'Le couple Ngoh Ngoh-Chantal semble mener sa barque avec une précision qui n'a rien d'improvisé'
Le général Hector Marie Tchémo rejette sa mise en deuxième section, estimant que le décret n'émane pas du président Paul Biya. Ces décisions traduisent une reconfiguration discrète des centres de pouvoir et appelle à un audit des décrets présidentiels pris depuis 2019, évoquant l'hypothèse d'une préparation de l'après-Biya.
Le général Tchémo savoure sa retraite bien méritée, tranquille dans son bureau, et ce matin encore il le disait à qui voulait l'entendre, avec le sourire du sage qui a vu venir le coup depuis longtemps. Mais derrière le sourire, il vient de lâcher une bombe: il rejette ce décret, et il affirme que ce n'est pas Paul Biya qui en est à l'origine.
Réfléchissons deux minutes. Au Cameroun, la logique a ses propres lois. Un homme de 88 ans, malade, invisible depuis des semaines, reste en poste au sommet de l'armée. Un homme de 84 ans, en fonction, visible, actif, est mis à la retraite sans successeur désigné, et dément lui-même avoir vu la main du président dans cette décision. Cherchez l'erreur, si vous y arrivez.
Le général d'armée René Claude Meka a disparu de la scène publique depuis plusieurs semaines, et les rumeurs sur son état de santé s'accumulent sans qu'aucune communication officielle ne vienne les démentir. Pendant ce temps, celui qui était considéré comme le numéro deux de l'état-major, le Major général Hector Marie Tchemo, est écarté du jour au lendemain, et affirme lui-même n'avoir jamais reçu l'aval du chef de l'État pour ce départ. Pas de remplaçant annoncé. Pas de plan de continuité. Juste un vide, entretenu et savamment organisé, au sommet de la chaîne de commandement militaire, pendant qu'une signature circule au nom d'un homme absent.
Un pays ne peut pas fonctionner ainsi, à coups de décrets qui tombent sans explication et que le principal intéressé dément lui-même. Il faudrait un audit sérieux de tous les décrets pris depuis 2019, tant l'accumulation de décisions opaques a fini par dessiner un système où l'on gouverne dans l'ombre, avec une signature empruntée, loin des regards, loin des comptes à rendre.
Ce qui se joue là ne relève plus de la simple gestion des ressources humaines militaires. C'est une reconfiguration silencieuse du pouvoir, une préparation méthodique de l'après-Biya pendant que Biya, lui, n'y est peut-être pour rien. Le couple Ngoh Ngoh-Chantal semble mener sa barque avec une précision qui n'a rien d'improvisé.
L'histoire jugera. Elle juge toujours.
Nana Ouandji.