Révélations du capitaine Effoudou : Matinez Zogo au cœur de la bataille politique

CAPITAINE EFFOUDOU ZOGO NGOH NGOH Une accusation qui n'entre pas dans une salle d'audience ne produit pas de justice

Wed, 29 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Les accusations du capitaine Donald Effoudou dans l'affaire Martinez Zogo ont un fort retentissement médiatique, mais qu'elles restent insuffisantes pour produire des effets judiciaires faute de preuves matérielles. L'absence de documents, l'impossibilité d'entendre le capitaine en justice et le manque d'intérêt des différents acteurs à rouvrir l'instruction rendent peu probable un supplément d'information.

Il y a des explosions qui secouent les plateaux de télévision, et d'autres qui ébranlent les tribunaux. La sortie du capitaine Effoudou Awussy appartient à la première catégorie. Elle fait du bruit, elle crée du suspense, elle nourrit les imaginaires politiques. Mais elle ne franchit aucun des seuils qui permettent à une déflagration médiatique de devenir un événement judiciaire.

Dans l'affaire Zogo, où chaque mot est scruté, chaque geste interprété, chaque silence disséqué, la bombe annoncée ressemble davantage à un projectile sans détonateur. Et pour une raison simple. Ce n'est pas le droit qui bloque. C'est le système.

1. Le droit n'interdit rien, il attend quelque chose

Contrairement à une idée répandue, la justice militaire peut parfaitement ordonner un supplément d'information. C'est un outil ordinaire de la procédure, employé chaque fois qu'un élément nouveau mérite d'être vérifié. Le juge peut rouvrir.

Encore faut-il que cet élément existe.

Or ce que le capitaine apporte, ce ne sont pas des pièces scellées, ce sont des récits. Interrogé sur ce qui les fonde, il répond qu'il le dit d'autorité. Sur l'épisode de l'ambassadeur de France, il précise de lui-même que l'information est parvenue à son service par des voies informelles, ce qui signifie qu'il n'a pas assisté à la scène qu'il rapporte. Cette précision, qu'il n'était pas obligé d'apporter, mérite d'être relevée à son crédit.

Il reste qu'aucun document, aucun enregistrement, aucune date de rapport, aucun nom de témoin direct n'a été produit. On objectera qu'un officier qui quitte son service dans l'urgence n'emporte pas ses archives, et l'objection est sérieuse. Elle explique l'absence de pièces. Elle ne la remplace pas.

L'écran ne fait pas preuve.

Il y a plus, et c'est une différence de régime et non de sincérité. Une déposition est faite sous serment, elle est soumise aux questions des parties, elle est confrontée aux autres pièces du dossier. Un entretien ne l'est pas. Cela ne dit rien de la véracité de ce qui est affirmé de part et d'autre. Cela dit que l'une de ces deux paroles a été éprouvée et que l'autre ne l'a pas été.

2. Un témoin que l'État a rendu inaccessible

Le capitaine Effoudou parle depuis l'exil. Il ne se présente pas, ne prête pas serment, n'est pas interrogé, n'est pas confronté. Cette absence physique devient une absence juridique.

Il faut dire aussitôt qu'elle ne lui est pas imputable, ou pas seulement. Un avis de recherche a été émis contre lui le 13 novembre 2024 pour désertion en temps de paix. S'il se présentait devant une juridiction camerounaise, il serait arrêté avant d'avoir prononcé un mot. On ne peut pas reprocher à un homme de ne pas venir témoigner là où l'on a organisé son arrestation.

Reste la voie ouverte à distance, et elle se referme d'elle-même. Une commission rogatoire internationale est sollicitée par l'État requérant. Il faudrait donc que les autorités camerounaises demandent l'audition d'un homme qui accuse le numéro deux de leur propre exécutif. Le raisonnement s'arrête là, et il s'arrête toujours au même endroit.

Voilà la situation dans son exactitude. L'État a fait de ce témoin un fugitif, puis il est le seul à pouvoir demander qu'on l'entende. Que sa parole soit vraie ou fausse, elle ne peut pas être vérifiée, et cette impossibilité n'est le fait ni du droit ni de lui.

3. Une procédure verrouillée par les intérêts, non par la loi

Techniquement, un supplément d'information est possible. Institutionnellement, il est improbable.

Rouvrir l'instruction signifierait réinterroger des acteurs sensibles, réexposer des institutions, réévaluer des responsabilités situées très haut, et retarder un procès que l'État veut manifestement mener à son terme.

Cela signifierait surtout admettre publiquement que l'on a jugé pendant trois ans des personnes qui n'étaient pas les seules en cause. Aucune institution ne s'inflige cela d'elle-même. C'est la plus puissante incitation à ne rien faire, et elle n'a besoin d'aucun ordre venu d'en haut pour opérer.

Regardez d'ailleurs qui, dans cette salle, aurait intérêt à faire entrer cette parole. Le ministère public ouvrirait une brèche. Les accusés n'ont rien à gagner à un élargissement du dossier, et ils disposent de mieux. En désignant un commanditaire qui n'est pas dans le box, l'accusation du capitaine offre gratuitement à la défense l'argument du bouc émissaire, celui-là même que soutiennent depuis mars les conseils de Léopold Maxime Eko Eko lorsqu'ils plaident l'existence d'une cellule occulte agissant hors de toute chaîne de commandement. Ils peuvent l'invoquer sans jamais demander l'audition.

Personne n'a intérêt à ce que ce témoin entre. Tout le monde a intérêt à ce qu'il parle dehors.

4. Ce que le prétoire établit, et ce qu'il n'établit pas

Le paradoxe de cette affaire est que la salle d'audience, où l'on cherche des preuves depuis trois ans, en produit moins qu'on ne le croit.

Les 13 et 14 juillet, l'expert en cybercriminalité Jean-Pierre Ouloumou, trente-troisième témoin à charge, n'est pas sorti indemne du contre-interrogatoire de la défense. Il a abandonné la thèse d'un second commando qu'il avait soutenue la veille. Il n'a pas produit les éléments numériques établissant l'implication de Martin Savom. Il a reconnu que son enquête n'était pas achevée, faute de temps et de moyens. Interrogé sur le crédit à accorder à ses travaux, il a répondu à l'avocate qu'elle y mette celui qu'elle voudrait.

Nous devons ici rectifier ce que nous avons écrit dans un précédent texte. Nous avions indiqué que Martinez Zogo s'était entretenu avec Martin Savom quelques minutes avant son enlèvement. Le compte rendu de l'audience du 13 juillet établit qu'il s'agissait d'un appel en absence. Les versions divergent sur celui qui a composé le numéro. Elles concordent sur le fait qu'aucune conversation n'a eu lieu.

Cela ne disculpe personne et ne prouve rien dans un sens ou dans l'autre. Cela signifie que l'élément le plus cité de ce dossier repose sur une expertise contestée. Et une juridiction qui peine déjà à établir ce qu'elle a sous la main n'ira pas chercher ce qui flotte à l'extérieur.

5. Et personne pour décider

Il faut enfin nommer l'obstacle politique, car il est le seul qui compte vraiment.

Le précédent existe et il est récent. Jean-Pierre Amougou Belinga n'a pas été arrêté parce qu'un témoignage l'accablait. Il a été livré à la vindicte publique, puis aux juges, dans cet ordre. L'action judiciaire a suivi une décision prise ailleurs.

Cette décision, dans ce système, revient à un seul homme. Or Paul Biya est absent du Cameroun depuis le 7 juin. Cinquante jours, aucune activité officielle signalée, un retour préparé puis annulé au dernier moment. Pendant ce temps, celui que le capitaine accuse gère les affaires courantes à Yaoundé et suit, selon Jeune Afrique, les deux enquêtes sensibles en cours.

Une accusation ne devient une procédure que si quelqu'un décide qu'elle le devienne. Il n'y a personne pour décider.

Ce qui pourrait nous démentir

L'honnêteté commande d'indiquer les hypothèses contraires. La partie civile peut demander l'audition du capitaine, et les avocats de la famille Zogo ont déjà sollicité la comparution de hauts responsables. Le tribunal peut ordonner un supplément d'information s'il estime que les débats ont fait apparaître des éléments nouveaux. Le capitaine peut, dans le volet qu'il annonce, produire une pièce qui changerait la nature de sa parole. Et un rapport de forces peut se modifier, au sommet, plus vite qu'une chronique ne le prévoit.

Nous ne disons donc pas que rien n'arrivera. Nous disons qu'en l'état, aucun des mécanismes qui transforment une accusation en procédure n'est enclenché.

Une bombe sans détonateur, faute de volontaires pour appuyer sur le bouton

La justice peut rouvrir. Elle ne veut pas rouvrir. Et surtout, personne n'a intérêt à lui demander de rouvrir.

Pour que cette sortie devienne un tournant judiciaire, il faudrait des preuves matérielles, un acteur institutionnel prêt à les verser, un témoin disponible, et un intérêt politique à élargir le dossier. Aucune de ces quatre conditions n'est réunie.

Le procès reprend les 3 et 4 août devant le tribunal militaire de Yaoundé. Dix-sept accusés y comparaissent depuis trois ans, trente-quatre témoins à charge y ont été entendus, des expertises y ont été versées, contestées, parfois démolies. C'est lent, c'est laborieux, c'est contradictoire, et cela ne fera jamais autant de bruit qu'un entretien de vingt-six minutes. Mais c'est le seul endroit du pays où quelqu'un peut encore être condamné ou relaxé.

Une accusation qui n'entre pas dans une salle d'audience ne produit pas de justice. Elle produit une réputation. Et une réputation ne se plaide pas.

La bombe du capitaine Effoudou restera donc un pétard mouillé judiciaire, non parce que le droit l'interdit, mais parce que le système n'en veut pas. Elle continuera de crépiter ailleurs, dans la guerre des récits, et c'est probablement là qu'elle fera ses dégâts.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com