Le 12 juin 2026, pendant l'absence de Paul Biya à Genève, un individu tente de faire lire à la télévision nationale un faux décret présidentiel. Jeune Afrique lève le voile sur les investigations en cours et sur ce que cet épisode révèle de la fragilité des institutions camerounaises.
Le scénario tient du roman d'espionnage. Le 12 juin 2026, cinq jours après le départ de Paul Biya pour Genève où il a ses habitudes médicales, un individu s'introduit dans les locaux de la Cameroon Radio Television (CRTV) — la télévision nationale — et tente d'y faire lire un faux décret présidentiel portant nomination d'un vice-président et remaniement du gouvernement. La tentative échoue. Le document n'est pas lu à l'antenne. Mais le mal est fait. Jeune Afrique, qui révèle les coulisses de cet épisode inédit, parle de « coup d'État institutionnel » — une formulation tirée d'un rapport des services de renseignement camerounais eux-mêmes.
Le choix du moment n'est pas anodin. Paul Biya venait de quitter Yaoundé pour Genève le 7 juin — un départ qu'il avait un temps envisagé de reporter, sous la pression de conseillers américains lui déconseillant de quitter le pays dans un « contexte politique quasi insurrectionnel », selon les informations de Jeune Afrique. Il avait finalement tenu son calendrier. Cinq jours plus tard, quelqu'un tentait d'exploiter son absence pour créer le fait accompli institutionnel que le chef de l'État avait précisément refusé d'officialiser : la nomination d'un vice-président.
L'objectif du faux décret était clair : produire une annonce suffisamment crédible pour qu'elle circule sur les réseaux sociaux avant que le démenti officiel ne puisse l'éteindre, créant une confusion institutionnelle et forçant la main du président. La technique, bien connue dans les régimes à succession bloquée, consiste à fabriquer une réalité médiatique avant qu'une réalité juridique puisse la contredire.
Jeune Afrique révèle que deux structures distinctes mènent actuellement des investigations parallèles sur cette affaire : le Secrétariat d'État à la Défense (SED) et la Direction de la sécurité présidentielle (DSP). La question centrale que les deux enquêtes cherchent à trancher est simple en apparence, redoutable dans ses implications : s'agit-il d'une véritable tentative organisée de déstabilisation institutionnelle — un « coup d'État institutionnel », selon les termes du rapport de renseignement cité par Jeune Afrique — ou de l'acte isolé d'un individu déséquilibré ayant bénéficié d'une faille sécuritaire ?
La réponse à cette question n'est pas seulement judiciaire. Elle est politique. Si l'acte est le fait d'un réseau organisé, il désigne nécessairement un ou plusieurs commanditaires au sein des cercles de pouvoir camerounais. Si c'est l'acte d'un isolé, il révèle une vulnérabilité terrifiante des institutions d'État à l'heure où la question de la succession est sur toutes les lèvres.
Quel que soit le verdict des enquêtes, les différents clans en compétition pour la vice-présidence et la succession de Paul Biya se sont immédiatement emparés de l'affaire, selon les révélations de Jeune Afrique. Chaque camp accuse les autres. Chaque prétendant y voit la main d'un rival. L'épisode du faux décret est ainsi devenu un instrument supplémentaire dans la guerre de positionnement qui déchire le sommet de l'État camerounais depuis que la réforme constitutionnelle créant la vice-présidence a été votée en avril 2026.
Le nom d'Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya — par ailleurs auditionné par le TCS dans le cadre de l'affaire du trafic d'or — est également cité dans l'enquête sur le faux décret, comme Jeune Afrique l'a documenté dans plusieurs de ses récentes investigations. Une présence dans deux dossiers simultanés qui, à elle seule, dit quelque chose de la profondeur de la crise qui traverse le pouvoir camerounais.
Au-delà des responsabilités individuelles, l'affaire du faux décret met à nu une réalité que Jeune Afrique documente avec précision : les institutions camerounaises sont fragilisées par l'absence de décision présidentielle sur la succession. Tant que le poste de vice-président reste vacant, tant que Paul Biya maintient son silence stratégique, le vide institutionnel qu'il entretient délibérément restera une invitation aux aventuriers de tout calibre.