Le Général chemo mis à la retraite : un coup du clan Franck Biya dans la guerre de succession

Marie Tchemo Image illustrative

Thu, 30 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

« Le décret du 28 juillet n'a pas créé le vide, il l'a rendu visible. » C'est le constat sans appel de John Lawson sur le départ du général de division Hector Marie Tchemo, Major général à l'État-major des Armées, admis en deuxième section par décret présidentiel. Alors que l'opinion s'enflamme sur une prétendue « décapitation » de l'institution militaire, l'analyste rappelle une évidence : Major général n'est pas un grade, c'est une fonction administrative. Aucun bataillon ne recevait d'ordre de lui, aucune région militaire ne dépendait de son autorité. Le vrai commandement passe par les chefs d'état-major, les commandants des régions militaires, et surtout par le BIR et la Garde Présidentielle, qui échappent à la chaîne militaire ordinaire. L'inquiétude légitime est simplement mal dirigée. L'armée camerounaise n'a pas une armée dangereuse, elle a une armée indisponible. Et dans les semaines qui viennent, cette indisponibilité pourrait peser plus lourd que n'importe quelle ambition de général. Le danger n'est pas qu'un officier soit parti. Il est qu'aucun officier ne puisse parler au nom de l'institution.



LE FAUX VIDE - ARMEE CAMEROUNAISE : POURQUOI LE DEPART DU MAJOR GENERAL NE CHANGE RIEN, ET POURQUOI C'EST EXACTEMENT LA QUE RESIDE LE DANGER

Le 28 juillet 2026, à vingt heures, la CRTV Radio a lu un décret présidentiel admettant le général de division Hector Marie Tchemo, Major général à l'État-major des Armées, en deuxième section. Le texte tenait en quelques lignes et ne comportait ni motif ni désignation de successeur. Vingt-quatre heures plus tard, il était devenu une affaire nationale, et la même question courait sur toutes les lèvres. Qui commande désormais l'armée camerounaise ?

Cette question a le mérite de l'inquiétude et le défaut de la prémisse. Elle suppose que le poste supprimé commandait quelque chose. Il ne commandait rien.

📌 Une fonction administrative, pas un levier stratégique

Il faut d'abord dissiper une confusion que la presse elle-même entretient. Major général n'est pas un grade, c'est une fonction, et cette fonction est administrative. Dans l'organigramme des Armées, elle place son titulaire au second rang de l'État-major, où il coordonne l'administration, supervise le fonctionnement quotidien et représente le chef d'État-major en son absence. Tchemo assurait par ailleurs la coordination de certaines activités stratégiques nationales et l'encadrement d'institutions de formation comme l'ESIG. Coordonner, administrer, représenter, former. Rien dans cet inventaire ne relève du commandement des troupes. Aucun bataillon ne recevait d'ordre de lui, aucune région militaire ne dépendait de son autorité, aucun théâtre d'opérations n'attendait sa signature. Le Major général était, dans les faits, un secrétaire général en uniforme.

📌 Où passe réellement la chaîne de commandement

Le commandement réel, lui, passe ailleurs, et par des canaux que le décret n'a pas touchés. Il passe par les chefs d'état-major de l'armée de terre, de l'air et de la marine, chacun sur son domaine. Il passe par les commandants des régions militaires interarmées, chacun sur son territoire. Il passe par les commandements d'opérations sur les théâtres actifs, à l'Extrême-Nord comme dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Et il passe surtout, dans une crise de succession, par les deux forces qui échappent entièrement à l'État-major. Le Bataillon d'intervention rapide et la Garde Présidentielle ne relèvent pas de la chaîne militaire ordinaire. Ils relèvent de la Présidence. Nous avons documenté cette architecture en trois volets au mois de juillet, et le décret du 28 juillet n'en déplace pas un rouage.

📌 Pourquoi l'opinion s'enflamme pour un non-événement

Pourquoi, alors, cet emballement ? Parce que le rang protocolaire se lit spontanément comme un pouvoir. On voit inscrit numéro deux et l'on imagine un commandement. On ajoute que le chef d'État-major des Armées, le général René Claude Meka, 87 ans, est absent de la scène publique depuis plusieurs mois pour raison de santé, et l'on conclut à une décapitation de l'institution militaire. L'inquiétude est légitime. Elle est simplement mal dirigée. Rien n'a été décapité pour la raison la plus élémentaire, qui est qu'il n'y avait pas de tête à couper. Ce qui vient d'être retiré, c'est le poste qui rédigeait les notes et présidait les cérémonies quand le titulaire ne pouvait plus s'y rendre. La façade d'une institution qui n'en avait plus que la façade.

📌 Le retournement : un vide qui n'en est pas un

Et c'est ici que le raisonnement se retourne, parce que le non-événement est précisément la démonstration. Une institution dont le numéro deux peut disparaître sans qu'aucune conséquence opérationnelle ne s'ensuive n'est pas une structure de commandement. Si l'État-major commandait réellement, retirer son second pendant l'indisponibilité de son premier déclencherait une crise. Aucune crise ne s'est déclenchée. Aucune unité n'est désorientée, aucune opération suspendue, aucun officier n'attend une instruction bloquée. Ceux qui redoutent un vide au sommet de l'armée n'ont pas vu que ce sommet est vide depuis longtemps. On ne creuse pas un trou là où personne ne se tenait. Le décret du 28 juillet n'a pas créé le vide, il l'a rendu visible, et c'est bien involontairement un service rendu à la compréhension du pays.

📌 Le vrai problème : une armée neutralisée est une armée indisponible

Reste à dire pourquoi cette découverte devrait inquiéter davantage que la panique qu'elle dissipe. Une armée neutralisée n'est pas seulement une armée incapable de prendre le pouvoir. C'est une armée incapable de tenir son rôle institutionnel. Dans une transition républicaine, l'armée ne gouverne pas. Elle garantit que personne ne gouverne par la force. Elle sécurise les institutions le temps que les civils tranchent, et elle constitue le point fixe qui empêche l'effondrement. Cela suppose une chaîne de commandement identifiable, une autorité reconnue à l'intérieur du corps, et une loyauté qui va à l'État plutôt qu'à un homme. Le Cameroun ne dispose d'aucune des trois. Le pays n'a donc pas une armée dangereuse, il a une armée indisponible, et dans les semaines qui viennent cette indisponibilité pourrait peser plus lourd que n'importe quelle ambition de général. Le danger n'est pas qu'un officier soit parti. Il est qu'aucun officier ne puisse parler au nom de l'institution, et que cette impossibilité ne doive rien au hasard.

📌 Ce qui reste à surveiller

Une nuance s'impose néanmoins, car administratif ne veut pas dire sans enjeu. Dans une armée bâtie sur des réseaux, la gestion des personnels, des avancements et des affectations donne une prise concrète sur les officiers intermédiaires. Ce n'est pas du commandement, c'est de l'influence, et elle passe désormais à quelqu'un. La question utile n'est donc pas de savoir qui commande l'armée, mais qui hérite des dossiers de carrière.

Il en reste une seconde, plus lourde. Depuis le départ du président le 7 juin 2026, seuls quelques décrets liés aux Forces de défense ont été signés, sans aucune signature sur les dossiers économiques ou sociaux. Et la vice-présidence rétablie par la révision constitutionnelle du 14 avril 2026 n'a toujours donné lieu à aucune nomination. Cinquante jours d'une production presque nulle, dont le peu qui sort concerne l'armée. Cela ne nous apprend rien sur le commandement des troupes. Cela nous apprend beaucoup sur ce que la Présidence traite encore, et sur tout ce qu'elle a cessé de traiter. C'est de ce côté qu'il faut regarder, et non du côté d'un poste qui ne commandait rien.

Comme toujours, ces éléments doivent être confirmés par les faits à venir et par des sources indépendantes. Nous continuerons à documenter.

*Analyse produite à partir de sources médiatiques publiques et d'observations du paysage politique camerounais.*

John Lawson – Décryptage politique Cameroun

Source: www.camerounweb.com