Une déclaration médiatique reste une allégation unilatérale et non une preuve matérielle
Les accusations du capitaine Donald Effoudou contre Ferdinand Ngoh Ngoh ne constituent pas des preuves juridiques, mais de simples allégations qui doivent être étayées par des éléments matériels et examinées par la justice. Seule une procédure judiciaire contradictoire peut établir une responsabilité pénale.
Le fait que le capitaine Donald Effoudou accuse Ferdinand Ngoh Ngoh dans son interview avec Morgan Palmer ne constitue absolument pas la matérialité de l’implication de Ngoh Ngoh dans l'exécution de Martinez Zogo.
En droit pénal, la matérialité d'une infraction requiert des éléments de preuve concrets, vérifiables et tangibles (comme des documents officiels, des relevés téléphoniques, des transactions financières ou des constatations physiques). Une déclaration médiatique, même émanant d'un ancien officier du renseignement, reste une allégation unilatérale et non une preuve matérielle.
LA DISTICTION FONDAMENTALE ENTRE ALLÉGATION ET PREUVE MATÉRIELLE
Lors de son intervention sur la chaîne de Morgan Palmer, le capitaine Effoudou a partagé des théories et des mobiles (conflits personnels, contrôle de la DGRE, luttes de pouvoir), mais il n'a présenté aucune pièce à conviction irréfutable.
Le principe de la charge de la preuve : En matière criminelle, c'est à l'accusation d'apporter la preuve des faits. Les paroles d'un témoin ou d'un dénonciateur, surtout lorsqu'il s'exprime depuis l'exil, doivent faire l'objet d'une enquête approfondie avant d'avoir une quelconque valeur juridique.
Le tribunal médiatique contre le tribunal militaire : L'affaire Martinez Zogo est actuellement jugée devant le Tribunal Militaire de Yaoundé. Les sorties médiatiques n'ont pas d'effet juridique direct sur l'instruction ou le procès en cours, tant que ces éléments ne sont pas formellement versés et débattus contradictoirement au dossier judiciaire.
LA POSITION DE LA DÉFENSE ET DES PARTIES CIVILES
L'avocate de la famille de Martinez Zogo, Me Félicité Esther Zeifman, a immédiatement réagi à cette interview en qualifiant ces accusations d'« infondées ». Elle a rappelé un principe fondamental de procédure :
« L'émotion ne remplace pas la preuve ».
Risque de manipulation politique : Selon l'analyse des parties civiles et de plusieurs observateurs, l'introduction de telles accusations à ce stade du procès est perçue comme une tentative extérieure de parasiter les débats judiciaires et d'instrumentaliser un drame à des fins de déstabilisation politique au sommet de l'État.
Présomption d'innocence : Ferdinand Ngoh Ngoh, ainsi que l'ensemble des personnalités citées dans cette sortie médiatique, continuent de bénéficier pleinement de la présomption d'innocence tant qu'aucune culpabilité n'a été légalement établie par un tribunal.
En somme, l'interview du capitaine Effoudou est un témoignage public à charge qui alimente le débat politique et médiatique, mais elle n'a, à ce jour, aucune valeur de matérialité juridique dans l'assassinat de Martinez Zogo.
C’est ce que Loïc Kodjay a voulu démontrer en faisant une transposition démonstrative plus politique que dramatique sous fond de polémique Effoudou-Palmer.
LE CONTRE-SENS DE LA CRITIQUE DE VINCENT SOSTHÈNE FOUDA
Lorsque Vincent Sosthène Fouda critique la tribune de Loïc Kodjay, il affirme dans ce fragment :
« En définitive, cette tribune constitue davantage un exercice de communication stratégique qu'une démonstration juridique. Son principal vide réside dans l'absence de preuves venant étayer les affirmations les plus graves. Son principal biais politique consiste à transformer des hypothèses en certitudes. Son principal défaut sémantique est d'utiliser un vocabulaire chargé émotionnellement afin d'orienter la perception du lecteur. »
Cependant, cette critique fait fi d'une réalité fondamentale : ce n'est pas à Loïc Kodjay d'apporter les éléments de preuve permettant d'incriminer Ferdinand Ngoh Ngoh. Cette responsabilité incombe exclusivement à l'accusateur, le Capitaine Donald Effoudou, qui se doit de livrer à l'opinion publique la matérialité de ses allégations.
LA DÉMARCHE DE LOÏC KODJAY EST UNE ANALYSE CONTEXTUELLE
Ma démarche ne se situe pas sur le terrain judiciaire, mais sur le plan de l'analyse. Elle consiste à :
Questionner l'insuffisance des propos et des accusations de l'accusateur.
Replacer l'affaire dans son contexte politique, en adéquation avec le climat social qui prévaut actuellement dans la sociosphère du pouvoir camerounais.
LE CHOIX DU POSTULAT POLITIQUE FACE AUX INTRIGUES DE LA TRANSITION
Aussi poignants que soient mes mots, mon objectif n'est en aucun cas de défendre Ferdinand Ngoh Ngoh. Mon but est double :
1- Dénoncer la légèreté des accusations sans preuves du Capitaine.
2- Laisser à la justice le plein espace nécessaire à l'exercice de ses fonctions.
C’est précisément pour cette raison que j’ai opté pour un postulat politique.
3- Dans le Cameroun d'aujourd'hui, la question de la transition politique demeure l’épicentre de toutes les intrigues et de toutes les tensions du moment.
PS.
Ça fait plus de 50 jours que les camerounais ne savent plus s’ils ont un président de la république.
Loïc Kodjay