Scandale d'opacité et de détournement : Le rôle secret Adolphe Moudiki à la SNH

Adolphe Moudiki ADG SNH.png Ce système opaque alimente un circuit parallèle de pots-de-vin véritable et de commissions occultes

Mon, 13 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) fonctionne comme une « caisse noire » placée sous le contrôle direct de la présidence camerounaise, avec une gestion marquée par un manque de transparence. Des détournements de fonds, des circuits de corruption impliquant des acteurs nationaux et internationaux, ainsi que des insuffisances dans la mise en œuvre des engagements du Cameroun en matière de transparence des revenus pétroliers sont souvent évoqués.

Depuis plusieurs décennies, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) apparaît au Cameroun bien plus qu'un simple opérateur pétrolier : elle est devenue la caisse noire secrète et intouchable de Paul Biya. Cette institution, placée sous son contrôle absolutiste, gère à huis clos des milliards de francs CFA émis des recettes pétrolières nationales, dans une opacité totale qui soulève de graves interrogations quant à la gestion réelle et à la destination finale de ces fonds.

Un formidable pactole qui se volatilise

Entre 1993 et 1994, pas moins de 60 milliards de francs CFA émis des recettes pétrolières ont purement et simplement disparu, détournés vers des comptes bancaires opaques hors du territoire national. Ces sommes colossales, qui auraient dû alimenter le Trésor public et contribuer au développement du pays, ont enrichi des réseaux opaques liés au pouvoir en place. En 2006, un nouveau décaissement injustifié de 20 milliards de francs CFA a été enregistré, reconnu comme une « erreur » par le Premier ministre à l'époque, sans que des mesures concrètes soient prises pour rétablir la transparence.

Le contrôle exclusif de Paul Biya sur la SNH confère à cette « caisse noire » une dimension quasiment privée. Son directeur général, Adolphe Moudiki, fidèle parmi les fidèles, ne rend des comptes qu'au chef de l'État, tandis que le secrétaire général de la présidence, lui-même président du conseil d'administration, joue le rôle d'intermédiaire entre les intérêts présidentiels et les opérations de la société.

Un réseau de corruption endémique

Ce système opaque alimente un circuit parallèle de pots-de-vin véritable et de commissions occultes. Entre 1988 et 1993, 115 milliards de francs CFA se sont évaporés de la SNH dans ce contexte, et les révélations impliquant la France, notamment via la compagnie Total et ses filiales, ainsi que les banques françaises BNP-Paribas et Crédit Lyonnais, attestent d'un engrenage international de ce pillage organisé.

Les liens troubles entre la présidence camerounaise et des sectes occultes, comme l'Ordre Rose-Croix, financées directement par les revenus pétroliers, illustrent à quel point cet argent public sert à alimenter des réseaux personnels très et mystérieux, loin des besoins réels de la population.

Les engagements internationaux bafoués

L'adhésion du Cameroun à l'Initiative de Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) en 2005, censée garantir la clarté des revenus pétroliers, les résultats restent dérisoires. Le gouvernement continue de présenter des bilans lacunaires, laissant dans l'ombre des millions, voire des milliards de dollars invérifiables. Les ONG locales et le FMI se heurtent à un mur d'opacité et d'impunité.

La procédure ouverte à Paris en janvier 2007 contre Total pour des mouvements financiers suspects est symptomatique d'une mauvaise gouvernance globale, entretenue par la complicité des multinationales et des élites politiques camerounaises. Pendant ce temps, la production pétrolière en déclin et les difficultés économiques chroniques du pays peinent à masquer cette spoliation systématique des ressources naturelles.

Vers une urgence démocratique et éthique

Cette situation scandaleuse doit impérativement mobiliser l'attention de la communauté internationale mais surtout éveiller la vigilance des citoyens camerounais. La richesse pétrolière du pays appartient à tous, elle ne peut servir d'alibi à une minorité corrompue pour se constituer des fortunes occultes, ni justifier une gouvernance précaire et inéquitable.

Seule une réforme profonde, associant transparence absolue, reddition de comptes réels, et implication active de la société civile, pourra briser ce cycle de malversations et remettre la SNH au service du développement durable du Cameroun. L'heure est à la lutte sans compromis contre les caisses noires présidentielles et les réseaux mafieux qu'elles dissimulent : pour que le pétrole ne soit plus un fléau d'opacité, mais un moteur de progrès pour tous.

Daniel Essissima

Source: www.camerounweb.com