Ministre mort sans autopsie, Incendie à Bastos, sous-préfet brûlé vif : les morts suspectes qui hantent la filière de l'or

INCENDIE MUEA Image illustrative

Fri, 17 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Un colonel de l'ASU périt dans un incendie classé accidentel. Un ministre des Mines décède subitement sans rapport toxicologique. Un sous-préfet brûle dans sa maison avec trois de ses enfants après une émeute d'orpailleurs. Jeune Afrique révèle, dans le dernier volet de son enquête, une série de morts qui dessinent les contours d'une guerre de l'ombre autour de l'or camerounais.

Cent morts officiellement reconnus par le gouvernement camerounais comme directement liés à l'exploitation aurifère. C'est le bilan minimal que les autorités admettent. Mais comme le révèle Jeune Afrique dans le troisième et dernier volet de son enquête exclusive sur l'or camerounais, ce chiffre est délibérément incomplet : il ne tient pas compte des morts suspectes liées aux rivalités entre puissants et trafiquants — des décès dont certains touchent des personnalités au cœur même du dispositif de contrôle de l'État.

23 janvier 2022, 2 heures du matin. Le Liv's, boîte de nuit branchée du quartier huppé de Bastos à Yaoundé, s'embrase. Un bouchon de champagne aurait provoqué un court-circuit. Départ de feu, propagation, fuite de gaz, explosion. Dix-sept personnes périssent. Parmi les victimes : le colonel Clément Patrice Biloa, commandant de l'Airport Security Unit (ASU) de l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen — l'unité chargée du contrôle de sécurité de l'un des principaux points de sortie de l'or illégal camerounais.

Affaire classée. Incendie accidentel. Mais Jeune Afrique révèle qu'un agent des renseignements camerounais a immédiatement rédigé une note interne — consultée par nos confrères — affirmant que « cet incendie ne peut être traité comme un simple accident ». L'auteur de la note recommandait des investigations approfondies, arguant que « seule l'existence de menaces extérieures et endogènes peut justifier de passer d'une logique de maintien de l'ordre à une problématique plus large de sécurité ». Il fut tancé pour avoir écrit ce mémo. Aucune enquête ne fut ouverte. Le colonel fut remplacé par un autre officier de la même unité. Et la vie reprit son cours.

Le ministre Dodo Ndoke : mort sans autopsie, famille sans réponse

Deux ans plus tard, c'est un membre du gouvernement lui-même qui entre dans la liste macabre. Dans la nuit du 21 janvier 2023, Gabriel Dodo Ndoke, ministre des Mines âgé de 51 ans, l'un des benjamins du gouvernement, fait un malaise. Transporté à l'hôpital, il décède quelques heures plus tard. Aussitôt, la rumeur d'un empoisonnement se répand comme une traînée de poudre dans les milieux politiques de Yaoundé, comme le documente Jeune Afrique. Les dernières personnes à l'avoir vu ce jour-là sont pointées du doigt. On évoque un règlement de comptes entre rivaux politiques de la même région.

Lors des obsèques officielles, le ministre de la Fonction publique Joseph Le prononce des mots inhabituels pour un discours funèbre officiel. « Dans l'Est comme ailleurs, des gens meurent de mort naturelle ou de mort suspecte. S'agissant de cette deuxième catégorie, nous nous interrogeons beaucoup. Nous n'avons pas d'éléments de preuve, mais nous pensons que ces interrogations ne peuvent plus, ne doivent plus rester taboues », déclare-t-il, selon les révélations de Jeune Afrique.

La promesse fut faite. Les réponses ne vinrent jamais. Selon Jeune Afrique, la famille de Gabriel Dodo Ndoke n'a à ce jour reçu ni rapport d'autopsie ni résultats d'analyse toxicologique. En février 2026, une perquisition a été menée dans le bureau resté inoccupé du défunt ministre — sans que les conclusions n'en soient rendues publiques. Un ministre mort, un bureau perquisitionné trois ans après, et une famille qui attend toujours la vérité.

Galim-Tignère : un sous-préfet, trois enfants, une maison en flammes

Le troisième épisode révélé par Jeune Afrique est peut-être le plus glaçant par sa brutalité. Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2026, le sous-préfet de Galim-Tignère, dans la région de l'Adamaoua, Joël Patrice Nariki, périt dans l'incendie qui consume son domicile. Avec lui meurent trois de ses enfants, âgés de 8, 10 et 12 ans. Son épouse, transportée à l'hôpital, succombe à ses blessures.

Le contexte de ce drame, que Jeune Afrique reconstitue avec précision, est celui d'une guerre ouverte entre orpailleurs artisanaux et entreprise chinoise. Quelques jours avant l'incendie, des gendarmes avaient violemment réprimé une émeute d'orpailleurs opposés à leur expulsion au profit d'une société chinoise. L'émeute avait fait plusieurs morts par balles. « La suite tragique relève probablement de représailles », confie à Jeune Afrique un haut fonctionnaire proche du dossier. Une semaine après l'incendie, un gendarme était retrouvé mort — ajoutant une nouvelle victime à ce bilan déjà lourd.

Le fil conducteur de ces trois drames, que Jeune Afrique tisse avec une rigueur documentaire implacable, est le même : autour de l'or camerounais, ceux qui contrôlent, qui régulent ou qui enquêtent meurent dans des circonstances que personne n'ose vraiment élucider. Et l'impunité qui entoure ces morts protège, mieux que n'importe quel réseau criminel, les intérêts de ceux qui pillent le sous-sol camerounais.

Source: www.camerounweb.com