'Le parcours brillant que revendique Sani Mohamadou est un montage'
Le capitaine Donald Effoudou présente Sani Mouhamadou comme un acteur clé d'une tentative de coup d'État au Cameroun et affirme qu'il a bénéficié de la protection du secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Selon lui, Sani Mouhamadou a été interpellé en 2023 en raison de la possession d'armes et de documents administratifs contestés avant d'être rapidement remis en liberté.
Sani Mouhamadou, l’homme que le capitaine Donald Effoudou dit avoir été l’instrument d’un coup d’État au Cameroun
Derrière les accusations de l'ancien officier des renseignements de Paul Biya se dessine le portrait insaisissable d'un ex-militaire français devenu conseiller en sécurité. Un profil flou, difficile à cerner : celui de Sani Mouhamadou.
Recherché depuis 2023 pour « désertion en temps de paix », réfugié quelque part en Europe, le capitaine Effoudou affirme avoir fui le Cameroun pour sauver sa vie après avoir dénoncé, de l'intérieur, un projet qu'il qualifie de tentative de coup d'État.
Sa cible est le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, figure centrale du pouvoir. Selon Effoudou, celui-ci aurait planifié une prise de pouvoir en s'appuyant sur un militaire passé par la Légion étrangère française ; un profil qu'il compare, sans détour, à celui d'un « Mamadi Doumbouya », en écho au colonel guinéen formé à la Légion avant de renverser Alpha Condé.
Le chaînon de cette accusation, c'est Sani Mohamadou. Le capitaine raconte qu'en 2023, son service a signalé à la présidence la présence, à proximité immédiate de la résidence présidentielle, d'un individu détenant des armes de guerre de très haute qualité, non répertoriées dans les dotations de l'armée camerounaise, et se faisant passer pour un chef de bataillon.
Les vérifications auraient révélé un ancien légionnaire au grade de sergent, ayant servi en Irak et en Afghanistan.
Ce qui aurait alerté les renseignements, ce sont ses papiers : de « vrais faux documents », selon la formule d'Effoudou, émanant du ministère de l'Administration territoriale.
Au premier rang, une autorisation d'importation d'armes datée de septembre 2018 et signée du ministre Paul Atanga Nji, présentant Sani Mohamadou comme « Conseiller défense » et l'autorisant à importer depuis Malte deux armes : une carabine LUVO AR15 en calibre .223 Remington et un pistolet GLOCK 19 en 9 mm.
Arrêté sur la foi de ces éléments, l'homme aurait été relâché dans la foulée. Et c'est là que l'accusation devient politique : Ferdinand Ngoh Ngoh serait intervenu, dit le capitaine, « efficacement et vigoureusement » pour obtenir sa remise en liberté immédiate et sans condition. Un document, s'il était authentifié, établirait selon lui l'existence d'un réseau de protection reliant Sani Mouhamadou, le ministre Atanga Nji et le secrétaire général de la présidence.
Mais qui est ce Sani Mouhamadou?
Le portrait d'un homme que l'on peine à saisir.
L'homme au centre de l'affaire existe publiquement, mais sous un visage qui ne ressemble en rien à celui que dépeint le capitaine. Tout porte à croire que ce Sani Mouhamadou s'est taillé un profil sur mesure pour ses activités de conseil.
Les registres français en font un dirigeant né en octobre 1982, président de MS CORP, une société de conseil « en stratégie de défense et de sécurité internationale » domiciliée rue des Maraîchers, dans le 20e arrondissement de Paris.
Il tient un site officiel, un compte Instagram, et une biographie soigneusement mise en scène.
Dans cette biographie, il n'est pas question d'un sergent de la Légion, mais d'un ancien cadre du ministère de la Défense française, diplômé de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale, décoré de la Médaille de l'OTAN pour sa participation à la mission ISAF en Afghanistan.
Reconverti dans le privé, il se présente comme fondateur successif de trois cabinets — MSJ & CO en 2016, puis MBJJ & CO, enfin MS CORP — et revendique un réseau déployé sur cinq continents.
Il met en avant deux références : un rôle de conseiller sur la sécurisation du chantier de rénovation du Grand Palais de Paris, et surtout, au Cameroun, une fonction de « pilote coordinateur » de l'enquête sur la catastrophe ferroviaire d'Éséka de 2016, où il assurait, dit-il, la liaison entre la présidence camerounaise et le cabinet suisse chargé de l'expertise.
D'un côté, donc, un haut stratège de la sécurité qui se réclame des plus hautes institutions françaises et d'une mission de confiance auprès de la présidence camerounaise.
De l'autre, l'imposteur armé décrit par Effoudou, circulant près du palais avec des grades usurpés et des papiers trafiqués. Les deux portraits partagent un même socle factuel ; un passage réel dans l'armée française, l'Afghanistan, une reconversion dans le conseil de défense mais aboutissent à des conclusions inconciliables sur la légitimité de l'homme.
Le titre de « Conseiller défense » qui figure sur le document contesté de 2018 est exactement celui que Sani Mohamadou emploie pour se décrire aujourd'hui.
Ses fonctions et ses autorisations sont-elles réelles, usurpées, ou officieusement couvertes ?
Le parcours brillant que revendique Sani Mohamadou est un montage qui repose pour l'essentiel sur sa propre communication. Son rôle exact dans l'enquête d'Éséka, la portée réelle de sa mission au Grand Palais, la nature précise de son passage dans les rangs français : aucun de ces jalons n'a, pour l'instant, été confirmé de l'extérieur.
Qui est vraiment cet homme au cœur d'une prétendue tentative de coup d'Etat au Cameroun ?
La terre est sale ! Si è ne mvit ! Ngo Bagdeu !
Arol KETCH