Depuis Genève, Paul Biya utilise Mvondo Ayolo pour humilier Ngoh Ngoh

Biya Reunion Etoudi Mvondo Ngoh Sur l'exercice du pouvoir, en revanche, la présidence se tait

Tue, 28 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Le Directeur du Cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo, a pris la parole pour répondre aux rumeurs entourant l'état de santé du chef de l'État. Toutefois, son intervention laisse sans réponse les interrogations portant sur l'exercice effectif du pouvoir durant la longue absence du président. Elle met également en lumière plusieurs zones d'ombre, notamment la publication de décrets portant la mention de Yaoundé alors que Paul Biya séjourne à Genève. Entre informations contradictoires, fuites médiatiques et absence de communication officielle suffisamment précise, un climat d'incertitude s'installe, laissant le champ libre aux spéculations au détriment de faits clairement établis.

LE CABINET CIVIL PARLE, LE SECRÉTARIAT GÉNÉRAL SE TAIT

Cinquante jours. Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin pour ce qui devait être un court séjour privé en Europe. Il n'est pas rentré. Aucune activité officielle n'a été signalée pendant cette période, aucune date de retour n'a été communiquée, et Jeune Afrique écrit, selon ses informations, que le chef de l'État a été admis dans une clinique privée suisse quelques semaines après un malaise survenu au palais le 20 mai, jour de la fête nationale. La présidence dément cette version.

Interrogé par le même journal, Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil, a répondu. Sa parole mérite d'être examinée de près, moins pour ce qu'elle affirme que pour ce qu'elle laisse de côté.

Ce que la présidence assume

Elle assume trois choses, et elle les assume expressément.

Que le président n'a jamais été hospitalisé en Suisse. Qu'il n'est pas mort, et le directeur du cabinet civil s'en explique par une question rhétorique, celle de savoir si la présidence serait irresponsable au point de cacher le décès du chef de l'État. Qu'il travaille enfin, et deux preuves sont avancées, les nominations récentes à la Société nationale des hydrocarbures et les rapports confidentiels qui lui parviennent, notamment ceux de la Direction générale de la recherche extérieure.

Trois affirmations, trois dénégations étroites. Elles portent toutes sur la personne du chef de l'État.

Ce qu'elle ne dit pas

Sur l'exercice du pouvoir, en revanche, la présidence se tait.

Elle ne dit rien de la durée. Cinquante jours d'absence ne sont pas expliqués, ils sont contournés. Elle ne dit rien de l'absence totale d'activité officielle pendant cette période. Elle ne dit rien du départ préparé puis annulé au dernier moment, alors que le dispositif sécuritaire était engagé, la logistique organisée et les équipes coordonnées, ce que rapporte le journal sans être contredit. Elle ne dit rien, enfin, du fait que Ferdinand Ngoh Ngoh, resté à Yaoundé, gère les affaires courantes et suit deux enquêtes sensibles, celle sur le trafic illégal d'or et celle sur le faux décret de nomination d'un vice-président.

Une omission n'est pas un mensonge. Mais quand elle porte, sept fois de suite, sur tout ce qui touche à l'exercice du pouvoir et jamais sur la santé d'un homme, elle cesse d'être un hasard. Cette communication défend une personne. Elle ne défend pas une institution.

La pièce

Il reste, dans cette séquence, une contradiction que l'on peut établir document en main.

Le directeur du cabinet civil invoque les nominations à la SNH comme preuve que le chef de l'État travaille. Il s'agit des décrets numéros 2026/255 et 2026/256, portant nomination de deux membres du conseil d'administration de la société, Guy Emmanuel Sabikanda, maire de Kribi, et El Hadj Abdoulaye Yerima Bakary, lamido de Maroua, désignés en qualité de personnalités du président de la République. Ces deux actes sont publiés sur le site de la présidence.

Ils portent tous les deux la mention suivante, Yaoundé, le 22 juillet 2026.

Le président de la République se trouve à Genève depuis le 7 juin.

Nous n'en concluons rien sur l'authenticité de ces actes, et nous invitons le lecteur à ne rien en conclure non plus. La mention du lieu dans un acte administratif peut relever de l'usage plutôt que de la géographie. Nous constatons seulement ceci, que la preuve avancée pour établir la présence du chef de l'État aux affaires porte une indication de lieu que la présidence elle-même sait inexacte.

Notons au passage que ces nominations concernent le conseil d'administration présidé par Ferdinand Ngoh Ngoh, dans l'entreprise où se joue depuis deux ans le bras de fer pour le contrôle de la première caisse du pays.

La phrase qui n'a pas été demandée

Samuel Mvondo Ayolo n'a pas pris la parole. Il a répondu à un journal qui l'avait contacté, sur un sujet précis, la santé du président de la République.

Il aurait donc pu s'en tenir à la santé du président de la République.

Il a choisi d'ajouter, dès sa première réponse, que ceux qui souhaitent la mort du chef de l'État et alimentent les rumeurs pourraient partir avant lui. Puis, en conclusion de l'entretien, que certains au sein du sérail attendent ce départ et partiront peut-être avant lui.

Le glissement mérite qu'on s'y arrête. La première formule vise ceux qui alimentent les rumeurs, c'est-à-dire la presse et l'extérieur. La seconde vise l'intérieur du palais. Le directeur du cabinet civil concède ainsi, dans un entretien destiné à rassurer, qu'à l'intérieur de la présidence de la République des gens attendent la mort du chef de l'État.

Ce n'est pas une information. C'est un avertissement. Et il n'a pas été sollicité.

Il intervient dans une semaine où l'homme qui tient Yaoundé se trouve accusé publiquement, par un ancien officier de renseignement de la présidence, d'être le commanditaire de l'assassinat de Martinez Zogo. Accusation sans pièce, que nous avons analysée ici même et qui n'a été confirmée par aucune autorité. Mais elle n'a été démentie par personne non plus.

Le cabinet civil parle. Le secrétariat général se tait.

Le canal

Il reste une dernière observation, et elle porte moins sur les hommes que sur le lieu où ils se parlent.

Mars 2025, Jeune Afrique écrit que Paul Biya fait campagne par procuration à travers son secrétaire général. Décembre 2025, le même journal rapporte que celui-ci obtient les coudées franches pour la formation du gouvernement. Le 28 mai 2026, il établit que les rapports du renseignement extérieur transitent exclusivement par lui avant d'atteindre le chef de l'État. Juin 2026, il rend compte des trois auditions d'Oswald Baboké devant le Tribunal criminel spécial dans le dossier de l'or, et du projet de démantèlement du cabinet civil. Juillet 2026, il publie l'article sur les cinquante jours.

Un seul journal. Quinze mois. Tous les épisodes de la guerre.

Nous ne savons pas qui parle à ce journal et nous ne le saurons jamais. Ce n'est pas nécessaire. Il suffit de constater que le principal théâtre de la guerre de succession camerounaise est un hebdomadaire panafricain publié à Paris, et que les acteurs de cette guerre s'y adressent les uns aux autres faute de pouvoir le faire devant leurs propres institutions.

C'est la même logique qui conduisait, si l'on en croit le capitaine Effoudou, un secrétaire général de la présidence à exposer ses ambitions à un ambassadeur étranger dans un restaurant de Yaoundé. On va chercher au-dehors ce que l'on ne peut plus obtenir au-dedans.

Ce que nous en retenons

Le procès de l'assassinat de Martinez Zogo reprend les 3 et 4 août devant le tribunal militaire de Yaoundé. Dix-sept accusés y comparaissent depuis trois ans.

Pendant ce temps, le pays est administré depuis un hôtel de Genève par téléphone, les décrets sortent datés de Yaoundé, le numéro deux du régime suit les enquêtes qui le concernent, le directeur du cabinet civil avertit publiquement ceux du sérail qui attendent la mort du chef de l'État, et un officier en exil accuse d'assassinat depuis un plateau de télévision.

Aucune de ces choses n'est démentie. Aucune n'est confirmée. C'est peut-être cela, au fond, la seule information de la semaine. Un État où plus personne n'est en mesure d'établir quoi que ce soit, et où chacun se contente désormais de faire circuler ce qui l'arrange.

Les informations attribuées à Jeune Afrique sont rapportées telles que publiées par ce journal et n'engagent que lui. Les décrets numéros 2026/255 et 2026/256 du 22 juillet 2026 sont consultables sur le site officiel de la présidence de la République. Ferdinand Ngoh Ngoh ne s'est pas exprimé sur les accusations portées contre lui par le capitaine Effoudou Awussy, qui n'ont été confirmées par aucune autorité et ne reposent sur aucune pièce produite. Il n'est ni accusé ni inculpé dans la procédure en cours devant le tribunal militaire de Yaoundé.

Méthode. Les faits établis sont rapportés à l'indicatif. Les informations de presse sont attribuées à leur source. Les hypothèses d'analyse sont signalées comme des hypothèses.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com