Paul Atanga Nji, l'homme de fer et de foi : chapelet au Vatican, églises fermées à Yaoundé — portrait d'une contradiction d'État

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Tue, 14 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Catholique fervent, mécène de l'Église, pourfendeur des religions de réveil et homme fort du régime Biya : Paul Atanga Nji cumule des visages que tout semble opposer. Jeune Afrique dresse le portrait saisissant d'un ministre qui a fait de sa foi personnelle un argument politique — et de la religion un terrain de bataille.

La scène se passe en mai 2025, dans les jardins du Vatican. Paul Atanga Nji, ministre camerounais de l'Administration territoriale, vient de rencontrer le pape Léon XIV lors de sa messe inaugurale. À la sortie de l'audience, il sort un chapelet de sa poche et le tend au souverain pontife pour qu'il le bénisse. Un geste intime, capté par les photographes, qui résume à lui seul la dimension la plus inattendue de l'un des hommes les plus puissants — et les plus redoutés — du régime Biya.

C'est ce personnage à double face que Jeune Afrique a choisi de décrypter : le catholique et le ministre, le mécène et le censeur, l'homme de foi et l'homme d'État. Un portrait qui, à mesure qu'il se dessine, révèle moins une contradiction qu'une cohérence — celle d'un homme convaincu que sa foi l'autorise à définir ce que la religion doit être pour les autres.

Le mécène de Dieu

La foi de Paul Atanga Nji n'est pas une posture de façade. Elle s'exprime dans des actes concrets, dont Jeune Afrique révèle les détails les plus significatifs. En 2021, le ministre et son épouse Yvonne financent de leurs propres deniers la construction de la paroisse Notre-Dame de l'Immaculée Conception à Efoulan, village natal de Mme Atanga Nji dans le département de la Mvila. Un édifice moderne de plus de 400 m², capable d'accueillir 250 fidèles, équipé d'un vaste parvis pour les grandes célébrations — là où les fidèles célébraient auparavant les offices dans une modeste chapelle en matériaux précaires.

La consécration de l'église, le 29 mai 2021, par Mgr Philippe Alain Mbarga, évêque d'Ebolowa, réunit plusieurs personnalités de premier plan, dont Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence de la République, représentant personnel du chef de l'État. Pour le couple Atanga Nji, précise Jeune Afrique, cet acte de mécénat dépasse la simple générosité : il honore la mémoire de Joseph Iban Atanga, père et beau-père du couple, figure respectée de la communauté catholique locale. La foi, ici, est aussi affaire de famille et de transmission.

Quelques mois plus tard, lors de la visite du pape Léon XIV au Cameroun, Paul Atanga Nji figure à nouveau parmi les personnalités officiellement chargées d'accueillir le chef de l'Église catholique. Deux fois en quelques mois aux côtés du pape, le ministre incarne une dimension du pouvoir camerounais souvent ignorée : celle de ses liens profonds avec Rome.

Mais ce même homme qui finance des paroisses et bénit des chapelets pontificaux est aussi celui qui a fait fermer près de 1 400 églises de réveil sur le territoire camerounais, selon les chiffres révélés par Jeune Afrique. Celui qui a convoqué les Témoins de Jéhovah pour leur reprocher de ne pas chanter l'hymne national et de refuser les transfusions sanguines. Celui qui a reçu les dirigeants de l'Église évangélique Vie et Paix dans un climat de tension extrême, au lendemain du meurtre d'une fillette de 11 ans attribué à l'influence d'un « prophète » de cette communauté.

La ligne de partage qu'Atanga Nji trace entre religion acceptable et religion déviante suit, à y regarder de près, une logique révélatrice : ce qui est institutionnel, hiérarchique, ancré dans une tradition séculaire — comme le catholicisme romain — est respectable. Ce qui est émergent, charismatique, autonome et difficile à contrôler — comme les églises de réveil — est suspect. C'est moins une position théologique qu'une position de contrôle. La foi qu'il admet est celle qui a une adresse, un évêque, un interlocuteur identifiable. Celle qu'il combat est celle qui échappe aux registres de l'État.

Le problème, que Jeune Afrique documente avec une précision chirurgicale, c'est que cet interventionnisme dépasse parfois les limites que le droit lui assigne. En novembre 2024, le Tribunal administratif du Centre a suspendu une décision d'Atanga Nji reconnaissant un pasteur contesté à la tête d'une église en conflit interne, estimant que le ministre avait outrepassé sa compétence en s'immisçant dans un différend confessionnel privé. Un revers juridique qui aurait dû inciter à la prudence.

Il n'a pas eu cet effet. L'offensive contre les églises de réveil s'est poursuivie et amplifiée, accompagnée d'un projet de réforme structurelle — fichier national des congrégations, rapports annuels obligatoires, identification systématique des responsables — qui ressemble davantage à un dispositif de surveillance qu'à un cadre de régulation.

L'affaire Ngambou : quand la religion devient règlement de compte

Le cas le plus édifiant reste celui du général Esaïe Ngambou, révélé par Jeune Afrique. En 2023, ce général de division et figure influente de l'Église évangélique du Cameroun s'était opposé à Paul Atanga Nji sur la gestion de la crise interne déchirant cette communauté. Quelques semaines plus tard, un décret présidentiel le mettait à la retraite. La coïncidence a frappé tous les observateurs. Elle suggère qu'en s'en prenant au ministre sur un terrain religieux, le général avait touché à quelque chose de plus personnel qu'un simple désaccord administratif.

C'est peut-être là le cœur du personnage que Jeune Afrique a mis au jour : pour Paul Atanga Nji, la foi n'est pas séparable du pouvoir. Elle en est, au contraire, la justification la plus intime — et la plus dangereuse.

Source: www.camerounweb.com