« Ceux qui attendent la mort de Paul Biya partiront peut-être avant lui » : les menaces de mort de Samuel Mvondo Ayolo

PAUL BIYA OTAGE Image illustrative

Tue, 28 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Face aux rumeurs sur l'état de santé de Paul Biya, le directeur du cabinet civil de la présidence Samuel Mvondo Ayolo a multiplié les sorties publiques auprès de Jeune Afrique. Mais derrière les assurances officielles se glissent des formules comminatoires qui en disent long sur la nervosité du système — et sur la nature du pouvoir qu'il sert.

Il y a ce qu'on dit pour rassurer. Et il y a ce qu'on dit, entre les lignes, pour avertir. Les déclarations de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence camerounaise, recueillies par Jeune Afrique dans le cadre de son enquête exclusive sur les cinquante jours d'absence de Paul Biya, appartiennent aux deux registres à la fois. Et c'est précisément cette ambivalence qui les rend si révélatrices — non pas tant sur l'état de santé du président, que sur l'état d'esprit d'un système qui se sent attaqué et qui répond avec les armes qu'il connaît le mieux : l'intimidation.

Les assurances : un catalogue de certitudes non vérifiables

Sur le fond, Samuel Mvondo Ayolo a livré à Jeune Afrique un ensemble d'affirmations destinées à couper court aux spéculations. Paul Biya est en « très bonne santé ». Il « n'a jamais été hospitalisé » en Suisse — démentant ainsi l'information révélée par Jeune Afrique selon laquelle le chef de l'État aurait été admis dans une clinique privée helvétique après son malaise du 20 mai. Le président « travaille actuellement sur plusieurs dossiers » — décrets, ordonnances, nominations. Il a récemment invité ses proches « à déjeuner dans un restaurant d'Évian ». Et il a signé, le 22 juillet, plusieurs décrets dont les nominations à la Société nationale des hydrocarbures.

Ces éléments, pris individuellement, sont présentés comme autant de preuves d'une continuité présidentielle normale. Mais chacun d'eux soulève une question que la présidence ne répond pas. Un déjeuner à Évian, attesté par qui ? Des décrets signés, mais rédigés et préparés par qui, dans quelles conditions ? Des audiences accordées — dont celle du colonel Evina Ndo, numéro deux de la sécurité présidentielle — mais dont aucune image n'a été rendue publique. L'accumulation d'assurances non vérifiables finit paradoxalement par renforcer le doute qu'elle prétend dissiper.

Parmi toutes les déclarations de Mvondo Ayolo recueillies par Jeune Afrique, celle-ci mérite une attention particulière. En réponse aux rumeurs les plus extrêmes — certains évoquant la mort de Paul Biya — le directeur du cabinet civil rétorque : « Vous pensez que nous serions irresponsables au point de cacher le décès du chef de l'État ? »

La formule est rhétoriquement habile : elle transforme l'accusation en absurdité, en la poussant à son extrême logique. Mais elle révèle aussi, involontairement, l'étendue des rumeurs que la présidence doit combattre. Car on ne nie pas ce dont personne ne parle. Si Mvondo Ayolo juge nécessaire de démentir publiquement une possible dissimulation de décès présidentiel, c'est que cette hypothèse circule suffisamment dans les milieux politiques et diplomatiques camerounais pour nécessiter une réfutation explicite.

En voulant éteindre l'incendie, il confirme qu'il brûle.

« Certains partiront peut-être avant lui » : l'avertissement

Mais c'est dans ses formules les plus chargées que Mvondo Ayolo révèle la face la moins diplomatique de la communication présidentielle. Deux phrases, rapportées par Jeune Afrique, méritent d'être lues avec attention.

La première : « Ceux qui souhaitent la mort du chef de l'État et alimentent les rumeurs pourraient partir avant lui. » La seconde, dans le même registre : « Certains, au sein du sérail, attendent ce départ, mais ils partiront peut-être avant lui. »

Ces formules ne sont pas des maladresses de communication. Elles sont des avertissements délibérés, adressés simultanément à deux publics distincts. À l'opinion publique et aux médias d'abord : continuer d'alimenter les rumeurs sur l'état de santé du président comporte des risques. Aux acteurs du sérail politique ensuite — ceux qui se positionnent déjà pour l'après-Biya, qui tissent des alliances, qui préparent des candidatures à la vice-présidence non encore attribuée : votre impatience est connue, et elle vous expose.

Dans la grammaire du pouvoir camerounais, « partir avant » n'est pas une métaphore anodine. C'est une référence limpide à la disgrâce, à l'arrestation, à Kondengui. Mvondo Ayolo, ancien ambassadeur rompu aux codes de la diplomatie, sait exactement ce qu'il dit — et à qui il le dit.

Un porte-voix pris en étau

Ce que révèle en creux l'enquête de Jeune Afrique sur ces déclarations, c'est la position inconfortable dans laquelle se trouve Samuel Mvondo Ayolo. Il est chargé de défendre une position intenable : assurer que tout va bien sans pouvoir le prouver, démentir des informations sans pouvoir les réfuter par des éléments factuels vérifiables, maintenir la crédibilité d'une institution dont le silence prolongé est lui-même la source principale du problème qu'il est censé résoudre.

Face à cette équation impossible, il a choisi la seule arme que le système camerounais maîtrise réellement : la dissuasion. Rassurer d'un côté, menacer de l'autre. Offrir des garanties verbales à ceux qui s'inquiètent sincèrement, et des avertissements à peine voilés à ceux dont l'inquiétude cache une impatience politique.

C'est, en miniature, le portrait d'un régime qui ne sait plus gouverner par la confiance — et qui n'a jamais vraiment su gouverner autrement que par la peur.

Source: www.camerounweb.com