RDPC sans Biya : la guerre des clans éclate au grand jour dans la bataille des investitures

Bagarre Rdpc Bangangte Image illustrative

Thu, 30 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

L'absence prolongée de Paul Biya en Suisse a libéré des appétits que le chef du parti avait jusqu'ici contenus par sa seule présence. La préparation des élections locales de 2027 est devenue le théâtre d'une guerre feutrée entre clans rivaux pour le contrôle des candidatures. Un embrouillamini révélateur d'un parti qui vacille sans son centre de gravité.

Au Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, on appelle ça une « séance de travail ». Dans la réalité que décrivent les cadres du parti, c'est tout autre chose : une bataille rangée entre clans pour le contrôle des investitures aux élections municipales et législatives prévues en 2027. La convocation par le secrétaire général Jean Nkuete de chefs de délégation et de chargés de missions, destinée à préparer la reconfiguration du sommier des élus, a déclenché une crise interne que l'absence de Paul Biya en Suisse depuis plus de cinquante jours a rendue à la fois inévitable et incontrôlable.

Le déclencheur : une séance de travail qui en dit trop

Dans un parti aussi profondément personnalisé que le RDPC, la légitimité de toute décision est indexée à la volonté du président national. Une « séance de travail » convoquée par le secrétaire général en l'absence de Paul Biya n'est donc pas une réunion ordinaire de management politique. Elle est immédiatement perçue et interprétée par les cadres du parti comme un signal sur le rapport de forces réel au sommet — et comme une opportunité pour les clans en compétition de peser sur des décisions qui, en temps normal, auraient attendu l'arbitrage présidentiel.

Le problème est aggravé par un détail institutionnel explosif que rapporte Le Héraut National : le mandat du président national du RDPC serait échu depuis 2011, faute de congrès permettant la mise en conformité avec les textes du parti. En d'autres termes, Paul Biya dirige le RDPC depuis quinze ans dans une situation de légitimité statutaire contestable — une fragilité juridique interne que personne n'osait soulever tant que le chef était présent et en pleine capacité d'exercice. L'absence prolongée suffit à faire ressurgir cette question.

La cartographie des parts électorales : le vrai enjeu

Ce qui se joue derrière le vocabulaire procédural des « séances de travail » et des « reconfiguration de sommiers », c'est une réalité que tous les acteurs du RDPC connaissent parfaitement : la désignation des candidats aux élections locales, c'est la distribution des ressources du pouvoir. Être investi candidat du RDPC dans une circonscription favorable, c'est accéder à des postes, des budgets, des réseaux et une visibilité politique qui comptent bien au-delà du seul scrutin municipal ou législatif.

Dans ce contexte, chaque réunion préparatoire est une bataille. Chaque liste de candidats est un rapport de forces. Et chaque absence de Paul Biya — arbitre historique et ultime de ces équilibres depuis 1982 — est une invitation à bousculer des arrangements que son autorité personnelle avait jusqu'ici imposés.

Les militants de base, eux, ne s'y trompent pas. Comme le révèle l'analyse du Héraut National, ils ne lisent plus l'exercice de désignation comme une « simple opération de management politique ». Ils y voient une « manœuvre de clans » — et donc un déficit de légitimité démocratique qui fragilise la cohésion d'un parti habitué à la discipline de façade.

L'agenda, le dernier pouvoir

La guerre interne au RDPC ne porte pas seulement sur « qui sera candidat ». Elle porte sur une question antérieure et plus fondamentale : « qui contrôle l'agenda » et « qui décidera en dernier ressort ». Deux questions auxquelles la situation actuelle ne permet pas de répondre clairement.

À Yaoundé, Ferdinand Ngoh Ngoh tient les rênes des affaires courantes de l'État. Au RDPC, Jean Nkuete tente de maintenir une apparence de fonctionnement institutionnel normal. À Genève, Franck Biya — selon les révélations de Jeune Afrique — s'oppose à un retour précipité de son père, dont l'état de santé est plus préoccupant que ce que la présidence admet publiquement. Et dans les couloirs du comité central du RDPC, des clans que l'autorité présidentielle avait maintenus dans un équilibre artificiel se libèrent progressivement de cette contrainte.

Le miroir africain : quand les partis personnalisés perdent leur centre

Ce que vivent le RDPC et le Cameroun en ce moment n'est pas sans précédent sur le continent. Plusieurs pays africains ont traversé des séquences similaires lorsque des dirigeants de longue durée ont été affaiblis, absents ou sur le départ. La leçon récurrente est que les partis fortement personnalisés — ceux dont la cohésion repose sur la loyauté à un homme plutôt que sur des idéologies ou des institutions solides — se désagrègent rapidement dès que l'homme en question n'est plus en mesure d'exercer son autorité d'arbitrage.

La dynamique suit toujours un schéma identifiable : le pouvoir central s'efface partiellement, les institutions deviennent des instruments de légitimation plutôt que de délibération, la lutte pour la succession se reconfigure en luttes pour les ressources locales, et les fractures partisanes apparaissent longtemps avant la rupture officielle.

Le RDPC semble entrer dans cette séquence. Les élections locales de 2027 étaient censées être une démonstration de force du parti au pouvoir. Elles risquent d'être, si la situation ne se stabilise pas rapidement, le révélateur de ses fractures les plus profondes.

La conclusion s'impose avec une logique implacable : le RDPC a besoin de Paul Biya. Non pas du Paul Biya affaibli que décrit Jeune Afrique dans ses révélations sur l'état de santé du président en Suisse. Mais du Paul Biya arbitre, dont la simple présence et la capacité à nommer, à désigner et à trancher suffisaient à maintenir les clans dans un équilibre relatif.

Sans cet arbitre, les clans se battent. Avec lui affaibli ou absent, ils se battent encore plus fort — et plus tôt. Le RDPC ne joue pas seulement une bataille de chiffres électoraux pour 2027. Il joue sa survie en tant que coalition cohérente dans l'après-Biya. Et les premières batailles de cette guerre longue se livrent aujourd'hui, dans des salles de réunion à Yaoundé, loin des caméras, autour de listes de candidats que personne ne peut valider avec l'autorité suffisante.

Source: www.camerounweb.com