Opinion… LETTRE OUVERTE À PAUL BIYA: UN JEUNE CAMEROUNAIS INTERPELLE LE CHEF DE L’ÉTAT SUR LES DÉFIS DU PAYS.
Dans une lettre ouverte datée du 29 juillet 2026, Obono Mvogo Georges Marie, un jeune Camerounais de 28 ans originaire de Wom Yanda, dans l’arrondissement de Mvengue, s’adresse au président Paul Biya pour exprimer les préoccupations d’une partie de la jeunesse camerounaise face aux défis économiques, sociaux et institutionnels du pays.
Présentant son initiative comme un acte de responsabilité citoyenne plutôt qu’un réquisitoire politique, l’auteur affirme vouloir interpeller le chef de l’État sur plusieurs enjeux majeurs. Il appelle notamment à une meilleure régulation des réseaux sociaux afin de protéger la jeunesse des contenus qu’il juge nocifs, tout en plaidant pour le développement de l’éducation aux médias.
La lettre aborde également la question de l’exploitation de l’or dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. L’auteur estime que les richesses minières profitent insuffisamment aux populations et demande l’ouverture d’une enquête indépendante, la publication des conclusions ainsi que des sanctions en cas d’irrégularités avérées.
Obono Mvogo dénonce par ailleurs ce qu’il considère comme une mauvaise gestion des ressources publiques, plaidant pour davantage de transparence, la publication systématique des rapports d’audit et un renforcement du contrôle citoyen sur l’action publique.
Le chômage des jeunes constitue un autre axe majeur de son message. Il appelle les pouvoirs publics à mettre en œuvre des politiques plus ambitieuses en faveur de l’emploi, de l’entrepreneuriat et de l’insertion professionnelle des diplômés, qu’il considère comme les principaux leviers pour limiter l’exode et le découragement de la jeunesse.
Enfin, il attire l’attention sur les difficultés d’accès aux infrastructures de base dans plusieurs localités du Cameroun, notamment les routes, les hôpitaux, l’eau potable et l’électricité, estimant que ces besoins doivent être placés au cœur des priorités nationales.
En conclusion, l’auteur présente son courrier comme « une lettre d’amour, pas de défiance », affirmant que son objectif n’est pas de s’opposer aux institutions, mais de contribuer au débat public et d’encourager des réformes qu’il juge nécessaires pour l’avenir du Cameroun.
Ainsi va la République
Obono Mvogo Georges Marie
Jeune citoyen camerounais
Wom Yanda, arrondissement de Mvengue
Yaoundé, le 29 juillet 2026
À Son Excellence Monsieur Paul BIYA
Président de la République du Cameroun
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Monsieur le Président de la République,
J'écris cette lettre avec la lucidité de mes 28 ans, originaire de Wom Yanda, arrondissement de Mvengue, mais surtout avec la conscience d'appartenir à une génération née après vous, qui n'a connu qu'un seul homme à la tête de l'État, et qui se demande, en silence ou à voix haute, ce que sera son Cameroun dans dix ans. Le respect que je dois à votre fonction ne m'interdit pas la vérité ; il me l'impose. Une République ne se mesure pas au silence de ses citoyens, mais à leur capacité à interpeller ceux qui la dirigent sans crainte de représailles. C'est cet exercice, fondamental et légitime, que je m'autorise ici.
1. Une jeunesse livrée à elle-même dans l'espace numérique
Nos réseaux sociaux sont devenus le théâtre d'une dérive morale que l'État observe sans agir. Des contenus obscènes, produits et diffusés par certains influenceurs en quête d'audience facile, façonnent aujourd'hui l'imaginaire de millions d'adolescents camerounais, souvent plus vite que l'école, la famille ou l'Église. Un pays qui n'encadre pas l'espace où grandit sa jeunesse abandonne, de fait, une partie de sa souveraineté culturelle. Il ne s'agit pas de censure, mais de responsabilité : réguler n'est pas museler, c'est protéger. Je vous demande une politique claire de régulation numérique, adossée à une véritable éducation aux médias, faute de quoi nous formerons une génération orpheline de repères.
2. L'or de l'Est : quand la richesse du sol nourrit tout sauf le peuple
L'affaire de l'or non déclaré, exporté depuis l'Est et l'Adamaoua vers l'étranger, n'est pas un simple scandale parmi d'autres : c'est la preuve tangible d'un système où les richesses nationales échappent structurellement à la nation. Les écarts constatés entre les volumes officiellement déclarés et ceux réellement réceptionnés à l'étranger représentent un manque à gagner colossal pour le Trésor public — de quoi construire des hôpitaux, des routes, des écoles là où elles manquent cruellement.
Ce n'est plus une question de gestion, mais de justice sociale : comment expliquer à un jeune diplômé sans emploi ou à une mère qui accouche sans électricité que l'or de son sous-sol enrichit des circuits qu'elle ne verra jamais ? Je vous demande, Monsieur le Président, non pas des promesses, mais des actes : une commission d'enquête indépendante, des sanctions à la hauteur des faits, quel que soit le rang des responsables, et la restitution publique des conclusions à la nation qui a le droit de savoir.
3. La gestion du bien public : le contrat social rompu
Chaque infrastructure financée par le contribuable et laissée à l'abandon, chaque fonds détourné de sa vocation, est une fissure supplémentaire dans le contrat qui lie l'État à ses citoyens. On ne peut demander au peuple de payer l'impôt, de patienter, de croire, si les preuves de la mauvaise gestion s'accumulent sans jamais produire de conséquences visibles. La transparence n'est pas un luxe démocratique réservé aux nations riches ; c'est la condition minimale de la confiance. Je vous demande la publication systématique des rapports d'audit, un contrôle citoyen renforcé, et une justice qui ne s'arrête pas aux portes des puissants.
4. Une jeunesse diplômée, disponible, et abandonnée
Le chômage des jeunes camerounais n'est plus un indicateur statistique : c'est une bombe sociale à retardement. Des milliers de diplômés, formés au prix de sacrifices familiaux immenses, attendent une place que le pays ne leur offre pas. Ce vide nourrit trois issues dangereuses : l'exil, le désœuvrement, ou la tentation de l'aventure migratoire au péril de leur vie. Un pays qui n'investit pas dans l'avenir de sa jeunesse investit, sans le vouloir, dans son propre déclin. Je vous demande une politique volontariste et mesurable de création d'emplois, un accès réel au financement pour les jeunes entrepreneurs, et une insertion professionnelle qui ne dépend pas du réseau ou du clientélisme.
5. Le Cameroun des oubliés : routes, hôpitaux, eau, électricité
Pendant que certains discours célèbrent l'émergence, des millions de Camerounais vivent une réalité bien différente : routes impraticables dès les premières pluies, hôpitaux sans équipements ni personnel suffisant, coupures d'eau et d'électricité devenues banales, surtout dans les zones rurales et les régions fragilisées par l'insécurité. Un État se juge à la manière dont il traite ses citoyens les plus éloignés du pouvoir, pas les plus proches. J'espère que les prochains programmes d'investissement public placeront enfin ces territoires oubliés au centre des priorités, et non en périphérie des discours.
Monsieur le Président, cette lettre n'est pas un réquisitoire gratuit. C'est l'expression d'un attachement profond à ce pays, et d'une exigence légitime envers ceux qui le dirigent. C'est un peuple vivant, qui refuse la résignation. L'histoire jugera les dirigeants non pas à l'aune de leur longévité au pouvoir, mais à celle des transformations réelles qu'ils auront su impulser pour leur peuple.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma très haute considération.
Obono Mvogo Georges Marie