya, 92 ans, s'est laissé convaincre de franchir le pas constitutionnel. L'idée d'une vice-présidence — qui, selon la nouvelle Constitution, permettrait au titulaire du poste de succéder au chef de l'État sans élection en cas de vacance ou d'empêchement — avait circulé dans les couloirs du palais bien avant d'être officielle. Sa discrétion même témoigne du caractère explosif du sujet : nommer un vice-président, c'est désigner un successeur. Et dans un système où Paul Biya a toujours refusé d'organiser sa propre relève, c'est une révolution de palais à part entière.

Depuis que la réforme a été votée, le silence présidentiel sur la nomination effective du vice-président s'est mué en combustible politique. Jeune Afrique identifie trois pôles d'influence en compétition ouverte.

Le premier gravite autour de la première dame, Chantal Biya, qui entend voir l'un de ses soutiens s'imposer au poste. Son influence sur les décisions présidentielles n'est un secret pour personne à Yaoundé, et la vice-présidence représente pour son camp l'ultime levier de consolidation d'un pouvoir qui dépasse depuis longtemps le protocole.

Le deuxième pôle est incarné par Franck Biya, fils du chef de l'État, dont la montée en puissance est désormais soutenue activement par certains barons influents de la région du Sud, selon les informations recueillies par Jeune Afrique. Longtemps considéré comme une figure décorative, Franck Biya est aujourd'hui un acteur politique à part entière, dont l'ambition ne se dissimule plus.

Le troisième pôle regroupe les « autres » — ceux qui restent, selon les mots de Jeune Afrique, « en embuscade » : barons du parti, hauts gradés, technocrates influents qui ont chacun leurs réseaux, leurs relais et leur propre vision de l'après-Biya.

Le résultat de cette compétition triangulaire est une paralysie décisionnelle rampante. Selon les révélations de Jeune Afrique, chaque dossier administratif ou politique est désormais l'occasion d'un affrontement entre clans, dans une surenchère de polémiques qui s'enchaînent à un rythme effréné. Nomination d'un préfet, attribution d'un marché public, gestion d'une crise sécuritaire : rien n'échappe plus aux calculs de positionnement des prétendants à la succession.

Cette guerre de tranchées a atteint un paroxysme lors de la fête nationale du 20 mai 2026. Ce jour-là, Paul Biya est apparu publiquement diminué lors de la réception au palais de l'Unité, victime d'un malaise pris en charge médicalement, comme le rapporte Jeune Afrique. L'image d'un président affaibli, entouré de conseillers se déchirant pour sa succession, n'a fait qu'accélérer la fébrilité ambiante.

Face à cette tourmente, Paul Biya a adopté sa posture habituelle : le silence. Après la validation de la réforme constitutionnelle début avril, le chef de l'État a de nouveau disparu de l'espace public, laissant les prétendants s'affronter en coulisses sans arbitrage visible. Jeune Afrique note que ce silence n'est pas subi — il est stratégique. En ne nommant pas de vice-président, Paul Biya maintient tous les prétendants en état de dépendance à son égard, préservant un équilibre précaire dont lui seul détient la clé.

Mais cette stratégie du vide a ses limites. L'affaire du faux décret — un individu s'étant introduit à la télévision nationale pour y lire un prétendu décret portant nomination d'un vice-président et remaniement ministériel, selon les révélations de Jeune Afrique — illustre à quel point le vide créé par l'absence de décision présidentielle peut être exploité, qu'il le soit par un comploteur organisé ou par un simple déséquilibré.

La vice-présidence camerounaise existe dans les textes. Elle n'existe pas encore dans les faits. Et c'est précisément cette zone grise qui, aujourd'hui, gouverne le Cameroun.

Source: www.camerounweb.com