Ce 14 juillet, lors de l'audience du procès de l'assassinat de Martinez Zogo, le colonel Jean-Pierre Otoulou, qui supervisait la commission d'enquête mixte, a fait des révélations explosives. Le témoin a donné des noms, retracé le déroulement de l'opération et mis en lumière le rôle de Jean-Pierre Amougou Belinga et de Léopold Maxime Eko Eko, l'ancien patron de la DGRE. Malgré sa liberté provisoire, Bruno Bidjang reste également sous le coup d'accusations graves.
Le récit du commando : deux véhicules et un trajet vers Ebogo
Le colonel Otoulou a retracé le déroulement de l'opération. Le commando disposait de deux véhicules : un Prado noir et un pick-up. Selon le témoignage d'Ebo'o, ils ont pris Martinez Zogo dans le Prado noir, mais ont rapidement réalisé que le véhicule était « grillé » – des gens l'avaient déjà repéré. En route, ils ont transféré la victime dans le pick-up pour se rendre à Ebogo, où ils l'ont « traitée ». À l'issue du supplice, Martinez Zogo a demandé de la ventoline. Ils l'ont laissé vivant, mais dans un piètre état.
La DGRE et la question des caméras de surveillance
Le colonel Otoulou a demandé à entendre le directeur général de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko. Ce dernier s'est présenté et a déclaré de manière péremptoire : « On ne me dérange pas. Qu'ils aillent demander à Danwe et à AB ce qu'ils ont fait. » Une déclaration qui, pour le témoin, impliquait qu'Eko Eko savait ce qui s'était passé.
Le colonel Otoulou a souligné un point troublant : des caméras de surveillance étaient installées partout à la DGRE, y compris dans le bureau de Danwe, et le monitoring était dans le bureau du directeur général. Comment, dans ces conditions, le DGRE pouvait-il ne pas être au courant des activités de ses collaborateurs ?
Le témoin a émis deux hypothèses : soit Eko Eko est incompétent, soit il sait ce qui se passe. Connaissant les capacités et les valeurs de MEE, il a écarté l'hypothèse de l'incompétence pour conclure que Danwe ne mentait pas.
Le directeur général de la DGRE a remis un support audio aux enquêteurs. Dans cet enregistrement, un certain Bidzongo appelle Jean-Pierre Amougou Belinga pour lui dire qu'il a des informations. Amougou Belinga lui répond que Danwe est sa personne. Mais surtout, Amougou Belinga déclare également dans le même audio que Maxime Eko Eko est sa personne.
Un autre élément accablant : une photocopie d'un message dans lequel Bruno Bidjang disait à Paul Daisy Biya que « le moment venu, ils seraient sans pitié ». Ce message a été retrouvé dans le téléphone de Bruno Bidjang, qui a été convoqué et invité à déverrouiller son appareil. On lui a demandé la signification de ce message. Il a répondu que c'était parce qu'Amougou Belinga a des relations en justice et allait le mettre en prison.
Le colonel Otoulou a demandé une confrontation immédiate entre Danwe et Amougou Belinga, de peur que la nuit ne leur porte conseil. La question était unique : est-ce que vous vous connaissez ? Amougou Belinga est resté constant, affirmant que Danwe était son ami.
Sur ces entrefaites, Danwe a changé sa déposition et a reconnu être proche d'Amougou Belinga. Il a alors commencé à dire la vérité : il voulait une avance de solde d'une vingtaine de millions et avait demandé à Amougou Belinga de l'aider auprès du ministère des Finances. Amougou Belinga lui aurait alors demandé de « faire taire » Martinez Zogo.
Les rendez-vous et les paiements
Danwe a raconté avoir rencontré Amougou Belinga à plusieurs reprises : d'abord chez lui, au Club BEAC, puis à l'immeuble Ekang. À chaque rencontre, Amougou Belinga lui a remis de l'argent. La dernière rencontre a eu lieu après la découverte du corps de Martinez Zogo. Amougou Belinga aurait alors déclaré : « Il méritait ça. »
Le colonel Otoulou a procédé à des vérifications. Les vidéos de surveillance montrent que Danwe arrivait à Playce, laissait son véhicule là, puis se rendait à pied à l'immeuble Ekang en empruntant des chemins différents pour brouiller les pistes.
Malgré sa liberté provisoire, Bruno Bidjang n'est pas sorti d'affaire. Le message retrouvé dans son téléphone – « Le jour venu, ils seraient sans pitié » – constitue un élément accablant qui pourrait peser lourd dans la suite de la procédure. Ses liens avec Danwe et Amougou Belinga, ainsi que son rôle présumé dans l'opération, font de lui un acteur clé du dossier.
Les enquêteurs ont également tenté de retrouver un iPhone qui aurait servi à recevoir des vidéos du traitement infligé à Martinez Zogo. Selon les témoignages, Melissa Amougou Belinga aurait confié ce téléphone à la ménagère, qui l'aurait ensuite récupéré. Le téléphone a disparu depuis, et les enquêteurs n'ont pas réussi à le retrouver, malgré les convocations adressées à Melissa Amougou Belinga. Pour le colonel Otoulou, cette disparition est un indice à ne pas négliger.