Le Prof Aba’a Oyono Jean saisit le tribunal administratif suite à sa détention au SED
Le débat autour de l’interpellation et de la détention du constitutionnaliste Pr Jean Calvin Aba’a Oyono connaît un nouveau développement judiciaire. L’universitaire a officiellement saisi le Tribunal administratif de Yaoundé d’un recours en responsabilité contre l’État du Cameroun, réclamant une indemnisation de 3 milliards de FCFA pour les préjudices qu’il estime avoir subis.
L’information a été révélée par le lanceur d’alertes Boris Bertolt qui précise que le recours, enregistré le 24 juillet 2026 sous le numéro 1846, oppose le professeur Aba’a Oyono à l’État du Cameroun, représenté par la Direction générale de la Recherche extérieure (DGRE).
En effet, selon le certificat de dépôt de recours contentieux, délivré le 27 juillet 2026 par le greffier en chef du Tribunal administratif de Yaoundé, le requérant sollicite une réparation financière de 3 000 000 000 FCFA. Il estime avoir été victime d’une faute administrative qu’il attribue à un « kidnapping », suivi d’un transfert au Secrétariat d’État à la Défense (SED) où il affirme avoir subi quarante-deux jours de privation de liberté.
Il faut souligner que cette procédure marque une nouvelle étape dans une affaire qui avait suscité de nombreuses réactions au Cameroun et à l’étranger.
Le Pr Jean Calvin Aba’a Oyono avait été interpellé en 2025 dans un contexte marqué par un climat politique tendu. Son placement en détention au SED avait suscité des interrogations de la part de plusieurs organisations de défense des droits humains, d’universitaires et d’acteurs de la société civile, qui s’étaient interrogés sur les circonstances de son arrestation ainsi que sur les fondements juridiques de sa détention.
Depuis sa remise en liberté, l’universitaire a multiplié les prises de position publiques sur les questions institutionnelles, notamment à travers une tribune consacrée au débat sur la vacance du pouvoir présidentiel, relançant les discussions sur le rôle du Conseil constitutionnel et la continuité de l’État.
Avec ce recours devant la juridiction administrative, le professeur ne sollicite plus seulement une reconnaissance de ses droits, mais engage également la responsabilité de l’État. Il demande au juge administratif de reconnaître l’existence d’une faute imputable à l’administration et d’en tirer les conséquences indemnitaires.
L’affaire pourrait revêtir une importance particulière pour la jurisprudence camerounaise en matière de responsabilité administrative. Si le Tribunal administratif venait à reconnaître une faute de l’administration dans les conditions d’interpellation ou de détention du requérant, il pourrait être amené à préciser les conditions dans lesquelles l’État engage sa responsabilité lorsqu’un citoyen estime avoir subi un préjudice du fait de l’action de ses services.
Cette procédure s’inscrit également dans un contexte où les juridictions administratives sont de plus en plus sollicitées pour connaître des recours mettant en cause la responsabilité de l’État et de ses administrations.